L'or, comme le mal, vient du Nord

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Re: L'or, comme le mal, vient du Nord

Message  aliboron le Mar 09 Fév 2010, 10:50

Ta citation me fait penser à un propos d'Evola, dans sa "Métaphysique du sexe", chapitre sur "volupté et souffrance"...

Association d'idée sans doute issue de la sculpture du Bernin représentant Sainte Thérèse en proie à .... quoi ?

"Quelles qu'en soient les causes, du coté intérieur chaque douleur est la forme sous laquelle la conscience de l'individu expérimente quelque chose qui a un caractère plus ou moins destructeur, mais qui, par celà même, contient un facteur de transcendance par rapport à l'unité fermée et figée de l'être fini.; c'est pourquoi, dans un certain sens : la souffrance a la saveur de l'infini.

Le caractère douloureux de la douleur est dû à la passivité que, dans presque tous les cas, a cette expérience; c'est dû au fait que, lorsque se produit l'altération de l'unité existentielle, le Moi, presque par peur, s'identifie non à la force qui altère et porte virtuellement au-delà, mais à ce qui subit l'altération.
Non à ce qui frappe, mais à ce qui est frappé. S'il n'en était pas ainsi, on aurait, comme dit Novalis, le passage aux formes positives d'une sensation exaltée".

Une sorte de "syndrome de Stockholm" ?

aliboron

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Re: L'or, comme le mal, vient du Nord

Message  Logos le Mar 09 Fév 2010, 15:02

Merci Ali... Syndrome de Stockholm, oui !

Ô vive flamme d’amour
Comme vous me blessez avec tendresse
Dans le centre le plus profond de mon âme !
Puisque vous ne me causez plus de chagrin,
Achevez votre oeuvre, si vous le voulez bien,
Déchirez la toile qui s’oppose à notre douce rencontre.

Ô brûlure suave,
Ô plaie délicieuse,
Ô douce main, ô touche délicate
Qui a la saveur de la vie éternelle
Qui paye toute dette !
Qui donne la mort et change la mort en vie.

Ô lampes de feu
Dans les splendeurs desquelles
Les profondes cavernes du sens
Qui était obscur et aveugle
Donnent avec une perfection extraordinaire
Et chaleur et lumière à leur Bien-Aimé !

Avec quelle douceur et quel amour
Vous vous réveillez dans mon sein
Où vous demeurez seul en secret
Et avec votre aspiration savoureuse
Pleine de biens et de gloire,
Avec quelle délicatesse vous m’embrasez d’amour !

(La vive flamme d'Amour, Saint Jean de la Croix)


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Re: L'or, comme le mal, vient du Nord

Message  Logos le Mar 09 Fév 2010, 15:16

"La vérité ne demande pas mieux que de faire alliance avec l'homme ; mais elle veut que ce soit avec l'homme seul, et sans aucun mélange de tout ce qui n'est pas fixe et éternel comme elle.

Elle veut que cet homme se lave et se régénère perpétuellement, et en entier dans la piscine du feu, et dans la soif de l'unité ; elle veut qu'il fasse boire chaque jour ses péchés à la terre, c'est-à-dire, qu'il lui fasse boire toute sa matière, puisque c'est là son vrai péché ; elle veut qu'il tienne sans cesse son corps prêt à la mort et aux douleurs, son âme prête à l'activité de toutes les vertus, son esprit prêt à saisir toutes les lumières, et à les faire fructifier pour la gloire de la source d'où elles lui viennent ; elle veut qu'il se regarde dans tout son être comme une armée toujours sur pied, et prête à marcher au premier ordre qu'elle lui donnera ; elle veut qu'il ait une résolution et une constance que rien ne puisse altérer, et qu'étant prévenu qu'en avançant dans la carrière, il n'y peut trouver que des souffrances, puisque le mal va s'offrir à lui à tous les pas, cette perspective ne l'arrête point dans sa marche, et qu'il ne porte pas moins sa vue exclusivement sur le terme qui l'attend à la fin de la course."

