chemins qui ne mènent nulle part

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Re: chemins qui ne mènent nulle part

Message  Logos le Mar 27 Avr 2010, 21:53

la lettre Nun (associée à la mort qui transforme tout dans le tarot) est reliée au nord, aux cieux étoilés et au vent du nord, le mistral qui nous rend tous fous... Nun signifie aussi le poisson qui traverse l'eau de la mort... c'est pour ça qu'on l'a choisi pour représenter le Rédempteur ou Phallus (ce qu'a trés bien compris Elli Medeiros quand elle chante "prend un petit poisson glisse le entre mes jambes... toi toi mon toit... toi toi mon tout mon roi"), le Dieu dont l'énergie nous permet de traverser les eaux mortelles... et c'est pas un hasard si on retrouve le Nun dans tous les noms rattachés à la traversée des eaux de Noé à Nemo... et le poisson et le serpent restent les deux principaux objets d'adoration dans les cultes qui professent la résurrection (le serpent dans l'Eden a pour valeur 358 comme messiah... il est donc selon la doctrine secrète le rédempteur... ayahuasca power)

Même dans le christianisme le christ est représenté par un poisson... le mot grec IXTHUS qui signifie poisson et représente le christ... d'ailleurs les apôtres étaient des pécheurs et il existe un symbolisme sexuel lié au poisson qui vient se scotcher à celui de résurrection... prends un petit poisson, glisse le entre mes jambes... toi toi mon toit.. toi toi mon tout mon roi... et tout ça.

(stelios)

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Re: chemins qui ne mènent nulle part

Message  Logos le Mer 08 Sep 2010, 07:06



Everebody's got a hole in the middle... Dance with de Devil... Boum !
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Re: chemins qui ne mènent nulle part

Message  Logos le Jeu 16 Sep 2010, 13:11

Alors c'est Stelio qui cause "de l'abandon" CheminCroisé à travers la notion grecque de l'Anabase.

Oui c'est exactement ça...et c'est une etape necessaire....la froide lucidité un peu comme chez Nietzsche qui parle du nihilisme comme passage obligé vers un devenir-createur et extatique.
S'offrir corps et ame aux forces du Dehors,au Chaos qui trace les processus et les lignes...un peu comme l'inespoir de certains courants bouddhistes qui n'est ni de l'espoir ni du desespoir mais qui se pose en machine de guerre implacable....et les grecs de l'antiquité ont une notion trés belle sur ce theme...l'anabase.

(petite remarque perso : la froide lucidité + la machine de guerre ça m'évoque beaucoup la Justice du tarot)

Il s'agit d'une notion qui apparait dans un recit de Xenophon (et qui sera ensuite utilisé par les poetes Saint John Perse,Celan et par Badiou) qui raconte l'histoire de mercenaires grecs enrolés dans une guerre dynastique Perse...des mercenaires qui se retrouvent égarés,hors-lieu et hors la loi aprés la bataille de Counaxa ou leur employeur est flingué...l'Anabase va alors nommer leur mouvement de retour sans savoir comment revenir...comment "remonter la pente" (un des sens possibles du mot "anabase")...

Trois points caractérisent le mouvement de l'Anabase:

-A la racine de l'Anabase un principe d'égarement...aprés la guerre les grecs ne sont plus que des etrangers en pays hostile...aprés la fulgurance de l'Evenement ou de la rupture du cours de l'existence le monde nous devient etranger...l'arcane 16 qui est ecroulement,efondement,egarement et promesse que la noirceur de la nuit sera suffisament opaque pour pas qu'on puisse tricher...

-Un principe de volonté et de discipline...les grecs etaient la au départ pour assurer un contrat,en position d'obeissance puis pris dans le devenir de l'Anabase ils se trouvent livrés a eux-mème,contraints d'inventer leurs destins,de se laisser porter par la sagesse du vent qui implique qu'on soit fort,determiné et discipliné pour que son souffle parle a travers nous comme un processus de vérité qui mitraille le destin qui se deplie comme une promesse de bonheur...l'arcane 17 qui nous dit que chacun d'entre nous s'il mérite son orbite est une putain d'etoile...

-L'Anabase est pure creation,libre invention du retour qui avant l'errance n'existait pas comme chemin de retour...Les grecs dans leur marche a travers la Perse n'empruntent aucun chemin connu,aucune orientation anterieure...l'Anabase comme promesse de lumière au moment ou la nuit semble la plus dark...le sentier qui traverse la lune jusqu'au soleil...entre volonté et egarement le seul moyen de trouver son chemin c'est d'accepter de se perdre...et le terme grec anavasis (anabaser) signifie a la fois s'embarquer et revenir...vocables de marins qui resonnent hésitants entre la fin et le commencement...car c'est quand la nuit est la plus noire que brille l'etoile du matin qui annonce la grosse decharge de foutre solaire...l'enseignement des arcanes 18 et 19...


Autre part, éclairant tout ça :

C'est la meme chose avec le desir...faire emerger un Desir absolu et infini qui noie tel un tsunami de feu les milles petits désirs qui sont autant de petits maitres qui ecartelent le corps sans organe,milles petits desirs qui sont du plaisir a compulser,le moteur de l'economie de marché...mais ce Desir infini est comme une flèche qui doit avant d'etre lancer trouver son but,sa cible...

La fiancèe en forme de vulve et de fleur qu'on soit un homme ou une femme biologique...il n'y a jamais de rapport sexuel a l'exterieur tant que celui du dedans n'est pas consommé/consummé...c'est du Lacan revisité par le bereshit...du tantrisme quoi...et le Désir est folie comme le tir a l'arc les yeux rivés vers le dedans decrit par Herrigel...l'arcane sans nom qui est le plus grand Desir dissimule une flèche dans son graphisme. Desir qui deviendra Amour a la fin du processus...

"La permanente montée des pouvoirs d’abstraction et de structuration va de pair avec un enrichissement sensoriel et même charnel, une exultation et un approfondissement de toutes les puissances du corps"

C'est en effet un des paradoxes des milles sentiers...sans ascèse il n'y a pas de bonheur,il n'y a que des satisfactions...on passe par l'ascèse du règne de la quantité (la satisfaction c'est faire assez,suffisament...) a celui de la transfiguration qualitative...et comme le dit Carteret par exemple il n'y a pas de privation dans l'ascèse véritable et le bonheur et la liberté se trouvent dans le risque,jamais dans la sécurité...

De la meme manière lorsqu'on se trouve aux prises avec le règne de la quantité,on fait des choix (aveugles car l'homme s'il reste conscient de ses désirs ignorent les causes qui les determinent...spinoza style),on a des préférences et préferer c'est toujours une mesure (et le Mat hurle ne mesurez jamais!) alors qu'aimer avec un a dressé comme une bite c'est toujours de la démesure...la encore je dégaine Carteret "Aimer c'est ne plus comparer.Comparer c'est horizontal"

L'ascèse qui est le plus grand Desir se pointe lorsque l'homme devient Sujet désirant (superEgo) et se rend disponible au problème qui se pose plutot qu'au problème qu'il se pose...amor fati,fuck psychologie et kill your television...
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Re: chemins qui ne mènent nulle part

Message  Charly Alverda le Jeu 16 Sep 2010, 22:30

(Pallas, de Coupe ?) Chouette ce post Logos. Je vais m’en servir derechef et subséquemment comme tremplin de réflexion, euh de marrade, avec ta permission.

