..." l'amour, le pur amour "...

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Message  Chèvre le Dim 20 Sep 2009, 08:10

Aliboron, dans le sujet CheminCroisé Qu'est-ce que le Réel ? (qui soit dit en passant, pourrait aussi s'appeler "Qu'est-ce que le Sujet ?") fait réponse à Laposse, en évoquant un post/déclaration solennelle de Laurent (sur CheminCroisé Ora et Labora) suspect de "Guénolâtrie".

Passionnant (et quelque peu dérangeant pour qui découvre l'oeuvre de Guénon), ce long post organisatio-claste (
) d'Aliboron s'achève par une série de questions/affirmations, dont voici la première:

l'amour (sans objet, ni visage bouchant la fenêtre), le pur amour en fin de compte est le seul moteur possible en ces temps de désenchantement.

D'un côté une certaine vision "guénonienne", initiato-phile et surtout auto-congratulée, de l'autre "L'amour, le pur amour..."..., "l'infracassable noyau de nuit"......

Métaphysique contre Surréalisme ?

...
... et Jean-Sébastien Bach, dans tout ça ??


ATTENTION ! Zodiaque en travaux


Dernière édition par Chèvre le Dim 20 Sep 2009, 08:19, édité 2 fois

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Les maîtres spirituel de l'Occident

Message  Chèvre le Ven 10 Sep 2010, 12:22

Eh ben mon pote Chèvre, on ne peut pas dire que ton post ait déchaîné l’enthousiasme… Zéro réponses en un an… Mais qu’est-ce qui t’a pris, aussi, de poster un truc aussi mal foutu ?? Tu étais déjà barjo à l’époque, et je note que ça empire : maintenant, tu parles tout seul !

Je retiens tout de même ta question finale… Et l’art dans tout ça ? Parce que, parmi toutes les choses de la vie, n’est-il pas une de celles qui procure le plus d’émotions… le plus de sentiment de vivre ? (ça, et un bon coup de pied dans le genou.)

« L’infracassable noyau de nuit », d’ailleurs, est bien une parole de poète...

Et puis, voici du nouveau: sur le site officiel de CheminCroisé Stephen Jourdain, on peut voir et télécharger cette photo : un article de Marie-Hélène Guillaume concernant le centenaire du Salon d'Automne, fondé par Frantz Jourdain. Journal «La Montagne», dimanche 21 décembre 2003



Cliquez ici pour le voir en grand



Extrait de l’article :

Pas de mission donc pour l'auteur d'importantes réflexions philosophiques et de révélations que la poésie permet parfois de «toucher». Car en matière «d'esprit, d'âme, de conscience», aux maîtres de l'Orient, l'Occident répond par les livres, les tableaux, la musique (3). «Ce sont nos maîtres», affirme Stephen Jourdain, donnant ainsi à l'art une place souveraine. «Celui qui ne distingue pas le beau du laid ne peut se développer ; ce sont les seuls sentiers honorables pour un homme occidental».
Voilà pourquoi M. Jourdain ne pratique pas «la condescendance du Maître», mais persévère dans le sport familial : «Haine des tours d'ivoire et insurrection permanente contre la sottise humaine».

(3) « Notre champ de conscience est... un chant », extrait de « La Bienheureuse solitude de l’âme ».


Quelle perspective !... Si les artistes sont bien « nos maîtres spirituels », alors voilà une fenêtre qui s’ouvre. Jean-Sébastien Bach dans tout ça ? Au cœur, tout simplement.

Chèvre

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Re: ..." l'amour, le pur amour "...

Message  Laposse le Sam 11 Sep 2010, 09:00

Chèvre a écrit:Et l’art dans tout ça ?
Bof…
Je me méfie de ce mot. Suspect
Surtout depuis l'invention de "l'Art Contemporain", porte ouverte à toutes les horreurs. Horreur
Y compris à la "poésie libre". Pâle

Chèvre a écrit: Voilà pourquoi M. Jourdain ne pratique pas…
… la prose, sans le savoir ?
"Belle marquise, vos beaux yeux me font mourir d'amour, le pur amour…" Aimer (d'après Molière)

Laposse

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Re: ..." l'amour, le pur amour "...

Message  Chèvre le Ven 22 Oct 2010, 00:08

Salut l'amoureux !

Bien normal qu'on se méfie de l'Art et de la Poésie... Ils servent parfois d'alibi à du grand n'importe quoi... comme bien d'autres choses, d'aillleurs. La politique... l'amour... les idéaux... tout et n'importe quoi sert de fourre-tout et d'alibi à... tout et n'importe quoi ! A croire que c'est un sport local, sur notre planète... ( Cela dit : Hermès n'est-il pas aussi... le Dieu des voleurs ? Cool )

Mais reconnais que les mots "art" et "poésie" reviennent souvent à des places de choix dans la prose de connaisseurs... en l'art d'Hermès. Je t'en ai trouvé un beau... Lis-moi un peu ça, por favor !

Au-delà du scientisme, Au-delà de l’occultisme -- Entretien avec René Alleau
(Revue Question De - No 11 - Mars-Avril 1976)

extrait :

[...]
Question deEn somme, il y aurait deux approches possibles des réalités universelles : l’une tautologique, de type mathématique, l’autre analogique, de type symbolique, la première relativement récente, la seconde archaïque et «fossilisée», mais encore vivante. Ne s’excluent-elles pas nécessairement ?