(Louis Claude de Saint-Martin, le Nouvel Homme)

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Re: L'or, comme le mal, vient du Nord

Message  Henri Schersch le Mar 09 Fév 2010, 18:52

"Volupté et souffrance", "Syndrome de Stockholm"…
Il existe aussi un seuil de tolérance à la douleur, lequel peut se traduire de deux manières :
- fuite, déconnexion (syncope)
- transcendance (insensibilité)
Zen
En deçà de ce point, quelles sont les possibilités ? Subir (souffrance) ou gérer (acceptation, refus, accommodation). Mais de là à rechercher la douleur pour ses potentielles vertus supposées ? On vire vers le masochisme !
36Etoiles
Les masochistes ont-ils un cerveau "câblé" comme la plupart des gens ? On sait que si les nerfs qui rejoignent habituellement la zone cérébrale gérant la douleur sont exceptionnellement connectés au lobe traitant la récompense ou le désir, il en résultera un comportement de recherche de la douleur comme source de plaisir. Etrange, mais logique. Ce "câblage" cérébral particulier est-il d'origine génétique ? Un accident prénatal ? Une évolution inhabituelle lors de la maturation du cerveau au cours de l'enfance ? Ou bien un "recâblage" peut-il survenir par programmation à l'âge adulte ? Que penser des mortifications, des auto-flagellations à connotation religieuse ? Que recherchent ceux qui se font souffrir ? Leur expérience personnelle est-elle transposable, ou généralisable ?

Je parle ici de douleur physique, mais il y a aussi des gens qui ont l'art de se rendre malheureux moralement et psychologiquement, et qui semblent se complaire dans cette situation lorsqu'on cherche à les aider à en sortir. Est-ce par besoin d'attention de la part d'autrui ? Une sorte d'appel à l'aide social, pérennisé ? Ou par incapacité à percevoir la scène du monde autrement qu'à travers le filtre de la nécessaire souffrance "expiatoire" ?

Pourquoi la douleur, qui devrait normalement n'être qu'un signal d'alerte envoyé par un organe du corps vers la centrale de gestion/réaction (cerveau), se retrouve-t-elle parfois glorifiée pour elle-même ?
Pourquoi la "nécessaire" souffrance du Christ en croix ?

Pourquoi les sacrifices "expiatoires" ?
S'il est astucieux d'encourager les privations pour contrebalancer la tendance naturelle à rechercher un confort excessif, pourquoi y a-t-il des systèmes de pensée qui basculent dans l'extrême contraire et érigent la souffrance infligée à soi-même comme passage obligatoire vers un ailleurs meilleur ? Parce que ça fait du bien quand on arrête ?
Parfois, le système est sadique et consiste à infliger la douleur aux autres en les persuadant que c'est pour leur bien.
Enfonce Sarcastique

Je ne sais pas si nous parlons toujours bien du mal qui, comme l'or, viendrait du nord, mises à part les gerçures volontaires pour raisons religieuses. Pourtant, l'usage de la douleur auto-infligée comme voie initiatique concerne l'ésotérisme autant que d'autres états de conscience alternatifs.
N'était-ce pas là une thématique récurrente chez Aleister Crowley ?
Quoiqu'il en soit, il n'y a pas lieu de confondre "douleur" et "mal". Oui, la douleur fait mal, par définition, mais il y a des douleurs nécessaires à un mieux, et des anti-douleurs qui masquent les problèmes croissants.