J’avoue avoir longtemps préféré me pencher sur la katabase (version Godelienne), mais la vision de ton double le sexe aux logs est fascinante ! Je con-sidère cependant qu’il con-font trop souvent le robot avec son prog-rameur, mais quel style !
Je retiens premièrement : “ La fiancée en forme de vulve et de fleur qu'on soit un homme ou une femme biologique...il n'y a jamais de rapport sexuel a l'exterieur tant que celui du dedans n'est pas consommé/consumé...c'est du Lacan revisité par le bereshit...du tantrisme quoi... “

Vois, là ! un rat court, si ! court circuit temps.

J’aime bien aussi ceci, (si ! si ! dit la Trois) : “ faire émerger un Desir absolu et infini qui noie tel un tsunami de feu les milles petits désirs qui sont autant de petits maîtres qui écartèlent le corps sans organe,milles petits désirs qui sont du plaisir a compulser,le moteur de l'economie de marché...mais ce Desir infini est comme une flèche qui doit avant d'etre lancée trouver son but,sa cible... “

L’égo vu comme un corps sans organe, c’est encore lui faire trop d’honneur, il y a là de quoi le pousser à faire marcher le Marché ! A la niche ! fiscale of course.

Euh ! Moi qui ait pratiquer le kyudo dans une autre existence, j’étais la cible, la flèche et l’arc... dans l’instant... Enfin pas moi, mais le maître, c’est presque pareil !

” l'arcane sans nom qui est le plus grand Desir dissimule une flèche dans son graphisme. Desir qui deviendra Amour a la fin du processus... “

Dissimule ? Have a look on the early cards ! En français de sous souche : Mords moi ces morts :

http://www.tarot.com/about-tarot/library/boneill/death

Dis lui à ton double que jamais le désir ne deviendra amour ! Il est né de cet amour, mais tout ce qui naît meurt, donc est illusoire (hormis le temps de l'illusion) ! Nous n’avons accès à l’amour que lorsque il n’y a plus “personne” pour désirer, pour faire quoi que ce soit, ce qui n’arrive pour ces milliards d’existences éphémères et fragiles... qu’une fois sur 100 millions ?? On ne peut pas aimer avant de mourir (pas forcément décéder), mais on peut se sentir aimé, dans l’abandon bien sur, et là une chance se lève.

Pour les “ choix aveugles “, je ne peux qu’abonder, on vient enfinnnnn ! de prouver en occident que le cerveau ne peut fabriquer que des fictions. C'est pas encore gagné.

Bon, je range quand même sa vision du Tarot dans la case TARXAPW312243 de ma mémoire, dans le sous-compartiment : A SURVEILLER, avec la définition du Bateleur qui va avec : “ Eblouir, pour ne pas se faire éblouir “ !

“ Quant à Carteret : “ il n'y a pas de privation dans l'ascèse véritable et le bonheur et la liberté se trouvent dans le risque, jamais dans la sécurité...”

Oui certes, la sécurité ne peut jamais quitter le registre de la mémoire donc de la mort, mais je remplace personnellement le mot risque (pour éviter la casse, et la case pleine) par celui d’accueil, je souhaite vivement que “ l’abandon “ de Stelio soit de cet ordre (ordre dans le sens taoïste du terme , car voici ce que m’écrivit naguère un “ contact “ :

“ L'acceptation n'est pas la résignation. C'est l'accueil joyeux !
En accueillant ainsi, nous reflétons exactement ce que la Vie nous propose. Et chaque évènement est saturé d' Amour.... Dans cet accueil, il y a une subtile attention, une fine observation : c'est ce que nous sommes, conscience - accueil - silence....
C'est ce "vivre en conscience", afin que l'énergie ne se disperse pas dans un mental fragmenté et que la Réalité se révèle dans chaque instant du quotidien.
C'est dans cet espace de conscience que nous nous percevons substantiellement, reliés.
Juste accueil, juste silence. Le silence est si créatif.... il nous révèle notre unité. “

Amicalement,

Charly

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Re: chemins qui ne mènent nulle part

Message  Logos le Jeu 16 Sep 2010, 23:25

Permission accordée mon capitaine !
Mortel ton lien, merci.

(pour sa vision du tarot, je pense qu'il préfère "essaimer" des lignes de sens que de s'appliquer, comme tu le fais parfaitement, à rétablir le message originel/hermétique)

Oui le silence c'est étrange... C'est le source du son

Et tiens puisque tu parlais de Coupes, l'Ermite n'a t il pas des airs du Cavalier de la bande ?
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Re: chemins qui ne mènent nulle part

Message  Logos le Ven 17 Sep 2010, 11:53

Et un petit complément sur l'inespoir :

La douleur, C'est ce que nous vivrons si nous n'arrivons pas à comprendre que l'exigence de base pour marcher, c'est l'inespoir. L'inespoir n'a rien à voir avec le désespoir. Il y a une différence. Le désespoir, c'est de la paresse, un intellect insuffisant. On n'est même pas disposé à chercher la raison du désespoir. C'est un bide total. L'inespoir, en revanche, est très intelligent. On n'arrête pas de chercher. On tourne une page après l'autre en disant: "C'est sans espoir, c'est sans espoir". On reste extrêmement vigoureux, inespérément vigoureux. On cherche encore des lueurs d'espoir, mais chaque fois on finit par se dire: "Ah non ! Beurk !" L'inespoir n'arrête pas; il est très vigoureux, c'est une grande source d'inspiration. Il chatouille l'esprit comme si nous étions sur le point de découvrir quelque chose. Au moment de la découverte, nous disons: "Ah, enfin, j'ai trouvé !... Ah, non. C'est la même rengaine qui rapplique."

L'inespoir renferme un pari et une excitation démesurés. Quand nous cédons, quand nous entrons dans un désespoir profond, d'inespoir en inespoir, juste avant que le désespoir et la paresse nous dominent, c'est alors que nous commençons à acquérir le sens de l'humour, ce qui nous empêche de devenir roi des paresseux et des imbéciles. (Jeu d'illusion)...

"Le problème est que nous cherchons une réponse facile et indolore. Mais ce type de solution est inopérant sur le sentier spirituel, sur lequel nous n’aurions peut-être pas dû nous engager. Mais une fois que nous y sommes, c’est dur, c’est douloureux, et nous allons en baver. Nous nous sommes engagés dans la souffrance consistant à nous exposer, à nous déshabiller, à donner notre peau, nos nerfs, notre cœur, notre cerveau, jusqu'à ce que nous soyons offerts à l’univers. Rien ne doit rester . Ce sera terrible, crucifiant, mais c’est comme ça."

(chogyam trungpa)
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Re: chemins qui ne mènent nulle part

Message  Chèvre le Ven 17 Sep 2010, 12:45

On n'arrête pas de chercher. On tourne une page après l'autre en disant: "C'est sans espoir, c'est sans espoir". On reste extrêmement vigoureux, inespérément vigoureux. On cherche encore des lueurs d'espoir, mais chaque fois on finit par se dire: "Ah non ! Beurk !" L'inespoir n'arrête pas; il est très vigoureux, c'est une grande source d'inspiration. Il chatouille l'esprit comme si nous étions sur le point de découvrir quelque chose. Au moment de la découverte, nous disons: "Ah, enfin, j'ai trouvé !... Ah, non. C'est la même rengaine qui rapplique."

cette histoire d'inespoir, surtout formulé dans ces termes, dirait-on pas que ça fait comme un écho à :

Tu sépareras la terre du feu, le subtil de l'épais, doucement, avec grande industrie.

Aller vers l'inespéré... en v'la un beau paradoxe. Ca parle vite et bien...