L’intérêt actuel des sciences traditionnelles : permettre une autre approche de la réalité du monde


René Alleau — Elles se sont exclues historiquement, sans aucun doute, puisque la mathématique, devenue «la reine des sciences», domine toute la pensée moderne et les sciences humaines comme les sciences physiques. Le problème n’en demeure pas moins l’existence de notre «vieux cerveau», de notre «paléo-psychisme», qui, lui, ne comprend pas la logique de l’identité développée par l’évolution du cortex. Dans notre vie nocturne, dans la plupart des situations conflictuelles de l’existence quotidienne, dans les décisions les plus graves, c’est la logique de l’analogie qui réapparaît avec toutes ses puissances obscures et ses tentations magiques, immédiates et spontanées. Comment ne pas voir que l’homme le plus «moderne» en apparence peut réagir, lui aussi, comme un «fossile vivant» ? En rejetant les disciplines traditionnelles, en les excluant de notre enseignement, le rationalisme universitaire a été le premier responsable d’un refoulement culturel qui, actuellement, se libère de façon anarchique dans les vagues d’«occultisme» et de «mysticisme» confus et régressifs qui témoignent du malaise paléo-psychique profond de nos contemporains.

Nos sciences modernes n’ont fait porter leurs efforts que sur un processus d’abstraction croissante des phénomènes, de façon à pouvoir les formaliser, les axiomatiser et à en exprimer les lois générales grâce au langage mathématique. Pour admirables que soient les résultats ainsi obtenus, ce que je conteste moins que personne, ils ne nous dispensent pas de nous interroger sur d’autres approches possibles des réalités particulières et concrètes de la nature, de l’homme et du monde, en fonction de l’homologie de leurs structures et de leurs analogies internes et externes.

C’est en ce sens que les sciences traditionnelles présentent encore un profond intérêt, car elles témoignent de l’existence d’opérations logiques capables non pas de s’opposer aux nôtres, mais de les compléter en des directions encore insoupçonnées et, principalement, dans la perspective de l’exploration de l’observateur lui-même dans ses relations avec le champ observé.

Il n’y a pas plus de rapports entre la chimie et l’alchimie qu’entre le jazz et le chant grégorien, mais l’un et l’autre ne sont-ils pas également dignes d’être enseignés par l’histoire de la musique ? L’«oreille symbolique» perçoit-elle moins de sons subtils que l’«oreille mathématique» ? L’activité poétique est-elle «inférieure» en quoi que ce soit à l’activité technique ? Pourquoi l’une serait-elle «infantile» et l’autre «adulte», sinon en fonction d’un critère du «sérieux» et de la «maturité», inventé seulement par des professeurs séniles ? C’est oublier que, si l’intelligence a des âges, le génie n’a pas d’enfance.

Et la vraie révolution culturelle à laquelle je pense, ce n’est pas seulement la revendication légitime de notre négritude qui en vaut bien une autre, mais aussi la restitution à l’homme de l’entière liberté de son génie poétique dans sa vie quotidienne et dans ses rapports avec la nature. Il ne s’agit pas ici de littérature, mais de l’art par excellence, de «l’art des arts», de l’art de vivre. Vous pouvez constater que c’est aussi le seul qu’aucune université n’enseigne à personne alors qu’il est le plus nécessaire à tous. On éveille une élite intellectuelle à tous les doutes, mais on ne donne à son paléo-psychisme aucune certitude profonde. Et l’on s’étonne de l’aggravation constante de l’angoisse et des troubles mentaux de nos contemporains ! Ce serait plutôt leur équilibre et leur santé qui constitueraient des phénomènes proprement miraculeux. Le fait que tant de jeunes gens cherchent désespérément des issues du côté des sagesses orientales, souvent mal comprises, des mysticismes aberrants ou des drogues les plus redoutables suffit, me semble-t-il, à condamner sans appel toute la pédagogie occidentale contemporaine.

Question deQuelles solutions proposez-vous ? Peut-on changer une pédagogie sans transformer une société ?

L’enseignement de la tradition : il faut rester intérieurement éveillé

R.A. — Si j’ai refusé d’enseigner la philosophie avant la guerre, c’est que j’étais intimement persuadé, comme l’étaient aussi Paul Nizan et d’autres jeunes amis normaliens de ma génération, que nous deviendrions tôt ou tard des «chiens de garde» du rationalisme bourgeois, alors qu’il s’agit, pour un philosophe, de rester fidèle à sa vocation de «chien de chasse». Comme tant d’autres, j’ai espéré qu’après la guerre la société française retrouverait son génie poétique, c’est-à-dire son sens de la liberté, son audace révolutionnaire, son originalité créatrice d’un art de vivre dans un monde entièrement nouveau. J’ai perdu ces illusions et j’ai choisi la solitude parce qu’il y a une voie dans le désert et des sources profondes. On peut changer le monde en se changeant soi-même. Cela, je ne l’ai pas appris en Sorbonne ; ce sont les sciences traditionnelles qui me l’ont enseigné. Dans ces conditions, je crois à leur valeur, alors que je doute de la validité des systèmes philosophiques et des idéologies politiques. Une révolution culturelle qui ne serait ni morale ni spirituelle n’aurait aucune signification ni aucune portée historique. Tous les fascismes, tous les impérialismes se tromperont toujours sur ce point. C’est pourquoi, tôt ou tard, quelle que soit leur puissance matérielle, ils sont détruits par la vérité qu’ils méprisent. C’est cela, en réalité, la magie, et elle a joué un rôle fondamental dans l’Histoire.

Quand notre pays l’a compris, il a réalisé des miracles. Quand il en a douté, il est devenu ce qu’il est : une succursale parmi d’autres et qui se partage entre plusieurs clientèles. On ne change pas une succursale, on modifie seulement ses enseignes. Tout ce que l’on peut attendre des jeunes générations est la réalité la plus improbable et la moins aisément prévisible qui soit : celle d’un éveil intérieur, authentique et profond. Cette transformation aurait des conséquences historiques considérables, car le monde moderne n’est solide et stable, dans sa réalité répressive, qu’à cause du sommeil collectif qu’il entretient à grands frais, grâce à ses spectacles permanents et à son théâtre de majesté. Mais l’éveil dépend de chacun de nous et non pas d’un professeur, ni d’un maître, ni d’un livre. Tout ce que l’on est en droit d’exiger d’une pédagogie se limite à peu de chose, finalement, et peut-être à une seule : ne pas apprendre à dormir.


source : Revue 3ème Millénaire CheminCroisé

(l'entretien entier Question de — René Alleau est disponible sur ce lien)

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Re: ..." l'amour, le pur amour "...