Henri Schersch

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Re: L'or, comme le mal, vient du Nord

Message  Logos le Mar 09 Fév 2010, 19:27

La souffrance dissout les limites, oblige à sortir de soi... Elle "brise les essences finies"... Il ne s'agit pas de glorifier la douleur mais d'en expérimenter l'intensité jusqu'au franchissement d'un seuil... Au point où l'intensité devient la plus extrême elle s'annule... Baudelaire parle de "la cruauté et la volupté, sensations identiques, comme le chaud extrême et le froid extrême"... Il faut se soumettre à la générosité de la souffrance et en connaître l'alphabet pour "saluer du même don sans limite ce qui vaut la peine d'être vécu" dirait Breton... Le Désir est folie comme le tir à l'arc les yeux rivés vers le dedans décrit par Herrigel...

Deleuze et Guattari ont développé le concept de "corps sans organes" (from Artaud) et abordé le masochisme... "Le corps sans organes n’est pas vide, c’est un corps plein de flux d’intensités, de sensations et de désirs qui travaillent et rongent l’organisme, c'est-à-dire qui altèrent les automatismes corporels"... (Je ne développe pas plus car ces gens ont mauvaise réputation). Dans un style encore plus profane : on est jamais aussi exigeant avec soi-même que lorsqu'on prend des coups dans la gueule... (Une application du théorème de Gödel)... Une "voie" qui ne fait pas de ce "contact" (viril) son "fond de commerce" n'est-elle pas réduite à peu de choses ?

Boum !

Oh ! la bonne douleur qui nous fait l’âme forte !
Quelle paix bienheureuse et durable elle apporte,
Comme un vase rempli de miel jusques au bord,
Pour endormir le mal qu’elle engendra d’abord !

C’est dans le feu sacré de sa divine forge,
Malgré nos pleurs honteux, nos cris à pleine gorge,
Qu’elle assouplit, redresse, éprouve le métal
De notre âme, et le fait luisant comme un cristal.

Solitude du coeur, silence de la chambre,
Calme du soir autour de la lampe qui luit,
Pendant que sur les toits la neige de décembre
Scintille au clair de lune épandu dans la nuit.

Monotonie exquise, intimité de l’heure
Que rythme également l’horloge au bruit léger,
Voix paisible et si douce que la demeure
Familière l’entend, toujours sans y songer.

Possession de soi, plénitude de l’être,
Recueillement profond et sommeil du désir.
Douceur d’avoir sa part du ciel à la fenêtre,
Et de ne pas rêver qu’ailleurs est le plaisir !

Heureuse solitude ! Onde fraîche où se baigne
L’âme enfiévrée et triste et lasse infiniment,
Où le coeur qu’a meurtri l’existence, et qui saigne,
Embaume sa blessure ardente, en la fermant !...

(Albert Lozeau)



La douleur seule, la grande douleur, cette longue et lente douleur qui prend son temps et nous fait cuire comme au bois vert, nous oblige, nous philosophes, à descendre au dernier repli de nos profondeurs, à rejeter toutes ces confiances, ces bonhomies, voiles, douceurs et moyens-termes dans lesquels nous placions peut-être, jusqu'alors, notre humanité.

(Nietzsche)

Soyez béni, mon Dieu, qui donnez la souffrance
Comme un divin remède à nos impuretés
Et comme la meilleure et la plus pure essence
Qui prépare les forts aux saintes voluptés !

Je sais que vous gardez une place au Poète
Dans les rangs bienheureux des saintes Légions,
Et que vous l'invitez à l'éternelle fête
Des Trônes, des Vertus, des Dominations.

Je sais que la douleur est la noblesse unique
Où ne mordront jamais la terre et les enfers,
Et qu'il faut pour tresser ma couronne mystique
Imposer tous les temps et tous les univers.

Mais les bijoux perdus de l'antique Palmyre,
Les métaux inconnus, les perles de la mer,
Par votre main montés, ne pourraient pas suffire
A ce beau diadème éblouissant et clair ;

Car il ne sera fait que de pure lumière,
Puisée au foyer saint des rayons primitifs,
Et dont les yeux mortels, dans leur splendeur entière,
Ne sont que des miroirs obscurcis et plaintifs !


(Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal)

L'or vient du contact avec le poison, qui tourmente en creusant nos entrailles chtoniennes...

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Re: L'or, comme le mal, vient du Nord

Message  Logos le Jeu 11 Fév 2010, 22:19

Un message pour si peu, pas grave. C'est de Bernanos.

"Qui cherche la vérité de l'homme doit s'emparer de sa douleur"

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Re: L'or, comme le mal, vient du Nord

Message  aliboron le Ven 12 Fév 2010, 09:53

Bonjour,

"Je ne sais pas si nous parlons toujours bien du mal qui, comme l'or, viendrait du nord, mises à part les gerçures volontaires pour raisons religieuses".

A mon avis de bourriquot, on est au coeur du sujet, ou dans une de ses proches banlieux... En effet le titre de ce fil renvoie à une constellation symbolique activée par les jeux torrides (sur tous les niveaux) de Mars et Vénus.
Le parc-à-jouets lui, serait caniculaire et apocalyptique à souhait, (anté-christ compris, bien sur... donc en quelque sorte ce Lion Vert, à propos duquel Fulcanelli fut si inspiré).
La jeune fille et la mort... scénario débutant à la Renaissance, au coeur du buisson ardent irriguant de sa sève l'hermétisme, pour s'achever de nos jours en Lolita aussi débile que capricieuse : l'âme de l'homo economicus.

Jacques Bonnet, par exemple, en ses études a brillament tourné autour du pot : Sirius.
Robert Triomphe, dans "le lion, la vierge et le miel", nous en redonne la syntaxe mythologique;
R. Guénon, dans son "Roi du monde", plus ouvertement qu'ailleurs, porte au rouge l'ambivalence inquiétante de l'ange Metatron (Mikael-Samael); etc...
Bref, un traffic d'influences où les pièces maîtresses de l'échiquier, noires et blanches échangent en douce leurs maillots.

Concernant le parallèle fait avec le masochisme, l'affaire me semble plus subtile (ou à défaut, plus complexe) pour la simple raison que cette "propension" sans le désir sexuel n'est que maladie mentale . Libido à considérer peut-être d'une manière plus large que le point de vue freudien qui, certes "simplifié", reste néanmoins prédominant y compris "en creux" dans le new-age et environs.

Concernant le "cablage" requis, je ne partage pas l'avis d'Henri Schersch faisant de "l'homme neuronal" le comment-du-parce-que. Le dit-cerveau est encore loin de nous avoir livré tous ses secrets; ainsi : on sait que telle zone couramment préposée à telle fonction, peut en cas de destruction ou d'ablation d'une voisine remplir en sus son office, contre toute attente, etc...

"un "recâblage" peut-il survenir par programmation à l'âge adulte ?"
Why not ? Même si au bout du compte la nouvelle "programmation" s'inscrira à l'intérieur d'une programmation antérieure et plus ample, en gros : celle qui nous différencie des "enfants-loup" qui, devant l'hygiaphone, n'ont que quelques grognements à proposer.
Programme donc, (sur l'infra-structure duquel il y aurait à dire... archétypes ?) et qui organise notre mixte "percepts-concepts" de telle sorte que nous soyons à peu près en phase avec un délire collectif donné, nommé "culture".

Pour en revenir au masochisme, permettez-moi de soumettre à votre attention quelques propos de B. Andrieu, tiré d'un article intitulé "Disparition du sujet dans son corps".
M'est avis que le style "intello" usité n'altère pas vraiment la pertinence de l'hypothèse soutenue... qui, (toutes proportions gardées), rappelle étrangement ce que les alchimistes appellent "réincrudation".

Il s'oppose d'emblée aux fausses évidences "dominant-dominé", en contestant la soit disant réduction du "patient" au statut d'objet... , rappelant à la suite de Deleuze (sa préface à "la vénus à la fourrure", de Sacher Masoch) que le seul dialogue possible entre un vrai sadique et son autre serait trop bref : "Fais moi mal !"; réponse : "Non !"
"Le maitre, dit-il, est en état de dépendance totale par rapport à son esclave; il n'existe et ne trouve sa place ou sa justification que par rapport à l'esclave".