S'il est permis de mettre du bout des doigts un bémol de paysan... (surtout au post précédent : Stelio etc.) ce s'ra :

A chaque jour suffit sa tâche.


.............................poil aux vaches
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Re: chemins qui ne mènent nulle part

Message  Logos le Mar 21 Sep 2010, 21:29

Le maître chan Foyan dit :

D'après mon expérience, tout est vrai. S'il y avait quoi que ce soit de faux, comment pourrais je prétendre enseigner et guider les autres ? Lorsque j'affirme ma vérité, il n'y a ni esprit qui affirme ni objet affirmé, c'est pour cela que j'ose parler. Pour ceux qui ont atteint la Voie, il n'y a rien qui ne soit la Voie. Vous devez atteindre la nudité totale avant d'atteindre la réalisation. Si vous voulez entrer en harmonie avec un maître, connaissez simplement votre propre esprit ! Observez l'état présent. Quelle est sa logique ? Quelle est sa direction ? Pourquoi êtes vous confus ? C'est l'approche la plus directe ! Soyez à la fois libres de la confusion et de l'illumination. Cessez toute recherche, c'est une maladie. Alors l'esprit fou s'arrête. Lorsque vous verrez les choses de cette façon, vous serez libres et indépendant.

Yuan-wu dit :

La Voie ultime est simple est facile. Il s'agit simplement de savoir si vous abandonnez les choses ou les poursuivez. Ceux qui veulent réaliser la Voie doivent penser à cela sérieusement.

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Re: chemins qui ne mènent nulle part

Message  Logos le Sam 23 Oct 2010, 10:23

Toute la theorie de la singularité quelconque et de la communauté qui vient d'Agamben a perfusé les écrits (et les formes de vie) qui emanent du collectif Tiqqun (cf: "l'insurrection qui vient").

Nous parlons d’une nouvelle guerre, d’une nouvelle guerre de partisans.
Sans front ni uniforme, sans armée ni bataille décisive.
Une guerre dont les foyers se déploient à l’écart des flux marchands quoique branchés sur eux.
Nous parlons d’une guerre toute en latence. Qui a le temps.
D’une guerre de position.
Qui se livre là où nous sommes.
Au nom de personne.
Au nom de notre existence même,
qui n’a pas de nom.

Opérer ce léger déplacement.
Ne plus craindre son temps.
« Ne pas craindre soin temps est une question d’espace ».
Dans le squatt. Dans l’orgie. Dans l’émeute. Dans le train ou le village occupé.
A la recherche, au milieu d’inconnus, d’une free party introuvable. Je fais l’expérience de ce léger déplacement. L’expérience
de ma désubjectivation. Je deviens
une singularité quelconque. Un jeu s’insinue entre ma présence et tout l’appareil de qualités qui me sont ordinairement attachées.
Dans les yeux d’un être qui, présent, veut m’estimer pour ce que je suis, je savoure la déception, sa déception de me voir devenu si commun, si parfaitement
accessible. Dans les gestes d’un autre, c’est une inattendue complicité.
Tout ce qui m’isole comme sujet, comme corps doté d’une configuration publique
d’attributs, je le sens fondre. Les corps s’effrangent à leur limite. A leur limite,
s’indistinguent. Quartier suivant quartier, le quelconque ruine l’équivalence. Et je parviens à une nudité nouvelle,
à une nudité impropre, comme vêtue d’amour.
S’évade-t-on jamais seul de la prison du Moi ?

Dans le squatt. Dans l’orgie. Dans l’émeute. Dans le train ou le village occupé. Nous nous retrouvons.
Nous nous retrouvons en singularités quelconques.
C’est-à-dire non sur la base d’une commune appartenance, mais d’une commune présence.
C’est cela notre besoin de communisme. Le besoin d’espaces de nuit, où nous puissions
Nous retrouver
Par-delà nos prédicats. Par-delà la tyrannie de la reconnaissance. Qui impose la re/connaissance comme distance
finale entre les corps. Comme inéluctable séparation.
Tout ce que l’ON - le fiancé, la famille, le milieu, l’entreprise, l’Etat, l’opinion - me
Reconnaît, c’est par là que l’ON croit me tenir.
Par le rappel constant de ce que je suis, de mes qualités, ON voudrait m’abstraire de
chaque situation, ON voudrait m’extorquer en toute circonstance une fidélité à moi-même
qui est une fidélité à mes prédicats.
ON attend de moi que je me comporte en homme, en employé, en chômeur, en mère, en militant ou en philosophe.
ON veut contenir entre les bornes d’une identité le cours imprévisible de mes devenirs.
ON veut me convertir à la religion d’une cohérence
Que l’on a choisie pour moi.

Plus je suis reconnue, plus mes gestes sont entravés, intérieurement entravés. Me voilà prise dans le maillage ultra-serré du nouveau pouvoir. Dans les rets impalpables de la
nouvelle police : LA POLICE IMPERIALE DES QUALITES.
Il y a tout un réseau de dispositifs où je me coule pour m’ « intégrer », et qui m’incorporent ces qualités.
Tout un petit système de fichage, d’identification et de flicage mutuels.
Toute une prescription diffuse de l’absence.
Tout un appareil de contrôle comporte/mental, qui vise au panoptisme, à la privatisation
transparentielle, à l’atomisation.
Et dans lequel je me débats.

J’ai besoin de devenir anonyme. Pour être présente.
Plus je suis anonyme, plus je suis présente.
J’ai besoin de zones d’indistinction
pour accéder au Commun.
Pour ne plus me reconnaître dans mon nom. Pour ne plus entendre dans mon nom
que la voix qui l’appelle.
Pour faire consister le comment des êtres, non ce qu’ils sont, mais comment ils sont ce
qu’ils sont. Leur forme-de-vie.
J’ai besoin de zones d’opacité où les attributs,
Même criminels, même géniaux,
Ne séparent plus les corps.

Devenir quelconque. Devenir une singularité quelconque, n’est pas donné.
Toujours possible, mais jamais donné.
Il y a une politique de la singularité quelconque.
Qui consiste à arracher à l’Empire
Les conditions et les moyens,
même intersticiels,
De s’éprouver comme tel.
C’est une politique, parce qu’elle suppose une capacité d’affrontement,
Et qu’une nouvelle agrégation humaine
lui corresponde.
Politique de la singularité quelconque : dégager ces espaces où aucun acte n’est plus assignable à aucun corps donné.
Où les corps retrouvent l’aptitude au geste que la savante distribution des dispositifs
métropolitains - ordinateurs, automobiles, écoles, caméras, portables, salles de sport,
hôpitaux, télévisions, cinémas, etc. - leur avait dérobée.
En les reconnaissant.
En les immobilisant.
En les faisant tourner à vide.
En faisant exister la tête séparément du corps.

Politique de la singularité quelconque.
Un devenir-quelconque est plus révolutionnaire que n’importe quel être-quelconque.
Libérer des espaces nous libère cent fois plus que n’importe quel « espace libéré ».
Plus que de mettre en acte un pouvoir, je jouis de la mise en circulation de ma puissance.
La politique de la singularité quelconque réside dans l’offensive. Dans les circonstances,
les moments et les lieux où seront arrachés
les circonstances, les moments et les lieux
d’un tel anonymat,
d’un arrêt momentané en état de simplicité,
l’occasion d’extraire de toutes nos formes la pure adéquation à la présence,
l’occasion d’être, enfin,
là.
.....
Apprendre à devenir indiscernables. A nous confondre. Reprendre goût
à l’anonymat,
à la promiscuité.
Renoncer à la distinction,
Pour déjouer la répression :
ménager à l’affrontement les conditions les plus favorables.
Devenir rusés. Devenir impitoyables. Et pour cela, devenir quelconques.
.....
La grève humaine, aujourd’hui, c’est
refuser de jouer le rôle de la victime.
S’attaquer à lui.
Se réapproprier la violence.
S’arroger l’impunité.
Faire comprendre aux citoyens médusés
que s’il n’entrent pas en guerre ils y sont quand même.
Que là où l’ON nous dit que c’est ça ou mourir, c’est toujours
en réalité
ça et mourir.

