Le Monde inverti

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Le Monde inverti

Message  Garfield le Mar 20 Oct 2009, 15:53

Le Monde inverti (Titre original : The Inverted World) est un roman de science-fiction écrit en 1974 par le romancier britannique Christopher Priest. Ce roman est considéré comme un grand classique de la science-fiction. Le Monde Inverti se lit facilement quoique la mise en place soit un peu longue. L'univers créé par Priest est d'une très grande richesse et d'une complexité exceptionnelle.

"J'avais atteint l'âge de mille kilomètres". Tous ceux qui ont lu ce livre se souviennent à jamais de cette première phrase et, de fait, tous les articles se penchant sur ce roman atypique, dont celui-ci forcément, la citent.
D'un fascinant premier niveau de lecture (une ville sur des rails à la poursuite d'un point optimum, une société de castes, complexe et intrigante ; un en-dehors stupéfiant ; un soleil parabolique...), Le Monde inverti se révèle être bien davantage qu'une aventure de sf-fantasy à spéculation scientifico-mathématique. Ce chef-d'œuvre est un roman de l'influence de la société sur la perception du réel par chacun ; un ouvrage initiatique sur l'appréhension de la hiérarchie ; une réflexion sur le conditionnement intellectuel et culturel par l'éducation. Il faut parfois plusieurs lectures pour entrevoir toutes les ramifications de cette fiction qui confine au métaphysique, par l'usage de la symbolique presque simpliste d'un "passé/derrière" qui s'aplatit au point de disparaître et d'un "futur/devant" immense qui prend taille humaine en s'approchant. Tant de louanges ? Christopher Priest s'est avéré être depuis un auteur majeur du sense of wonder (lire Le Prestige et Les Extrêmes,) cultivant également avec brio le goût du paradoxe et de la mise en abîme. Tout son art des acrobaties littéraires est déjà présent dans Le Monde inverti. (sources : CheminCroisé ici)

Quatrième de couverture (éditions Presses Pocket - 1988)

Helward Manu avait atteint l'âge de mille kilomètres. Il allait entrer dans la prestigieuse guilde des Topographes du Futur. Au prix d'un serment terrible : il ne révélerait jamais ce qu'il pourrait voir du monde hors de la Cité Terre. A quoi servait la Traction ? Et la Pose des Voies ? Et la Construction des Ponts ? Helward le sut dès sa première sortie. Lentement, difficilement, la Cité progressait sur le sol inconnu d'une planète effrayante. Pour survivre, il fallait se rapprocher d'un point situé dans le Futur : l'Optimum. Et l'Optimum se dérobait sans cesse. Impossible de s'écarter du chemin : la réalité physique se disloquait aussitôt. Un ravin se refermait, une montagne s'élargissait ou s'aplanissait, les êtres vivants eux-mêmes étaient soumis à des métamorphoses monstrueuses. Dans cet univers-là, le temps se comptait en kilomètres. Et il n'arrêtait pas.
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Re: Le Monde inverti

Message  Calcédoine le Mar 20 Oct 2009, 18:17

Bonne idée de poster ceci, Garfield. J'ai lu ce livre il y a pas mal d'années et pourtant il m'a tellement marqué que je m'en souviens toujours. Car ce que les résumés que tu nous propose ne disent pas, c'est que cette petite société qui vit en autarcie dans une cité-train en lent mouvement perpétuel a une conception "hyperbolique" du monde : ces gens sont persuadés que leur monde n'est pas sphérique, comme nous le croyons pour notre Terre, mais hyperbolique. Sur cette surface hyperbolique existe un lieu d'équilibre particulier (l'Optimum) où il faut se trouver sous peine de dériver vers une pente qui enverrait la cité-train dans un abîme infernal. Or, cet Optimum se déplace, comme le calcule perpétuellement la guilde des Topographes du Futur ! D'où la nécessité de maintenir la cité-train en mouvement et de poser sans cesse des nouveaux rails (récupérés de l'arrière).



On apprend à la fin que cet autre monde hyperbolique n'est pourtant rien d'autre que notre Terre, mais vue au travers de cette conception biscornue. Lorsque la cité-train arrive en vue d'une cité fixe, habitée par d'autres humains qui ne se sentent nullement menacés par la perte d'un "Optimum", le choc culturel est brutal. En effet : cette croyance en une planète hyperbolique était érigée en certitude scientifique chez ces gens. Sur plusieurs générations, cette certitude était encrée et faisait partie du cadre de référence basique.

Le génie de ce roman est de montrer combien des croyances enracinées ont force de loi dans un microcosme tant qu'aucun élément extérieur majeur ne force à la remise en question.

Et nous ? Ne sommes-nous pas souvent accrochés à nos certitudes malgré tant d'éléments contraires que nous nions ou rejetons ?
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Combien d'ovnis niés sous prétexte de psychoses ou de confusions avec des planètes ? Ou, au contraire, combien de confusions astronomiques niées à cause d'une certitude d'une présence extraterrestre ?
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Combien d'artefacts pré-préhistoriques détruits ou escamotés parce que non conformes à la chronologie acceptée ? Ou, au contraire, combien d'affabulations défendues bec et ongles sans preuves ?
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Combien de remèdes simples rejetés à cause de l'intense propagande de laboratoires ? Ou, au contraire, combien de décès pour avoir refusé des soins adéquats, par idéologie ?

Même les plus savants d'entre-nous peuvent déraper dans la croyance irrationnelle tout en restant persuadés de prendre une position logique. Le monde que nous percevons est un mélange de perceptions ET d'interprétations. Et ce sont ces dernières qui, souvent, nous piègent et nous enferment dans des schémas de pensée desquels il est de plus en plus difficile de s'extirper avec les années.
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