Cette co-dépendance me semble refléter, quelques sous-sols plus bas (sans jugement de ma part), celle profondément mystique entre Seigneur et vassal, que Corbin décrit dans "l'imagination créatrice". Action et passion formant un ruban de Moebius. Interactivité totale.

Le jeu de role y a sa place mais comme combustible pour le moteur: le désir; une façon paradoxale de s'affranchir du cadre en se faisant la belle, non par les bords mais le FOND.
Car, par ce jeu où, en fait, le pouvoir innocente, il s'agit plutot de "nous confronter à l'en-deça du désir, à une sorte de trouble primordial qui anticiperait le désir, et où serait la houle en fomentant les vagues", nous dit Annie Lebrun.

F. Tristan donne la formule : "profaner le profane pour révèler le sacré qu'il contient".

Andrieux creuse la chose : "La jouissance masochiste est telle que le sujet cherche à n'être plus qu'un corps"; (je dirais : une chair) ; soit l'opposé de la maitrise habituelle [size=16]qui nous fait plus seul... que UN : se contenir, se dominer, s'anesthésier, etc... Bref propets mais séquestrés dans not' pendule.[/size]

"Le masochisme favorise l'approndissement du sujet par son corps. Comme par la maladie incurable (façon A. Artaud) le sujet tend à l'antéforme : ce reflux d'informe dans le corps, non pas l'appel de la mort, mais l'infiltration profonde de cette force informe où le corps se puise, se rappelle d'où il vient. Retour de flamme de ce qui fonde et irrigue le corps, le "forme", et qui ne consiste ni en une forme ni en un "moi", ni meme en un "corps" ou une maladie, mais en un temps; s'y disoudre pour s'atteindre, faire-corps avec soi-meme".

D'une manière proche de celle de nos anciens chymistes, le poète J.J. Barbier dit :" L'authentique se communique sous les espèces de la matière. Il n'y a pas de communion sans transmutation préalables des désirs en matière. C'est en second lieu que l'on reconnait la forme. La première reconnaissance se fait toujours avec la matière. En elle, imaginaire et réel ne font qu'un".
Bref, je ne crois pas qu'une telle recherche (le plus souvent en aveugle, certes) se puisse résumer à un disfonctionnement neuronal; l'ombilic des limbes s'y trouve peut-etre, mais n'y réside pas !

En aveugle, disions-nous, chevauché par des pulsions et non l'inverse, plus idoine. Chögyam Trungpa, tantrika confirmé, insistera un max sur la lucidité ardente requise quand on s'aventure sous la ligne de flottaison.
Voici ce qu'il décrit d'une étape qui à mes yeux permet mieux de saisir le sens des "pratiques" cochonnes évoquées plus haut :

"A ce stade on ne met plus d'habits ordinaires, on revient plutot à l'instinct simiesque, on porte une coiffure de crânes. Au lieu d'une robe ordinaire, on porte un pagne en peau de tigre; au lieu d'un châle ordinaire, un châle en peau humaine.
Il y a une touche de sauvagerie, de folie; à ce niveau du Mahayoga, la conscience commence à se modifier. Une certaine dignité commence à se manifester : l'intrépidité. On n'a pas peur du sang, de la terre, de la peau et des ossement humains.

A ce stade, nous consentons à retourner nager dans notre tas de merde; c'est très organique. On pourrait même dire que c'est macrobiotique dans un sens ultime...

Maintenant nous acquérons un sens de la réalité dont la nature est très différente. La névrose en tant que telle cesse tout à fait d'être considérée comme quelque chose de mauvais. Elle est perçue telle une parure ravissante et un ornement réel.
Nous pouvons nous parer de toutes sortes de névroses; en fait c'est une fantastique proclamation de la santé mentale".