Message  Laposse le Ven 22 Oct 2010, 18:25

Choqué ! Waow !
Là, j'en reste baba. J'en reste coi, quoi !
Béat d'admiration. A la fois envers René Alleau, qui semble tellement bien exposer les choses, mais aussi envers Chèvre, qui a pu discerner l'essentiel dans ces dires, et nous les faire partager.

D'où une volée d'applaudissements de la part du public :
. . . Daccord . . Daccord . . Daccord . . Daccord
Daccord . . Daccord . . Daccord . . Daccord . . Daccord

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Re: ..." l'amour, le pur amour "...

Message  Ludivine le Mer 22 Déc 2010, 16:25

Bonjour à tous,

Les anciens ont appelé figurativement l'Amour, la force qui domine même la pensée.

Voici ce qu'en dit Henri Coton-Alvart dans son ouvrage "Les Deux Lumières" :
…. L'Amour n'est pas que le sentiment ainsi nommé. Il est dans le minéral, dans la matière brute ou vive. C'est une force de la physique, une force de la chimie, une force de la biologie, une force de la psychologie. On a méconnu son intervention dans le processus de la pensée, au grand dommage de la philosophie. L'artiste a mieux compris que le logicien. Il a enjambé la pensée analytique grâce à l'amour du beau, à la sensation directe. Aussi son œuvre même imparfaite, présente-t-elle toujours quelque chose d'entier.

Eros, Horus. Fils de Vénus ou fils d'Isis, ils sont comme Jésus le dieu d'amour issu de la vierge nature, mais présent dès le commencement du monde, présent en toute chose petite ou grande, haute ou basse, alpha et oméga. Il subsistera à tout comme il a tout précédé. On s'étonne qu'on puisse avoir fait un peu de physico-chimie, sans que cette évidence se dégage.

…L'amour est un Protée, revêtu de toutes les formes et toujours invisible. Pourtant tout ce qui est visible en est l'expression. Il engendre en physique le travail, manifestation de l'énergie. L'amour est à la base de l'action.

Ludivine

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Re: ..." l'amour, le pur amour "...

Message  Logos le Dim 02 Jan 2011, 19:00

SOYEZ GRAVES DANS LE LOVE

Ce monde manque d’amour, vous ne trouvez pas ? D’accord, il n’y a pas que l’amour dans la vie (qui a dit hélas ?). Il y a le travail, la famille, la patrie, la politique, le sport, la télé, les vacances. Il y a même le yoga, un truc que je me promets d’essayer. Mais quand il n’y a plus d’amour ou si peu, si maigre, si sec, est-ce que la vie vaut encore la peine d’être vécue ?
Je lisais Rumi tout récemment. Vous savez, ce merveilleux poète persan, fondateur de l’ordre des derviches tourneurs, ces fous qui tournent parce qu’ils aiment. Rumi écrivait : « Ne reste pas sans amour si tu ne veux pas mourir. Meurs dans l’amour si tu veux rester vif. » Oh, bien sûr les gens comme il faut vont me dire que ce soufi parlait d’amour divin. Mais l’amour est toujours l’amour, vous ne croyez pas ? Indivisible et inclassable, avec cet incroyable pouvoir de transformer la boue en or, de faire délirer les savants et de donner du génie aux imbéciles. Que vous aimiez un âne, une femme, un homme, un dieu, une déesse, ça n’a pas d’importance, tout est dans l’intensité. Je crois même que vous irez plus loin en aimant un âne avec intensité qu’en aimant votre Dieu avec tiédeur.
Je lisais Rumi et j’étais dans le train. Et le soir tombait et la lune s’allumait dans le ciel et je pressentais les étoiles et Rumi me faisait penser à Dante, un autre grand amoureux que je vénère (dans vénérer il y a Vénus), Dante qui n’aima qu’une petite fille, croisée ou inventée quand elle avait neuf ans, et qui de cette vision furtive tira le plus beau poème de l’Occident, et qui mieux que lui a évoqué cet « Amour qui meut le Soleil et les étoiles » ? Et moi qui suis né un vendredi jour de Vénus et qui me promets toujours d’apprendre un jour le yoga (connaissez-vous une bonne enseignante ?), je songeais délicieusement douloureusement à Rumi et à Dante (il se passe de grandes choses sur le plan culturel à la SNCF) quand la sonnerie d’un portable non loin de moi retentit, une voix féminine quoique peu florentine et peu persane transperça le wagon et je fus atteint par ces mots rauques et troublants : « Il est grave dans le love. »
De qui parlait cette moderne Béatrice ? Probablement d’un amoureux, le sien ou celui d’une copine, et, sans en donner ma main à couper, j’imagine que l’expression « être grave dans le love » signifie « aimer fortement », avec cette ombre de menace, de danger, d’orage indispensable aux amours romantiques. Oh, je sais, vous allez encore me dire, vous les experts en bhakti, qu’il ne s’agissait, dans le cas présent, que d’attachement passionnel, trouble désir possessif et vampirique. Rien à voir avec Rumi, Dante, les soufis, le pur amour dénué d’ego dont vous avez, je n’en doute pas un instant, l’expérience intime. Je vous crois puisque vous pratiquez le yoga mais je ne pouvais m’empêcher de méditer ce mantra qui m’était spontanément donné : « Il est grave dans le love. »
Autour de moi des gens soucieux lisaient le Monde, Libération, l’Equipe, commentaient avec sagacité le dernier match de l’O.M. et la guerre en Irak (« je ne suis ni d’Irak, ni de Perse », chantait Rumi), les étoiles prenaient enfin possession du ciel, tournant autour de l’Amour en danse éperdue (« je ne suis ni d’Orient ni d’Occident »), ma petite Lovette avait éteint son portable (« ma place est d’être sans place, ma trace est d’être sans trace, je n’ai pas de corps ou d’âme puisque j’appartiens à l’âme du Bien Aimé » : ah, le beau rap mystique !), une étrange paix s’installait dans le wagon et dans la SNCF (avant les grèves pour les retraites), nous arrivions Gare de Lyon (« J’ai renoncé à la dualité, j’ai vu que les deux mondes ne sont qu’un ») et je songeais que la vie est une chose trop grave pour être prise au sérieux.