Ainsi,
de grève humaine
en grève humaine, propager
l’insurrection,
où il n’y a plus que,
où nous sommes tous
des singularités
quelconques.
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Re: chemins qui ne mènent nulle part

Message  Logos le Mar 26 Oct 2010, 00:42

Une grande montagne couvre de son ombre un petit village. Privés de soleil, les enfants sont rachitiques. Un beau jour, les habitants voient le plus ancien d’entre eux de diriger vers les abords du village, une cuillère en céramique dans les mains.
- Où vas-tu ? lui demandent-ils.
- Je vais à la montagne.
- Pour quoi faire ?
- Pour la déplacer.
- Avec quoi ?
- Avec cette cuillère.
- Tu es fou ! Tu ne pourras jamais !
- Je ne suis pas fou : je sais que je ne pourrai jamais, mais il faut bien que quelqu’un commence.
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Re: chemins qui ne mènent nulle part

Message  Logos le Mar 02 Nov 2010, 16:25

Vierge redevenir
au plus secret des profondeurs
où repose en toi la parole dormante
enclose dans le roc.

Est-il autre lieu que la Source Scellée,
Celle qui t'a fait naître et te fera renaître ?

Scellée, nul hors Amour n'y peut porter regard
où le vu le voyant sont liés par la même vision.

Que l'innocence reconquise
te rende à la transparence.

Est-ce assez dire pour vierge redevenir
pour devenir
en fidèle d'amour.

Fidèle n'as-tu pourtant
d'autres gardes que l'innocence
la brisure de l'éclair
le rapt de la parole
la vigueur de la sentence ?

La Verge Ardente
ô pur
est ta force d'érection
épée dressée qui te transperce axiale
de la base au sommet.

La Vierge t'a élu
pour que tu sois l'arme de son regard
Tu lui rendras fidèle ce qu'elle t'a donné.

Elle est
Celle qui ne parle pas
la Présence.

Elle tait
mais elle donne à dire

Vêtue d'aube et de crépuscule
On ne voit de ses yeux que l'errance du jour

Droite érigée
ferveur sévère
elle lie sous les heures
les ombres de l'apparence
laissant sans sourciller
venir et s'éloigner
l'évanescence.

O tour tu es la garde et le regard


Droit désir, Henri Giriat
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Re: chemins qui ne mènent nulle part

Message  Logos le Lun 07 Mar 2011, 21:22

Enjoy Aimer :

Le jour que je fu né, Apollon qui préside
.
Aux Muses, me senvit en ce monde de guide,
.
M'anima d'un esprit subtil et vigoureux,
.
Et me fist de science et d'honneur amoureux.
.
Lieu des grans thresors et des richesses vaines.
.
Qui aveuglent les yeux des personnes humaines,
.
Me donna pour partage une fureur d'esprit,
.
Et l'art de bien coucher ma verve par escrit.
.
Il me haussa le coeur haussa la fantaisie,
.
M'inspirant dedans l'ame un don de Poësie,
.
Que Dieu n'a concedé qu'à l'esprit agité
.
Des pognans aiguillons de sa Divinité.
.
Quand l'homme en est touché il devient un Prophete,
.
Il prédit toute chose avant qu'elle ne soit faite,
.
Il cognoist la nature et les secrets des Cieux,
.
Et d'un esprit bouillant s' eleve entre les Dieux.
.
Il cognoist la vertu des herbes et des pierres,
.
Il enferme les vents, il charme les tonnerres :
.
Sciences que le peuple admire et ne sçait pas
.
Que Dieu les va donnant aux hommes d'ici bas,
.
Quand ils ont de l'humain les ames separée,
.
Et qu'à telle fureur elles sont preparées Par oraison, par jeusne et pénitence aussi...

(Pierre de Ronsard, Hymne de l'automne, Bibliothèque de la Pléïade, 1555)
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Re: chemins qui ne mènent nulle part

Message  Logos le Mer 16 Mar 2011, 14:42

Une disciple et son maitre soufi se livrent à une joute verbale anti-soufi. Cultive l'amour dit le maitre soufi, cultive la crainte dit la disciple...


https://www.dailymotion.com/video/x1xf70_cultive-l-amour-dans-ton-coeur_music#from=embed
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Re: chemins qui ne mènent nulle part

Message  Logos le Mar 05 Avr 2011, 18:00

Il y a un printemps dans l'hiver (Noël, solstice d'hiver : les jours augmentent : Christ)
Il y a un été dans le printemps (l'augmentation de la lumière est "au beau fixe")
Il y a un automne dans l'été (lumière maximale mais qui va diminuant : Saint Jean Baptiste)
Il y a un hiver dans l'automne (y' fait pas beau et ça va être de pire en pire)

Bon c'est nul... mais ce "déphasage" (90°) entre lumières apparentes et dynamique lumineuse - entre la fonction lux=f(t) et sa dérivée - pourrait-elle éclairer le "basculement" (à 90°) de l'axe du zodiaque dont nous a plusieurs fois entretenu Sieur Aliboron ?
On pourrait comprendre que la véritable lumière est la dynamique lumineuse sous-jacente.
Il faut aussi remarquer que la dérivation par rapport au temps ramène un phénomène à sa variation instantanée.

A mettre en relation avec Le Cosmopolite ?
"Car les yeux des Sages voient la Nature d'autre façon que les yeux communs. Comme, par exemple, les yeux du vulgaire voient que le Soleil est chaud, les yeux des Philosophes, au contraire, voient plutôt que le Soleil est froid, mais que ses mouvements sont chauds : car ses actions et ses effets se connaissent par la distance des lieux. "
(en comprenant les "mouvements" du soleil comme ses rayons : la manière dont il se montre ; et le soleil lui-même en tant que source-être : moyeu de la dynamique céleste)
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Re: chemins qui ne mènent nulle part

Message  Logos le Ven 03 Juin 2011, 11:07



Alchamanisme ?
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Re: chemins qui ne mènent nulle part

Message  Bertrand le Sam 16 Juil 2011, 14:23

Bonjour,

Désolé car je vais un peu rabaisser le niveau atteint jusque là par la conversation pour revenir à ce qui a été dit dans des pages précédentes où l'on parle de jeu.

Voici un petit extrait de JM Lhôte dans "Le symbolisme des jeux" où on peut lire la phrase qui donne son titre au présent fil de discussion - et qui donne à réfléchir sur certains de ces chemins qui ne mènent nulle part.