Aussi, même si la direction prise est la même, il en résultera chez nos "patients" plus de fascination que de communion, comme dirait Abellio; on reste les doigts dans la prise, complaisemment, au lieu de passer outre...
Elliade, plus précis dira que toutes les modes de coïncidences des opposés, meme si des similitudes apparaissent, ne s'équivalent pas. Se perdre n'est pas se donner. C'est ballot !
Ceci étant, je suis néanmoins enclin à supposer qu'il y a potentiellement plus d'initiables chez les débauchés que chez ceux "qui font où on leur dit de faire"... Voir St Paul, prude à l'excès pourtant, (les extrèmes se touchent ?) sur sagesse divine = folie aux yeux des hommes; et Alleau sur éveil = révolution absolue.

Cordialement
aliboron.

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Re: L'or, comme le mal, vient du Nord

Message  Charly Alverda le Sam 13 Fév 2010, 20:19

Bonjour

Aliboron avait bien parlé d'entrée de l'Aesh Metzareph, mais à ma connaissance n'avait pas cité le passage. Ne perdant pas le nord, je le propose derechef !

Aesh Metzareph ou Le Feu Purificateur

Chapitre I.

Elie était un Prophète parmi les plus éminents, un exemple de Sagesse de la Nature. Méprisant les Richesses (comme nous le rapporte l’histoire de la guérison de Naaman, Rois 2, c.5, v. 16), il était véritablement riche. C’est pourquoi il est dit ceci dans le Pirqué Aboth : Qui est Riche ? Celui qui se réjouit de sa Part, chap.4. Car le véritable Médecin des Métaux impurs ne présente pas une apparence extérieure de Richesse, mais ressemble plutôt au Tohu de la Nature Primordiale, L’abîme, la vacuité. Ce mot a un nombre égal à celui du mot Elie, soit 411. Car il est dit dans le Baba Bathra, p.71, col. 2 : la source de la Richesse (comme la Sagesse de la Nature) est donnée au lieu des Richesses.

Apprends donc à purifier Naaman, qui vient du Nord, par delà la Syrie, et découvre le pouvoir du Jourdain ; celui-ci est comme le Jardin, la rivière du Jugement qui coule depuis le Nord.

Et souviens toi de ce qui est dit dans le Baba Bathra, p. 25, col. 2. Que celui qui veut devenir un Sage vive dans le Sud ; et que celui qui veut devenir Riche, qu’il se retourne vers le Nord etc. Cependant, dans le même passage Rabbi Joshua Ben Levi dit : qu’il vive toujours dans le Sud, car en même temps qu’il obtiendra la Sagesse, il deviendra Riche. « De longues années à sa droite, la Gloire et la Richesse à sa gauche », Prov. c. 3, v. 16. Ainsi tu ne désireras point d’autres Richesses."

(Aesh Metzareph ou Feu Purificateur, Traité Chymico-kabalistique composé à partir de la Kabalah Denudata de Knorr Von Rosenroth, Collectanea Hermetica. Edité par W. Wynn Westcott. Traduit en Anglais en 1714. Préface, Notes et Commentaires de Frater Sapere Aude.)

Ce qui ne manque pas de me rappeler l'Hortulus Sacer et Le Mystère de la Croix de Douzetemps :

" C'est le soleil qui donne à toutes choses l'âme et l'esprit de quinte-essence,
qui anime et vivifie tout : et c'est la lune qui leur donne le corps et l'humidité,
qui résiste à tout ; du soleil vient la chaleur naturelle, de la lune l'humide
radical, permanent et conservant le feu du soleil. Ces deux luminaires agissant
de concert doivent produire un fruit ou enfant qui soit digne d'une si grande
parenté. : C'est le premier de tous les sels, ou le premier être des sels : je le
nommerai après de son propre nom, connu de tout le monde ; mais que
chacun prenne garde à soi ; car tout faible et petit oiseau qu'il est dans son
origine, il devient un terrible dragon...