Pierre Feuga

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Re: ..." l'amour, le pur amour "...

Message  Chèvre le Jeu 10 Fév 2011, 15:16

Merci, Λογος , de nous faire partager ces textes de Pierre Feuga.

A propos de Coton-Alvart, cité par Ludivine, je note que son approche de l’Amour semble marquée d’une certaine influence empédocléenne.

Sur l’Art, voici un passage de René Alleau, qui tend d’abord à donner à l’Art… (pas l'Alchimie, mais simplement celui des artistes sans ‘A’) une importance particulière, à comparer à la nature elle-même.


[…]
C’est là, certes, une hypothèse séduisante, mais il reste à la justifier de façon précise soit que l’on adopte, avec René Guénon, le point de vue de l’unité métaphysique de toute initiation traditionnelle, soit que l’on invoque, avec C.G. Jung, l’existence d’archétypes, de « modèles » immuables de l’âme humaine, soit que l’on croie, et c’est là notre opinion, plutôt en une constance relative des rythmes de la nature par rapport à ceux de l’âme humaine et, par conséquent en l’existence d’une science positive et immuable de ces accords : la magie.


Et, en regard de ce passage, cet encart :

la magie

Faut-il préciser que la magie véritable ne présente aucun rapport avec les divagations des occultistes contemporains ? C’est une science de l’harmonie universelle et des relations subtiles entre les idées et les formes, entre l’esprit et la matière. Au sens où nous l’entendons, la meilleure école de magie est l’étude des œuvres d’art et l’observation des productions de la nature dans les trois règnes.


René Alleau « Les Sociétés Secrètes », p. 185

Ce passage de René Alleau semble bien apporter de l’eau à mon moulin, ou celui de Stephen Jourdain : les artistes sont nos maîtres spirituels.

Mais Alleau mouline-t-il bien la même eau ?... Pas évident… Car il glisse progressivement, dans la suite de cette page, des artistes avec un petit 'a', vers les Artistes… autrement dit les alchimistes :



Ainsi la profondeur des profondeurs de l’être demeure sa matière même sans l’élaboration et le perfectionnement de laquelle l’esprit ne serait jamais capable de mesurer à la fois ses limites, sa puissance, ni de rendre manifestes ses désirs et son éternelle volonté. Dans ces conditions, pour diverses que soient les civilisations, elles présentent néanmoins entre elles des ressemblances fondamentales en ce qui se rapporte à la langue secrète d’un même savoir magique. Celui-ci, d’ailleurs, s’exprime aussi bien par les œuvres d’art que par les monuments religieux, grâce à la langue des emblèmes et des symboles des puissances cachées de l’univers et de leurs correspondances intérieures avec les forces de l’âme et du corps de l’homme.

PARTOUT UN MEME SAVOIR OCCULTE

Dans son ensemble, la connaissance de ces accords subtils entre le Ciel et la Terre, entre le jeu de l’esprit et le travail de la matière, correspond à une philosophie, à une science et à un art qui ont été enseignés en Orient comme en Occident par des maîtres dont les ouvrages peuvent être aisément comparés entre eux : les alchimistes. Qu’ils soient chinois, hindous, musulmans, ou chrétiens, ces traités s’expriment en des termes analogues, se proposent un but commun et font allusion aux mêmes opérations d’un même grand œuvre architectonique de magie naturelle.


René Alleau « Les Sociétés Secrètes », p. 185-186

Les recherches continuent… à suivre…

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Re: ..." l'amour, le pur amour "...

Message  Laposse le Jeu 10 Fév 2011, 17:30

Entièrement d'accord avec toi, Chèvre.
A deux détails près, cependant.

Le premier, c'est une demande d'éclaircissement au sujet de
René Alleau a écrit:soit que l’on invoque, avec C.G. Jung, l’existence d’archétypes, de « modèles » immuables de l’âme humaine
Je suis personnellement très partisan des idées de Jung, mais je ne pense pas qu'un archétype soit obligatoirement immuable. Pourquoi les archétypes ne seraient-ils pas évolutifs ?

Le second, c'est un bémol concernant le concept "d'artiste". J'admire beaucoup certains (tous arts confondus), mais il faut aussi constater que le mot "art" s'applique parfois à vraiment n'importe quoi, surtout dans les temps actuels (c'est moins vrai pour les époques antérieures au 20ème siècle). Certains qu'on dénomme "artistes", ou qui, mieux encore, s'auto-proclament "artistes" feraient mieux, pour le bien de l'art lui-même, de cesser toute activité "artistique" et de chercher à récolter de l'argent autrement. N'oublions pas que des "oeuvres d'art" (peinture, sculpture) ne sont parfois rien d'autres que des supports de placements financiers douteux, et que des présentations (théâtre, cinéma, photographie) servent aussi à véhiculer de la propagande. Donc, sans même utiliser une majuscule, je pense qu'il y a lieu de différencier art et art.

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Re: ..." l'amour, le pur amour "...

Message  Chèvre le Lun 21 Fév 2011, 19:49

Certes oui, Laposse.