Le texte évoque auparavant les parcours dans les jeux, marelle, jeu de l'oie, pistes, cheshbesh/backgammon (où Lhôte fait un parallèle particulièrement troublant avec un extrait du Sefer Yetsirah et les implications spirituelles de ce jeu), puis le Monopoly :
Le monopoly reste emblématique de la nouvelle génération où le parcours refermé sur lui-même ne propose aucun but : pas de poteau d'arrivée, pas de territoire à conquérir, pas de pièces à faire sortir du tablier ; l'objectif reste étranger à des notions de pèlerinages, de poursuites ou d'affrontements. Il n'est pas inscrit dans le parcours lui-même qui est aveugle ; il se trouve ailleurs, dans une bonne gestion des biens que le hasard attribue à chacun. Le tracé, s'il est effectivement composé de cases identifiées, a perdu sa fonction de cheminement pour une autre qui ressemble davantage à la matérialisalion d'un décompte. Le monopoly passe souvent pour une transposition de la civilisation contemporaine gouvernée par l'argent, mais son enseignemenl est plus cruel encore ; le monopoly est à l'image d'un chemin qui ne mène nulle part.
Petit lien gratuit avec un autre jeu : les billets de Monopoly étaient illustrés d'un portrait du banquier @ John Pierpont Morgan, collectionneur-investisseur maladif qui possédait plusieurs cartes du fameux jeu de Tarot des Visconti désigné comme "Pierpont Morgan-Bergame".

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Re: chemins qui ne mènent nulle part

Message  Calcédoine le Sam 16 Juil 2011, 15:29

Bonjour Bertrand; belle trouvaille que voilà !
En effet, le Monopoly est une image très forte illustrant le "chemin qui ne mène nulle part". Rien d'autre à y faire que tourner sans fin en tentant d'accumuler une fortune de plus en plus grande, au détriment des autres joueurs. Le "gagnant" est celui qui acquiert un total monopole, conduit ses concurrents à la ruine, à la pauvreté, à l'exclusion. En fin de partie, le gagnant se retrouve seul avec tout son pognon, et… plus personne pour jouer avec lui ! C'est la "fin du monde", puisque tous les mécanismes d'échanges sont bloqués par l'oligarchie.

Ce qui est intéressant, c'est de comparer ce jeu avec la situation économique actuelle, et d'observer que toutes les lois qui ont érigé cette règle de jeu comme système politique incontournable sont effectivement en train de nous mener à la même impasse finale. Même la privatisation des services publics (gares, eau, électricité) sont prévus dans ce jeu "prophétique".
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Re: chemins qui ne mènent nulle part

Message  Logos le Jeu 18 Aoû 2011, 18:54

Le cheik de l'ordre Khalvati à Istanbul, Sunbul Efendi, cherchait un successeur. Il envoya ses disciples ramasser des fleurs pour décorer le cloître. Tous revinrent avec de gros bouquets faits des plus belles fleurs ; un seul, Merkez Efendi, rapporta une fleurette fanée. Questionné s'il n'avait rien trouvé de plus digne pour son maître, il répondit : "j'ai vu que toutes les fleurs étaient occupées à rendre grâce à Dieu. Comment les aurais-je dérangées ? Une seule avait terminé ses louanges et je l'ai prise"
Ce fut lui qui succéda à Sunbul Efendis.

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Re: chemins qui ne mènent nulle part

Message  Hiram le Sam 10 Sep 2011, 15:00

Bonjour Logos,

"penser sans n'être qu'un Penseur"
Tu nous apportes toujours des perles inspirantes.

C'est grandement apprécié, Merci.

Fraternellement,

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Re: chemins qui ne mènent nulle part

Message  Logos le Ven 18 Nov 2011, 16:57

Un nouveau texte de Stelio :

---

Est-ce que tu pourrais définir le mot désir, ça me semble être une notion centrale pour toi?

Le désir, oui, en effet, il s’agit d’une notion centrale, il s’agit même, selon moi, de la dynamo essentielle qui permet au monde tel qu’on le perçoit de se déployer.

Mais définir le désir n’est pas chose facile car un bon siècle de surinterprétation de l’économie libidinale freudienne nous a entrainés sur une fausse piste, considérer le désir, la libido uniquement comme désir sexuel.

Et le simple fait de limiter le désir à la pulsion sexuelle permet d’en apprivoiser la charge subversive, de contrôler sa puissance de déflagration.

Car le pouvoir, les dispositifs de pouvoir, de leur côté, ne se trompent pas sur la véritable signification du processus de désir et de son contrôle. Ainsi on parle aujourd’hui de biopolitique ou de biopouvoir.

Parler de biopouvoir c’est évoquer le fait que l’aliénation passe par un pouvoir exercé sur le vivant. Car le ‘bios’ c’est le vivant entendu comme forme de vie, comme manière de vivre propre à un individu ou à un groupe d’individus, à ne pas confondre avec l’autre notion qui évoque le vivant, celle de ‘zoé’ qui exprime le simple fait de vivre propre à tous les vivants, qu’ils soient hommes, animaux ou dieux.

Cela nous éclaire alors sur le terrain d’action de l’autonomie et, indirectement, sur ce que j’entends par désir.

L’autonomie c’est donc l’autonomie des formes de vie ou pour citer Agamben :

« Elle définit une vie, la vie humaine, dans laquelle tous les modes, les actes et les processus du vivre ne sont jamais simplement des faits, mais toujours et avant tout des possibilités de vie, toujours et avant tout des puissances ».

Et le désir constituerait donc cette puissance qui trace les contours des formes de vie, qui permet l’accès à l’autonomie, qui lorsqu’elle est étouffée, contrôlée, canalisée au bénéfice d’un dispositif de pouvoir devient aliénation sociale et boucle névrotique.

Libérer les flux ce n’est pas s’abandonner à la compulsion infinie, le « jouissez sans entraves » de 68, mais plutôt comprendre que le désir est un processus complexe qui nécessite une construction consciente qui s’inscrive dans une temporalité, une création de soi-même à travers son rapport au monde et aux autres et qui prend la forme d’une appropriation joyeuse, une anarchie couronnée et ouverte.

Tout commence avec la vision offerte par la Grèce antique, le mythe Pélasge de la création qui considère Éros, le désir comme la source et le moteur éternel de tout le vivant. Ce que les grecs nommaient Éros est peut-être ce que les pygmées nomment Bwiti. Car à l’instar du Bwete (ce qui déborde les cadres convenus, les dispositifs de pouvoir), l’Éros ne se laisse capturer par aucune structure, aucun dogme, aucune norme.

C’est pour cette raison que je parle souvent de désir liquide, pour insister sur le fait que le désir est dynamique et ingérable, qu’il libère les lignes qui tracent les formes que le pouvoir ne cesse pas d’enrégimenter, de pétrifier, de stériliser. Et le paradoxe de ces nouveaux appareils de pouvoir, c’est qu’ils pétrifient les désirs liquides des individus tout en participant à la liquéfaction des structures psychosociales.

Pourtant il est impossible de laisser les lignes, les machines désirantes, les formes de vie marginales se déployer de manière sauvage et incontrôlée. Pas parce qu’il existe un risque de dérive anarchique du monde sous les coups de boutoir du désir libéré, du vivant illimité mais plutôt parce que si le désir ne s’inscrit ni dans une construction, ni dans une durée, il va nécessairement se trouver transformé, soit en compulsion aveugle de la jouissance immédiate (le porno industriel, la société du spectacle, le devenir-marchandise du monde, l’addiction comme seconde nature) et il faut savoir que déjà les grecs se méfiaient comme de la peste de l’intempérance qu’ils nommaient akolasia, soit en hystérie réactive de l’ordre et de la morale (le devenir charia, les nouvelles formes de puritanismes, le repli sur soi caractéristique des nationalismes et des dogmatismes qui émergent).

La leçon de la Grèce antique c’est que le désir/éros pour être fécond doit prendre la forme de structures dynamiques et pourtant toujours connectées au flux du vivant (sans s'y dissoudre) et à ses constructions. Ces structures sont par exemple la philia qui doit être traduit non par « amitié », terme qui possède une charge émotionnelle et qui aveugle plutôt que d’éclairer, mais plutôt être considérée comme une relation institutionnelle non affective, consistant à traiter comme un des nôtres celui qui n’en est pas.