Grand fléau de tout le genre humain, mais aussi sa grande médecine, s'il
tombe en des mains intelligentes et industrieuses. Les sages, qui l'ont connu,
l'ont aussi honoré par des noms et des titres magnifiques, l'appelant le fils du
soleil et de la lune, l'aîné de la Sagesse créée, Iliastre salin, Lumière
d'intelligence, Limbe angélique. Si vous réfléchissez bien sur son origine,
dont nous avons dit quelque chose de fort particulier, vous connaîtrez la
raison et la vérité de ces noms, et surtout celui de limbe angélique. je ne
crois point, après ce que je viens de dire, d'être obligé de tenir parole et
d'accomplir ma promesse, en le nommant par son nom propre ; car par ma
description vous touchez au doigt, que c'est le salpêtre, ou nitre de nature
céleste et terrestre, mais comme il y en a de plusieurs sortes, je vous en laisse le choix libre.

Le grand mystère de ce sel des sels consiste dans la croix : les anciens
sages ont été des trompeurs envieux, quand il ne lui ont donné qu'une origine
céleste, en le dépeignant par un cercle et une ligne perpendiculaire , car il
renferme aussi la ligne diamétrale, dont ils ont marqué le sel : de sorte que
ces deux figures, qui sont infailliblement dans le nitre, font la figure du verd
de gris des sages, c'est-à-dire la croix entière et parfaite dans le cercle
figure qui est le commencement et la consommation de tous les mystères de
la nature : car ayant les quatre éléments, plus de feu et d'air que d'eau et de
terre, il doit par conséquent les représenter aussi par sa figure : Or, la figure
que nous avons marquée, renferme les quatre éléments et le mystère de la
croix.

Mais si vous êtes un véritable connaisseur et amateur de la croix, en lui
ouvrant ses entrailles, vous y trouverez un esprit rouge, soufre solaire, ou
le sang du soleil, d'une volatilité extraordinaire ; et puis vous trouverez dans
la partie inférieure de son corps, une terre virginale saline , qui est le lait
de la lune, la partie fixe et fixative de son propre esprit et de son âme :
Sendivogius l'appelle sel armoniac, caché dans le ventre de notre
magnésie.

Vous me direz que vous voulez bien le croire, mais que vous aimeriez
mieux le voir : je vous réponds que... le tout consiste dans l'artifice que les
sages appellent leur magistère dont l'invention est aussi difficile que la
pratique en est aisée, à cause de sa simplicité. je n'oserais vous l'écrire, parce
que l'écrit pourrait tomber entre des mains indignes : mais j'ose bien vous dire
deux mots à l'oreille : écoutez-les et prenez-y bien garde ! « Soyez le
secourable et miséricordieux Samaritain : apprenez bien sa médecine, son
application et son usage » ; voilà tout ce que j'en puis dire ; et c'est bien
assez...

... Christ disait : Cherchez et vous trouverez, heurtez et il vous sera ouvert ; il vous a donné aussi la parabole du bon Samaritain. C'est une représentation ouverte de la corruption humaine, et de celle de la terre, maudite de Dieu. Or, si tu veux être un mage, fais comme ce Samaritain; autrement tu ne saurais guérir ce qui a été blessé ; car le corps du patient est à demi-mort, son vrai vêtement lui a été enlevé, de sorte que tu ne peux le reconnaître que difficilement, à moins que tu ne possèdes les yeux et la volonté du Samaritain. »

Cordialement,

C...a

Charly Alverda

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Re: L'or, comme le mal, vient du Nord

Message  Logos le Ven 02 Avr 2010, 16:58

Aliboron, Charly, vous tous

VII, 42
Le Sauveur s'incarne dans la neige du nord et se manifeste dans le sable du midi.