... et c'est, bien sûr, une tautologie. Car en vertu de quoi l'art échapperait-il, plus que le business, la politique, l'industrie, la médecine etc. , bref toutes les activités humaines, à l'avidité et autres moches tendances humaines? Kali Yuga ou pas, le désenchantement est présent partout... même si, à l'évidence, il n'a pas commencé avec ce millénaire, ni le précédent, ni celui d'avant, pas plus que la sinistre et tentaculaire exploitation de l'homme par l'homme.

Voilà pour le versant politique. Je te propose donc de délaisser, d'une part: les marchands d'art, marchands de biens, de santé etc. sans scrupules,

et d'autre part, de négliger aussi les artistes sans 'Art'... qui ne nous aiderons pas à y voir plus clair...

... au rang desquels se trouve, ce qui pose tout de même un peu question, le par ailleurs Artiste-par-le-feu (et vrai poète) Cattiaux.... C'est dire l'intérêt de la chose... L'art des pinceaux et l'Art d'Elie-Artiste ne recouvrent pas du tout le même lieu... Étrange topologie, non?

Dédaignons-les donc superbement pour nous intéresser plutôt à un autre aspect de la question: celui qu'illustrent les artistes... habités. (Habités de quoi, d'ailleurs?) Celui-là même qui me semble pointé par les doigts convergents de Stephen Jourdain et de René Alleau.

Je propose un exemple typique de cette incandescente question:


Kasimir Malevitch - Carré blanc sur fond blanc


Mon interrogation: la différence entre cette toile géniale et une simple croûte, c'est à dire : "l'élément" mystérieux qui fait de ce monochrome une oeuvre d'art profondément troublante, cet élément non identifié, non répertorié, inclassable et infiniment risible par ceux qui n'entravent rien à la (quinte-)essence de l'art, cet élément est-il d'une certaine façon du même ordre que ce qui sous-tend l'Art... alchimique ?

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Re: ..." l'amour, le pur amour "...

Message  aliboron le Jeu 03 Mar 2011, 14:28

Plutôt riche en possibilités ton fil, Chèvre.

Suis d'accord avec vous sur l'abus de langage actuel tirant la « couverture » de l'art (au sens bien dégagé sur les aureilles, par Alleau) vers des productions relevant de l'opportunisme, au mieux... de la bétise complaisante et fédératrice, au pire.
Pour ma part, j'avoue que mon sens de l'esthétique est d'un conservatisme affligeant, limite « réac »; aussi dans les arts « modernes », je préfère encore le septième, un bon polar (même de série B), qu'une expo de content-pou-rien.

Mais, en filigrane d'un échange d'humeurs subjectives sur les goûts et les couleurs, je crois voir dans vos posts croître une question-clef :
Archétypes (évolutifs, why not), qui « justifieraient » une parenté, voire une fonction commune entre l'art et l'Opus.

Difficile de montrer, désigner, la dimension médiane où ces variantes du même, s'originent. La raison en est que, ce « dieu » étant mort (Nietsche) pour notre modernité, il nous faut piteusement recourir aux prothèses rationnelles pour s'en remémorer le lieu et les modes opératoires, en nous-même comme en plus grand.
Alors que jadis, Sa présence était perceptible, avec ou sans bagages. Le seul recours au « sentir », via du corporel revisité en mode cool, relève de la naïveté sur l'imbrication profonde de nos composants. L'ignorance déguisée en sensations ne peut remplacer une co-naissance dont on s'abstient ainsi de payer le juste prix, « mortel ».
Lesquels savoirs sont, à la participation requise pour en éprouver le possible, dans le même rapport que le solfège vis à vis de la pratique musicale. Ora et labora...

Ce qui faisaient dire aux anciens que pratiquer le labora alchimique avant d'en avoir saisi la théorie (du grec theoria : vision), ne menait qu'à l'échec... comme on peut le voir ici et là, dans les seuls propos des actuels labourants. Pas besoin d'aller tester aurifiquement leur trouvailles, ce qu'ils en prouvent par leur seul verve, montre qu'ils ne sont pas trouvères. Les cerveaux droits et gauches travaillent l'un contre l'autre. Avec est requis, tout au moins d'y tendre... car c'est ce rapprochement qui, paradoxalement génère, invente, l'espace médian où l'Oeuvre a LIEU.

Le recours aux pirouettes phonétiques ou techniciennes ne sont que pâles copies du mode d'expression poétique nécessité par tout engagement dans l'Oeuvre. Langages crépusculaires, comme disent les tantras; non pour cacher mais pour dire l'indicible. Non pas tel qu'en lui-même, (pure abstraction silencieuse et réjouie) mais en ses rapports dynamiques, perpétuels, spirales toujours innovantes... l'exprimant : de la nature à la culture, le tissage mouvant de Ses mots, éphémères dont nous sommes.
Langages témoignant involontairement (par « la force des choses ») d'une coïncidence, sans cesse imminente, suspendue, cependant déjà implosante (au ralenti), entre les fameux opposés, tous azymuths confondus.
En termes bouddhistes : les noces entre Sagesse et Méthode; pour commencer; puis entre Vide et Apparences, pour l'interminable suite. Rebis ouvert... ce qui est un pléonasme.


Inventer : « La réalité ne se découvre qu'à ceux qui l'inventent »; disait un poète, R. Juarroz.
Ceci régulé par un autre (Ch. Duits) : « Il ne faut pas devenir fou n'importe comment ».
Bref, nos fameux archétypes (les Universaux, chers à Canseliet) devant, tout d'abord, oeuvrer idoinement entre dedans et dehors. Pour ensuite s'abolir dans leur triomphe même : revenu chez soi, nulle part... vu que ciel terrestre et terre céleste ne font plus qu'un zéro pointé, et buller en gazouillant des lieux communs because on en perçoit les Couleurs : apocalypse d'une banalité merveilleuse, oû le bruit d'une chasse d'eau participe de la musique des sphères; où le moindre gravier s'avère ironiquement philosophal.