Insister sur l’importance de la philia constitue un des enjeux imposés par le déploiement du désir, car la philia intègre l’autre dans la construction du désir, le prochain qui est l’autre que rien ne nous oblige à aimer.

Une autre notion héritée de la tradition occidentale, du noyau subversif du message chrétien est celle d’Agape. Encore un mot grec qui signifie la chose incroyable en soi, révolutionnaire, et pour cette raison écrasée sous la lourdeur du dogme de l’église, Dieu a abandonné sa place d’Un-Absolu (la complainte du christ sur la croix, ‘père pourquoi m’as-tu abandonné’ comme affirmation de sa désertion radicale, le noyau subversif proposant l’absenthéisme comme désir d’autonomie radicale) pour habiter les relations humaines, l’espace, le vide qui sépare et unit les êtres et les choses.

Mais cette liberté, cette autonomie donnée aux hommes par Dieu (et qu’on retrouve dans les lectures les plus lumineuses du Cor’an, celles d’Hallaj, de Mohamed Iqbal ou de Rumi par ex.), cette autonomie radicale qui permettait aux critiques issues de l’empire Romain d’appeler les premiers chrétiens, les athées, doit être à présent redécouverte (car l’homme refuse cette liberté qui l’effraie, je vais citer Marie Balmary au sujet de ce don « Les chrétiens (les croyants en général) seraient donc les serviteurs à jamais d’un dieu maître à jamais. Ils se croient serviteurs pour l’éternité alors que Dieu lui-même les a affranchis »), réactualisée à travers un usage créatif et révolutionnaire du Désir et de son devenir-philia, devenir-agape, devenir-amour pour que s’actualise dans les situations le mot d’ordre hurlé par A/traverso-giornale dell’autonomia :

« La pratique du bonheur est subversive lorsqu’elle se collectivise. »

Et puisque j’ai évoqué l’italie autonome, je voudrais conclure avec un passage du Le operaie della casa de juillet 1976 :

Vous voulez vous réapproprier votre vie?
Commencez par détruire les patrons qui sont en vous,par détruire les caractéristiques capitalistes qui sont en vous.
Détruisez-vous comme patrons.
Détruisez-vous comme aspirateurs inépuisables de votre travail domestique.


Tu évoques souvent des enseignements religieux, et tu sembles avoir une bonne connaissance des différentes traditions religieuses, pourtant tu utilises également l’expression « fuck spirituality let’s groove ». Comment expliques-tu ce paradoxe?

Justement je ne pense pas qu’il s’agisse d’un paradoxe.

Comme je l’ai expliqué de manière un peu rapide plus haut, ma lecture attentive et rigoureuse des textes et enseignements religieux, notamment le Bereshit, les évangiles apocryphes ou gnostiques, le Cor’an m’a amené à comprendre que le monothéisme authentique, son noyau subversif et libérateur, est un pont qui mène à l’athéisme, ou pour être plus précis à l’absenthéisme.

Dans la tradition Co’ranique par exemple (qui est clôture de la révélation) un seul Ange refuse de se prosterner devant l’Homme lors de la séquence ou Dieu fait de lui son successeur (Khalif) et cet ange c’est Ibliss/Lucifer.

L’ange révolté est banni à jamais dans le monde où il devient le diable, le diviseur, l’accusateur, le tentateur qui va tenter sans relâche d’entrainer les hommes dans son incrédulité et son refus d’accepter la position suprême à laquelle ils ont été élevés par le retrait de Dieu. Refus d’accepter la puissance corrosive et libératrice de l’athéisme radical qu’autorise la pleine acceptation des fulgurances monothéistes.

Et c’est là tout le simulacre des spiritualités et autres dispositifs de pouvoir (toujours des machines symboliques, verbales, imaginaires), ce mensonge qui consiste à convaincre l’homme qu’il n’est qu’une créature misérable, fautive, coupable, impuissante et aussi bien l’athéisme vulgaire (l’homme est enchaîné à ses déterminations biologiques et sociales), la religion (l’homme est soumis, il est serviteur de dieu ou de l’amour), la thérapie simpliste (l’homme est ligoté à ses troubles et traumas, il est même enchainé aux troubles et traumas de sa lignée, de son ethnie, de sa culture) sont tous des champs d’application du processus de division et de soumission (tout en étant cohérents et souvent effectifs dans leur domaine) qui enchaîne l’homme à l’écrasante fatalité qu’on nomme de manière romantique « la vie » histoire d’enduire de vaseline les constructions verbales qui vont laminer nos fondements, écorcher nos entrailles sans qu’on trouve le courage de montrer les crocs ou même de tout envoyer balader d’un grand rire libérateur.

C’est cette absence de Dieu qui permet à l’homme de devenir-sujet et donc de devenir-autonome. Processus saisi par la formule tranchante de Freud : « Là où ça était Je dois advenir ». Car ce Je qui doit avenir ne peut émerger si l’homme se soumet au diktat du grand Autre, qu’il s’agisse de Dieu ou de toute sommité aliénante.

La kabbale hébraïque donne a cette absence le nom de Tsim-Tsoum, insistant sur le fait que le Tsim-Tsoum raconte la singulière histoire de Dieu (l’infini, ain soph) qui se retire de lui-même, en lui-même pour laisser la place à l’homme.

Et, par ce retrait, il propose un modèle de l’Être en mouvement qui sort du modèle d’identité et de stabilité pour laisser la place à l’altérité d’autrui, à l’altérité de soi. Pour permettre donc le passage à une anthropologie dynamique, un Devenir-Sujet autorisé par le retrait de Dieu et ce retrait laisse un espace vide que la créature va tenter de reconquérir.

C’est le rythme de cette reconquête, qui permet aux constructions complexes du désir de faire fuir les dispositifs comme fuient les bouteilles percées que j’appelle groove car l’infinite beat demeure le nom laïcisé, sécularisé du Verbe désirant qui tisse les êtres et les choses en entremêlant affects, concepts, percepts dans un joyeux foutoir qui ne peut être associé à aucun des éléments qui constituent ce que l’on a l’habitude d’appeler « spiritualité ».

Je finirai en soulignant que cet homme qui actualise en lui les constructions du désir, le groove tellurique qui est l’algèbre du vivant, cet homme, donc, est semblable à celui dont Nietzsche a prophétisé l’émergence sous la forme de l’Übermensch, le fameux surhomme dont la signification n’a cessé de nous échapper. Car plutôt qu’un surhomme, il s’agit d’un outre-homme. Je vais donc citer Massimo Cacciari dans son livre l’« Arcipelago »:

« Übermensch: Il n’est pas de terme qui ait été aussi mal interprété et presque de manière infantile. Ce n’est pas l’homme supérieur à la énième puissance; c’est le totalement autre par rapport à toute affirmation déterminée de force et de puissance… Ubermensch est au contraire le terme qui voudrait indiquer ‘ce’ qui résiste ‘au-delà’ de tous les masques de l’homme et la mort de ses dieux – après les avoir tous traversés -’ce’ qui dans leur histoire, n’a pas été entendu, mais qui toujours a accompagné cette histoire »

IL N'EXISTE PAS D'AUTONOMIE TANT QU'EXISTE UNE FORME DU GRAND AUTRE

Comme le dit Iqbal :

« L’experience unitive ne consiste pas pour l’ego fini dans l’effacement de son identité propre par une sorte d’absorbtion dans l’Ego infini ; c’est plutôt l’infini qui passe dans l’étreinte pleine d’amour du fini ».