XXIV, 33'
Le maître visitant la demeure du disciple, cassa tout sauf une bouteille, puis il brûla ce qui pouvait brûler, excepté les saintes Écritures, ensuite il éteignit les cendres avec de l'eau, excepté un tison. Enfin il ouvrit toutes les fenêtres, excepté celle qui regardait vers le Nord, puis il sortit par le Sud sans dire un mot.

(Louis Cattiaux, Le Message Retrouvé)

Aliboron a écrit:En revanche, je te serai reconnaissant de m'éclairer (si possible), sur la 2ème occurence.
Ma fréquentation du Message en est encore à ces débuts, et je n'ai pas encore pris assez goût à son style pour me risquer dans une éxégèse.

Charly a écrit:Je ne comprends pas l'allégorie des actions du sage de Cattiaux, j'attends des "lumières" à ce sujet !


Voilà ce que propose mon ami Stelio (il parle beaucoup pour un absent... c'est un marseillais Cool):
je trouve ce toast cattésien pas mal !

Ça signifie que le disciple est prêt pour croître par ses propres forces...le maître a fait ce qu'il avait à faire...
la demeure du disciple c'est son corps...(corps pris dans l'acceptation de tout ce qu'il est).
Alors le maître ne laisse qu'une bouteille...qui est le flacon encore fermé car ce qu'il doit renfermer c'est le secret qui se produit par fermentation (d'où la nécessité qu'il s'agisse d'un récipient fermé...plus tard il deviendra vase)...le processus ou le devenir...tout autre usage du corps émotionnel est cassé car il faut se focaliser sur le travail...
Il brûle toute forme de connaissances car arrivé à ce point elles ne sont plus nécessaires comme support mais plutôt comme combustible...excepté les saintes écritures qui sont le langage du vivant, ce qui va activer le devenir...
Il noie les cendres avec de l'eau mais conserve un tison qui est le feu qui brûle au coeur de toute chose...la manifestation primitive du vivant, du désir le plus pur...nécessaire à enflammer le mouvement de retour vers lui-même...
Puis il indique en exceptant le nord la "tonalité" du processus...le nord c'est le solstice d'hiver...le moment ou le soleil meurt pour renaître...le CheminCroisé soleil noir...le maître se casse vers le sud, le solstice d'été, le point où le soleil est à son maximum d'intensité mais qui indique qu'il va se casser...partir au loin....c'est toujours à ce moment que le maitre s'en va...et cet axe nord-sud indique la verticalisation du processus...les fenêres qui donnent sur est-ouest sont ouvertes...l'horizontalité n'est plus un problème...le vent peut souffler et les choses se passer car tout le travail est dans le vertical...il est devenu solaire...
Et puis la bouteille, c'est l'eau, les saintes écritures, l'air, le tison, le feu et les points cardinaux, la terre...les quatre éléments qui vont servir d'ingrédients à la cuisinne personelle du disciple...voilà voilà...

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Re: L'or, comme le mal, vient du Nord

Message  Garfield le Sam 13 Aoû 2011, 18:46

Bonjour. Je relisais hier un vieux roman de science-fiction au format poche, genre "littérature de gare", précisément en attendant un train en retard : "Le Retour des Dieux", par Jimmy Guieu (Fleuve Noir, 1967). Surprise ! En décrivant le terroir des Saintes-Maries de la Mer, où débute l'action, l'auteur dit ceci :
Mais ici, point de fortins aux hautes palissages de pieux : des mas entourés d'oliviers, des maisonnettes au toit de roseaux brunâtres, aux murs éclatants de blancheur ou d'humbles cabanes de sagno pourvues d'une abside arrondie, face au nord, afin de résister aux furieux assauts du mistral. Presque toujours, à l'extrémité de la poutre faîtière, une Croix pour chasser les mauvais génies qui – c'est bien connu – viennent du nord !

Garfield

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