Mais, la plupart du temps, ou des destins, dispose à effectuer ce looping (retour au Présent), par la bande : via un mésocosme instauré entre noumènes et phénomènes. Et c'est là que ça se gâte... ou bien que ça passe. Piège à çons... l'ésotérisme, et pourtant difficilement évitable, sauf à savoir faire du lait à partir du foin.... sans passer par la vache. En ce sens que ses versions originales et saines sont à appréhender par un mixte (l'ego), en lequel le subtil et l'épais ont fusionné prématuremment. Et débilement.

Première épreuve : résister à la tentation de transformer les « comme » en « donc ». Les descriptions du « monde » laissées par des émerveillés, transformées en systèmes... par le « système » ambulant que nous sommes devenus en chûtant. Donc, plutot y percevoir les rapports que les terminaux correllés. Il s'ensuit que ce qui nous paraissait secondaire, voire accessoire : l'aspect poètique, s'avère d'une extrème précision. Bio-Logique : finesse praticable...

Deuxième : ce que l'on peut y percevoir, entrevoir ou même éprouver (dans des intensités parfois problématiques) peut sembler aussi réel que « nous »; voire plus encore. Alors qu'il n'y a là qu'un jeu d'allusions entre objectivement subjectif et, subjectivement objectif.... sur fond d'absolu plus ou moins relatif.... mais à QUI ? Ces allusions-illusions sont prémisses à la langue des oiseaux... vrais oisifs car en Vacance. Là encore, plutot s'en tenir aux perceptions (énergies, comme on dit maintenant chez les nases sans piles) qu'aux sujets et objets mis en présence et, semblant « causer » l'irradiance.

Car en fait, c'est l'inverse. Ici, l'effet génère la cause, contrairement à ce que nous dicte une appréhension aussi « évidente » qu'aberrante du spatio-temporel. Et c'est à la prédilection pour un tel chamboulement des évidences, à se prendre au jeu pour « se » déprendre du soi m'aime et de son reste au dehors, que l'art conspire, comme l'alchimie inspire.

Mais au delà de ce retour chez Soi, souvent mis rapidement en parallèle de l'Opus, comme pour en remplacer, sans trop « se prendre la tête », la dimension spirituelle perdue de vue, il y a un point commun entre l'art et l'alchimie qui dépasse (inconsidéremment) ce simple éveil.

La participation, scandaleuse pour nos ouïes émancipées des catéchismes, du coeur humain au coeur du monde; et de laquelle il peut résulter une co-création, avec tout ce que cela peut amener d'inédit. Voir la Pierre Philosophale, en particulier; emblème par excellence de ces possibles.
Or, là aussi, se dévoile un tour de passe-passe prodigieux et, renversant les évidences spatio-temporelles : ce qui semble être le Fruit, est la Source... venue, advenue à mi chemin; à notre rencontre comme à la rencontre de tout ce qui émane de son rien. Minéraux inclus, of course. Ainsi que les croquettes pour chiens... viennent de me chuchotter mes copains à poils longs; il est vrai que je me foule pour leur filer les moins pires.

Cordialement
aliboron.


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Re: ..." l'amour, le pur amour "...

Message  Logos le Sam 05 Mar 2011, 18:44

aliboron a écrit:Lesquels savoirs sont, à la participation requise pour en éprouver le possible, dans le même rapport que le solfège vis à vis de la pratique musicale. Ora et labora...

C'est très parlant... En relation avec "la participation requise pour en éprouver le possible", je pense à cet adage soufi que tu nous avais soumis : "prie Dieu mais attache ton chameau d'abord"

Quelques remarques un peu décousues (mais sinon je dis rien) en relation avec ce "solfège préparatoire" et la carte du tarot l'Etoile :

On pourrait dire que le solfège consiste à jouer, adroitement, avec les 7 notes fondamentales.
Avant de passer à l'octave supérieure, où il est possible d'exercer librement son Art-Monique, car "ayant fait de nécessité vertu"

Le genou plié, qui évoque aussi un compas (présent d'ailleurs sur le Viéville), attire l'attention.
Avoir un compas dans l'oeil !
Cet oeil qu'on retrouve sur le ventre de la femme et qui évoquera la "vision profonde" (theoria), à la source.
Soit le sens de la lettre hébraïque Ayin.

"Denys l’Aréopagite les appelle ténèbres divines (caligo divina), car elles sont invisibles et incompréhensibles. Le Juif les nomme Ayin"
(Philalèthe)

"Ce pratum ou prairie des Idées, est un lieu bien connu des philosophes. Flamel l’ appelle leur jardin et la montagne des sept métaux [...] c'est une certaine région secrète bien qu’universelle. Un auteur l’appelle la Région de la Lumière, mais pour le Cabaliste, c’est la Nuit du Corps, terme extrêmement approprié et significatif. C’est, en peu de mots, le rendez-vous de tous les esprits, car c’est en cet endroit que sont incorporées les Idées quand elles descendent du monde brillant au monde obscur."

"Dans le commencement crépusculaire de la fin, les étoiles seront rassemblées pour former avec le soleil, la lune et les saints, la terre des vivants fécondée de Dieu ; et ce sera ensuite ensuite le milieu ténébreux de la fin" (M+R)

"N'oubliez pas aussi que la solution mystérieuse de la matière ou le mariage magique de Vénus avec Mars s'est fait dans le temple dont je vous ai précédemment parlé, par une belle nuit, le ciel calme et sans nuages, et le soleil étant dans le signe des Gémeaux, la lune étant de son premier quartier à son plein, à l'aide de l'aimant qui attire l'esprit astral du ciel, lequel est sept fois rectifié jusqu'à ce qu'il puisse calciner l'or." (Cyliani)

En espérant ne pas dire trop de bêtises, bonne soirée

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Re: ..." l'amour, le pur amour "...