La voie de l'autonomie radicale s'oppose donc a toute idée de dissolution; à la place, elle actualise l'infusion (que les arabes nomment houloul) et la soustraction, donc plus de trace d'absolu dans lequel se dissoudre comme le prônent les soufis avec leur notion de fana (dissolution dans l'unicité, tawhid), elle se distingue aussi de l'alchimie, du boudhisme, du mysticisme et des voies du non-ego orientale. L'autonomie radicale a intégré la coupure épistémologique qui va de la vision du monde comme substance (les éléments de l'alchimie par ex.) à une vision du monde comme relation, rapport, agape, car l'agape c'est lorsque l'infini ne siège plus dans un quelconque autre-monde, une autre dimension, un autre niveau mais lorsqu'il fertilise les relations que l'homme entretient avec les autres et les choses... plus de grand Autre, donc, mais une infinité d'autres avec lesquels créer des formes de vie autonomes et égalitaires.

Et c’est ce moment de la passation de pouvoir que capte, que fige ce moment où l’infini insuffle en l’homme le Verbe.

Mais quelle est la nature de cet expir divin ?

« Alors Yahve modela l’homme avec la glaise du sol, Il insuffla dans ses narines une haleine de vie et l’homme devint un être vivant » (Bereshit)

« Lorsque ton Seigneur dit aux anges : "Je vais créer un mortel d’une argile extraite d’une boue malléable. Après que je l’aurai harmonieusement formé, et que j’aurai insufflé en lui de mon Esprit : tombez prosternés devant lui !" » (Cor’an)

Deux moments de la Révélation, le Bereshit et le Cor’an qui représente en quelque sorte l’ouverture et la clôture de la révélation (le cœur de la révélation étant la christologie à travers laquelle Dieu s’infuse en l’homme avant de s’absenter définitivement en laissant l’homme dealer avec son infinitude, son autonomie radicale et sa puissance créatrice) où Dieu insuffle, expire en l’homme.

Si on déplie la sémantique du verbe ‘expirer’, on se retrouve avec d’une part Dieu qui souffle son Verbe en l’homme et d’autre part Dieu qui meurt en l’homme pour qu’il devienne Homme, Autonhomme.

La symbolique du souffle est omniprésente lorsqu’on se représente la vie humaine, le premier souffle et le dernier souffle sont les bornes qui ponctuent l’existence, et si le premier souffle est celui insufflé à l’Adam fait de glaise pour en faire un vivant, le dernier souffle est celui insufflé à l’homme pour qu’il devienne Homme et c’est ce passage de l’homme à l’Homme à travers la grâce, l’évènement (qui est le Don de Dieu qui circule dans le souffle émis par la trompette de l’Ange) qui est le Sujet de l’arcane du Jugement et qui constitue la problématique à travers laquelle le juge, l’adversaire (qui est le nom caché du grand Autre, quelqu'il soit) va devoir mentir pour conserver sa domination sur l’homme….

Mais commençons par le commencement, commençons par le Don de Dieu qui est aussi la mort de Dieu et l'annonce fondamentale du message chrétien subversif, la passation de pouvoir qui est concrétisation et consécration de l’Homme infini, l’Homme parfait qui est le katharos (du grec ancien : pur) de la christologie radicale et éclairée (qui est l'antithèse du Jésus hippie, Jésus chamane, Jésus souffrant ou culpabilisant).

Car la scène que dévoile l'arcane du jugement présente deux personnages qui se prosternent devant un homme debout tout nu et de dos qui reçoit le Souffle du ciel,cette scène ne peut qu’évoquer le fameux passage du Cor’an où Dieu ordonne aux anges et aux puissances de se prosterner devant l’homme, ordre qu’un seul ange refuse, il s’agit donc, répétons-le, d’Eblis (lucifer/satan).

Carte du Tarot "Le Jugement"
Version de Jean Noblet (1650)
Et la portée éminement subversive de ce passage et de cet arcane a été ignoré par l’Islam (comme le noyau subversif du christianisme ou du judaisme ont été ignorés par les religions qui savent très bien qu’elles s’auto-consumeraient en intégrant cette fulgurance), car Dieu ne demande pas aux anges et aux hommes de se prosterner devant Lui mais devant l’homme, c’est l’homme qui est couronné, qui devient l’héritier de Dieu, lequel infuse toute sa puissance en lui à travers ce fameux don qui exonère l’homme de toute forme de soumission, de dévotion.

« Je ne vous appelle plus serviteur, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maitre ; mais je vous appelle amis, parce que tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaitre » (Evangile selon St Jean).

« Car cette Loi que je te prescris n’est pas au-delà de tes moyens ni hors de ton atteinte. Elle n’est pas dans les cieux, qu’il te faille dire : "Qui montera pour nous aux cieux pour la chercher, que nous l’entendions pour la mettre en pratique ?" Elle n’est pas au-delà des mers, qu’il te faille dire : "Qui ira pour nous au-delà des mers nous la chercher, que nous l’entendions pour la mettre en pratique ?" Car la parole est tout près de toi, elle est dans ta bouche et dans ton cœur pour que tu la mettes en pratique. » (Deutéronome)

«Mon serviteur ne cessera de se rapprocher de Moi jusqu'à ce que Je l’aime, et quand Je l’aimerai, Je serai l’oreille par laquelle il entendra, le regard par lequel il verra, la main avec laquelle il empoignera, le pied avec lequel il marchera » (Cor’an)

Ces trois extractions de la Révélation nous dévoilent ce qui opère dans cet arcane du jugement, le moment où l’homme cesse d’être serviteur pour être haussé à un niveau d’être qu’il n’avait pas auparavant grâce à l’expir de Dieu (à la fois son Souffle qui s’infuse en l’homme et son retrait, sa mort en l’homme selon les deux sens d’expirer). Les arabes usent du terme Karama qui signifie « célébrer, exalter, honorer quelqu’un ».

Et ce don de Dieu qui fait de l’homme un Homme, c’est à la fois la connaissance universelle, la puissance créatrice, l’Amour infini et la liberté la plus radicale, ce qui signifie en définitive qu’il lui lègue son infinie puissance d’agir et de créer à travers l’Amour et par la Parole, que celle-ci soit verbale ou non-verbale.

La succession des révélations (déshabillage ou strip-tease divin) nous transporte donc d’un Dieu venu au départ pour se manifester et ordonner jusqu'à un Dieu qui choisit de se donner, de s’infuser en l’homme avant de disparaître à jamais pour laisser l'homme à son autonomie radicale, lui permettre de côtoyer ce moment du plus grand danger qui est aussi le moment qui sauve.Tant que flotte l'ombre du grand Autre, il n'existe pas d'autonomie.
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Re: chemins qui ne mènent nulle part

Message  Calcédoine le Sam 19 Nov 2011, 10:34

Bonjour,

Je trouve surprenant qu'un texte pareil, aussi fondamental, et d'une telle profondeur, se retrouve dans une rubrique intitulée "Chemins qui ne mènent nulle part", laquelle rubrique est elle-même incluse dans la section Poèmes et poésies ! A priori, c'est un sérieux dévoiement du titre initial !