Message  Chèvre le Dim 06 Mar 2011, 01:37

en attendant de re-re-relire ton post, Logos, je ne peux pas m'empêcher de me dire que trop d'alchimie tue l'alchimie. ... sigh...

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Re: ..." l'amour, le pur amour "...

Message  Logos le Dim 06 Mar 2011, 08:15

Bon je continue quelque peu sur ma lancée, en vous priant de ne pas y voir plus que des tentatives de mise en relation, des interrogations... « alchimiques » un peu, sans plus. Qui n'ont pas forcément de rapport avec le sujet du fil d'ailleurs...

Une remarque liminaire s'impose : si on accepte l'idée que les arcanes du tarot expriment des « énergies-conscience » qui se situent « en esprit et en vérité », c'est-à-dire sur le plan causal-philosophal, alors il faut accepter que l'interprétation que j'en fais de ce qui se passerait un étage en dessous, ne peut avoir valeur que d'illustration (même s'il est probable que cette illustration soit un reflet "chosifié" de ce qui a lieu sur le plan supérieur)

Précisions numérales :

le 17 : nombre jâbirien de la Balance « le monde corporel est gouverné par le 17, qui est censé reproduire ici-bas l'image, certes déformée, de l'homme céleste. » (Paul Kraus) ... Il ne me semble pas trop tiré par l'écheveau de mettre en relation le 17 et sa « réduction théosophique », le 8. D'abord la 8alance s'y accorde plutôt bien selon les tarots. Ensuite, voir ce qu'en dit l'amigo gitan :

Un des secrets du 8 c'est que pour marcher vers ce lieu ou eau et ciel sont toujours plus bleus, il faut passer l'épreuve de la barrière, de l'obstacle (sheitan en arabe à la fois obstacle et adversaire) qui va libérer en l'homme une nouvelle décharge d'énergie, et bricoler les structures intérieures capables de supporter cette décharge de puissance.
Après le huit qui est barrière, purification, et choix il y a le 9 qui est dans la tradition chrétienne baptême et retour au zéro et perfection... « Les anges s'approchèrent et le servirent » (saint Matthieu) – ce qui m'évoque par exemple une certaine planche du Mutus Liber
Mais le truc c'est que le 8 est comme le tambour d'une machine à laver... Il faut tourner longtemps avant d'être suffisamment clean pour se faire aimer de cette autre nous même que les cabalistes nomment la Reine...
Le Het-8 déplie un serpent indeterminé entre péché et purification, puissance de vie et de mort... tandis que le Teth-9 est le serpent qui se suce la queue... Ourobouros... Le cercle est l'aboutissement de la ligne comme cette photo où le jeune archer ne tire pas des flèches mais des bulles.



(Me suis souvent posé la question du « sens » de la réduction théosophique. On pourrait y voir là aussi l'idée que tous les nombres sont des « reflets » de 9 énergies fondamentales ?)

Enfin Marcelle Sénard met la Balance en relation avec les lois des nombres & affinités. Plus loin elle l'associe à Ariane. Je serais donc tenté de comprendre que son « Fil » permet « à la sauce de prendre », de dêméler les énigmes des philosophes, ce qui revient peut être à tisser une toile (voir Fulcanelli et Aragne) susceptible d'attirer la Rosée céleste ; soit le sens de l'Aimant, qui demande un "tour de main" pour être fabriqué... « Naviguant sur cette vaste mer, pour aborder à l'une et à l'autre des Indes, il gouverne sa course par l'aspect de l'étoile du nord que notre Aimant te fera paraître. » ; les Indes remplaçant les « montagnes » de l'aphorisme Zen, qui n'en sont plus au mi-lieu ?

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Re: ..." l'amour, le pur amour "...

Message  Logos le Dim 06 Mar 2011, 10:24

aliboron a écrit:Ici, l'effet génère la cause, contrairement à ce que nous dicte une appréhension aussi « évidente » qu'aberrante du spatio-temporel

Ce qui ne laisse pas d'interroger... Et semble en rapport direct avec le "bouclage" de la flèche du Temps... Je mets aussi ça en rapport avec l'idée que "les logiques des mondes possèdent des axiomes rétroactifs" (Stelio)
Un développement est-il possible (pour cervelles linéaires) Aliboron ?
Calcédoine : La question de la rétrocausalité est abordée
dans le fil Théorie de la Double Causalité, dans la
section Paradigmes, cosmologies, cosmogonies.

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Re: ..." l'amour, le pur amour "...

Message  loup le Dim 06 Mar 2011, 11:20

bj, faire un "pataquès" sur l'amour émotion, cela est réducteur en fonction de chacun, car pour moi, le vrai ?? amour est neutre, justement, sans émotion !!! Dur dur ??? Ne pas manifester d'émotion, qui automatiquement privilégie tel ou tel sentiment, c'est cela la sagesse, donc l'Amour... Par contre s'il faut déffinir, sur un plan vibratoire, quel est le support qui sous-tend la création, le seul terme qui vient est l'Amour, mais c'est sûrement plus du domaine "magnétique " que du sentiment .... Hello

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Re: ..." l'amour, le pur amour "...

Message  Aube-Aurore le Lun 07 Mar 2011, 10:16

Bonjour Ensoleillé !

J'aime beaucoup ce que Loup a écrit.
Selon moi, l'amour, le pur amour, celui qu'on écrit avec un grand A, c'est celui qui ne se focalise sur aucun objet ni aucun être en particulier.

On peut aimer une personne précise, mais ce n'est pas du pur amour si cet amour est teinté de possessivité (quand on dit "MON amour", on montre inconsciemment plus de possessivité que d'amour vrai).

Ce n'est pas du pur amour non plus si cet amour ne s'étend pas aussi aux autres personnes. Un amour ciblé ou restrictif n'est pas du pur amour. Trop de gens croient aimer alors qu'en réalité ils aiment se sentir aimés.

Parfois il y a même totale confusion entre amour et égoïsme, parce qu'on se sent bien avec ceux "qu'on aime", comme dans cette chanson très perspicace qui parodie un individu mégalo-narcissique :

Confidence pour confidence
Je me fous, fous de vous.
Vous m'aimez, mais pas moi.
Moi, je vous voulais mais
Confidence pour confidence,
C'est moi que j'aime à travers vous.
Jean Schultheis (1981)


Il ne faut pas confondre aimer et s'aimer via le miroir qu'est (ou que sont les autres).
Il ne faut pas confondre amour et désir. Désirer se rapporte à "avoir", tandis qu'aimer se rapporte à "être". Il est amusant de constater que les deux principaux verbes auxiliaires de la langue française suffisent à démarquer l'essentiel de l'accessoire.

Le pur amour, c'est celui qui donne, non pas en escomptant un retour affectif équivalent, mais qui donne pour donner, sans arrière-pensée. Celui qui offre des cadeaux pour se faire désirer n'a rien compris à l'amour : comme un banquier, il escompte un retour sur investissement, il fait du commerce.

Mais l'amour, le pur amour, ce n'est pas non plus de l'émotivité, ni de la sensiblerie. On peut aimer les animaux et les plantes, mais accepter de s'en nourrir.

J'ai une copine qui aime tous les animaux, sauf les serpents, les insectes, les araignées, et les poules. Dans ce cas-là, on ne devrait pas parler d'amour. Il s'agit plutôt d'affectivité : je suis attirée ou repoussée, pour des raisons d'aspect ou de traumatisme remontant à l'enfance. Celui qui aime les animaux aime tous les animaux, parce qu'à travers eux, c'est la Vie elle-même qu'il voit en action.
Faut-il pour autant accepter de se laisser manger par un lion par amour envers le lion ? Horreur
Certainement pas, mais vouloir tuer une araignée non venimeuse qui n'est en rien une menace et qui a pour seul tort d'être née avec huit pattes et de nous "faire horreur" (pourquoi ?), c'est manquer d'amour, de pur amour.

Amitiés
Fleur

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Re: ..." l'amour, le pur amour "...

Message  aliboron le Mar 08 Mar 2011, 21:12

Bonjour,

Je suis plutot raccord avec vous sur la tonalité d'ensemble, mais je tique un peu sur la bipartition Amour - désir. Ce dernier, réduit à n'etre qu'une tentacule du verbe avoir ? Le reste, au dessous de la ceinture...s'ensuit, péjoratif, du seul fait des conditionnements socio-logiques nécessaires à une collectivité. Soit, le pb mal posé d'éros ou agape, quand il est sorti de son champ de compétence, comme ici.

Me semble, au contraire, que la racine du désir, apparemment sexuelle (autant le dire), plonge infiniment plus loin que les strates squatées par l'égo. Et que si l'on ne co-nait pas ce "loin", de moins en moins connoté "sexe" au fur et à mesure de la plongée, peu de chance de lui donner des ailes, de l'autre coté : ouvert sur l'Espace.
Hauteur et profondeur...
Ainsi, il est courant que durant certaines oraisons ou recueillements profonds, le corps participe spontanément, d'une manière aussi singulière que "scandaleuse"...

"Le plaisir vient quand le désir a remplacé le besoin" (de Morand ou Nimier, j'sais plus); voilà qui me semble mieux faire la part des choses.

Le dit plaisir ou petite mort, peut aussi se révéler participant de l'Amour "qui fait se mouvoir le soleil et les étoiles" (Dante). Certains axiomes de base du tantrisme peuvent nous faire entrevoir pourquoi, même si ce qu'ils désignent à notre attention est abyssal...

- "Ce n'est pas le Seigneur qui crée le Monde, ni la Déesse, mais plutot la relation entre eux".

- "Lorsque le Plan (purusha) pénètre la Matière (prakriti), le monde apparait. Lorsque la conscience (chit) pénètre la substance (sat), la volupté (ananda) apparait".

- "Le monde n'est que volupté. Sa splendeur, sa beauté, sa diversité sont le plus merveilleux des spectacles. Il est illusoire, éphémère, irréel comme la volupté. Il est cependant la seule réalité".

- "La destruction de monde est impliqué dans le fait meme de la création, et suit un processus inverse dans la pensée du Créateur. Lorsque la force d'expansion (tamas) et celle de concentration (satva) s'équilibrent, la tension (rajas), qui est la cause première, la substance de l'univers, cesse d'exister, et le monde se dissout dans l'imperceptible".

Bonnes galipettes
alironron


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Re: ..." l'amour, le pur amour "...

Message  Logos le Mar 08 Mar 2011, 21:43

Ouh ouh
Une BD sous mon zen dans laquelle Merlin chevauche un âne pour accompagner le passage de la forêt et n'arrête pas de mater les filles à poil.
Sagesse des Loups ?


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Re: ..." l'amour, le pur amour "...

Message  Logos le Mar 08 Mar 2011, 21:54

" S'abondonnant au flot passionné
Montant et griffant,
Faisant sourdre un intense plaisir
Lacérant leurs corps avec ardeur,
Ils mettent fin à l'illusion
Dans cette dissolution de la dualité,
Par le goût du désir
Pendant l'expérience de l'identité,
Les amants goûtent à un plaisir
Inexprimable et jamais encore touché."

"La respiration y est centrale et, à travers elle, un relâchement du corps et une prise de conscience des muscles du bas-ventre, du périnée, des organes génitaux. Hommes et femmes sont invités à approfondir l'orgasme, ce qui passe pour les hommes par une découverte de l'orgasme sans éjaculation. Il ne s'agit pas de maîtriser l'éjaculation, mais d'arriver progressivement à l'oublier, insiste Daniel Odier."

(en passant, je recommande chaudement le livre "Tantra - initiation d'un occidental à l'amour absolu" dudit Daniel Odier)

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