Bien sûr, Logos a pris l'habitude de placer ici les textes provenant de son ami Stelio. Peut-être par soucis de regroupement ; c'est un point de vue qui se défend. Dans le cas présent, le texte de Stelio est lui-même structuré comme une interview ; on ne saisit pas bien si c'est Stelio qui pose les questions à un troisième personnage, ou s'il s'agit de réponses de Stelio à des questions qui lui furent posées.
.
Est-ce important ? Bien sûr que non !
.
Sur ce forum, nous insistons beaucoup sur la préservation de l'anonymat des intervenants, essentiellement pour échapper à une dérive qu'on appelle "l'argument d'autorité" : un auteur réputé ne devrait pas avoir plus raison qu'un inconnu ; seuls comptent la valeur et la pertinence des arguments proposés.

Ici, dans ce texte attribué à Stelio, l'auteur nous emmène très loin, très profondément, à la fois dans l'âme humaine, dans l'essence (ontologique) de l'Homme, et dans son rapport avec le Principe créateur. Avec, en prime, une érudition hors normes et une mise en parallèle de différentes traditions. De plus des CheminCroisé liens internes sont à construire, puisque ce texte se relie naturellement à d'autres sujets déjà présents sur notre forum. Il y a, bien sûr, un rapport avec la section CheminCroisé Tarologie, où, malheureusement, la carte "Le Jugement" n'a pas encore été développée à ce jour. Il y a aussi un lien étroit entre le désir (point de départ du post ci-dessus) et le sujet CheminCroisé Super Ego.

Au sujet du désir, tel qu'énoncé en début dudit post, j'introduirais néanmoins une légère contestation.
Mais définir le désir n’est pas chose facile car un bon siècle de surinterprétation de l’économie libidinale freudienne nous a entrainés sur une fausse piste, considérer le désir, la libido uniquement comme désir sexuel.
Personnellement, je ne vois dans le désir sexuel qu'un des aspects du désir, au même titre que le désir du pouvoir, du désir de s'imposer, du désir financier, donc du "désirer avoir plus" : plus d'objets, plus de satisfactions égotiques, plus de nourriture… Ego et Désir travaillent en tandem, et je vois l'Ego comme la source du désir.
Avec, aussi, un aspect positif, constructif : l'Ego, par sa propension à exprimer des désirs, permet la constitution de l'humain par la satisfaction de besoins essentiels (en tant qu'entité biologique : besoin/désir de nourriture, de protection, d'affection maternelle), essentiellement lors de la petite enfance. Au-delà de la satisfaction des besoins de base, Ego et Désir produisent des caprices, puis, encore plus loin, des vices. Lesquels vices peuvent conduire jusqu'au génocide ou à la destruction de l'environnement planétaire.

Ainsi replacé dans un contexte plus vaste, présupposer que le mot "désir" puisse être d'emblée assimilé au "désir sexuel", même en en imputant la responsabilité à une interprétation particulière de la pensée freudienne, est un tic révélateur de l'appartenance à un sous-ensemble psychosocial particulier, et ne se réfère pas à l'ensemble de la société occidentale actuelle.

A part ce détail, je me suis, bien sûr, délecté de ce texte attribué à Stelio. Merci à lui pour cette profonde analyse.
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Re: chemins qui ne mènent nulle part

Message  Logos le Sam 19 Nov 2011, 12:35

Salut Calcédoine
Oui j'ai placé ce texte ici par habitude, mais pas de problème pour créer un topic dédié, avec pourquoi pas un renvoi sur les "chemins qui ne mènent nulle part" ; à bientôt

Suite :

---

Est-ce cela, que tu as évoqué parfois, la notion de dicipline (loi versus désir)?

La loi est ce qui exclut le processus de désir (ou plutot qui l'enrégimente, le castre, lui impose les sublimations négatives que sont le devoir, l'obligation, le respect du travail et des structures pathologiques qu'on appelle encore us et coutumes), la loi est du côté des dispositifs de pouvoir autoritaire.

La loi produit la chariah, le plus froid des monstres froids (Nietzsche), l'Etat, l'Autorité établit la pseudo morale chrétienne (car il ne peut exister de morale chrétienne, c'est un putain d'oxymore).
On pourrait alors dire que la Loi est de droite (si on s'en tient à l'acception traditionelle de la droite).

Le Désir sans la loi, sans structure, sans construction dans une temporalité, va permettre la compulsion infinie de la jouissance et ainsi autoriser une fuite en avant vers l'obsession, le conditionement, l'aliénation.
Le capitalisme-mondial-intégré va tirer parti de ce processus d'aliénation induit par la compulsion de la jouissance et la frustration qui suit. La création perpétuelle de nouveaux marchés que nécessite cette compulsion sans fin, ce désir inextinguible compulsif de toujours vouloir du nouveau, cela permet de comprendre que le libéralisme économique (le capitalisme) marche main dans la main avec le libéralisme politique (la gauche) malgré le catéchisme mou que tentent de nous servir certains gauchistes à keffier qui pensent qu'on peut être de gauche et anticapitaliste.
La capture du désir et sa stimulation stratégique est du côté des sociétés de contrôle.

Et donc quand je parle pompeusement de discipline, de relier en un même mouvement loi et désir, je donne en effet une définition de l'autonomie radicale car celui qui a intégré la bonne nouvelle (la mort ou l'absence de dieu) sait, avec Paul "c'est pour la liberté que vous avez été affranchis", ou avec Jacques "la loi parfaite, c'est la loi de la liberté", que la loi est le désir et que le désir devient loi en devenant philia, agape, amour, micro-politique et révolution moléculaire.

L'autonomie radicale n'est ni de droite ni de gauche, elle ne s'abrite dans aucune église, et si elle ne rechigne pas à l'usage de discipline, de techniques, d'outils, elle refuse toute méthode (car les chemins ne mènent nulle part), tout Dieu qui lui explique que sa volonté est qu'il y ait des maîtres et des serviteurs (position du catholicisme), qu'il y a des prédateurs humains et des proies humaines (les conseils de Vishnu à Arjuna), que la réussite socio-économique est le signe extérieur de la bénédiction divine (position des protestants anglo-saxon), que la vie est souffrance et que l'homme doit être libéré (bouddhisme), que Pachamama est le flux saturé d'entités médicinales dans lequel l'homme doit puiser sa force et son pouvoir (chamanisme).

L'autonomie radicale est an-archiste depuis la bonne nouvelle et brûle tous les drapeaux.
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Re: chemins qui ne mènent nulle part

Message  Garfield le Dim 20 Nov 2011, 10:27

Bonjour à tous, et spécialement à Logos et Stelio,

Je trouve que Le texte ci-dessus, en deux parties, est dur, dirais-je. Pertinent, sans complaisance, radical.

Pourtant, j'y trouve une sorte de contradiction.
Cette longue interview dresse le constat de l'impérialisme du Désir, lequel, insidieusement, tend à imprégner tous nos actes, toutes nos structures sociales, toutes nos manières de penser, et contre lequel il nous faut agir radicalement si on veut s'en défaire pour accéder à une autonomie totale, authentique. On pourrait récupérer ici le slogan anarchiste : "Ni Dieu, ni maître".
Pourtant, tout à la fin, le texte se conclut par ces mots :
L'autonomie radicale est an-archiste depuis la bonne nouvelle et brûle tous les drapeaux.
L'autonomie radicale, est-ce brûler des drapeaux (ce qui est un mot d'ordre, l'expression d'un désir), ou simplement s'en foutre complètement, les laisser flotter à leur guise, éoliennes inutiles, sans signification autre que celle que croit leur donner ceux qui les élèvent en haut des mâts, points de ralliement d'idéologies qui ne s'expriment que quand on leur fait du vent ?
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Re: chemins qui ne mènent nulle part

Message  Logos le Dim 20 Nov 2011, 10:50

L'autonomie radicale, est-ce brûler des drapeaux (ce qui est un mot d'ordre, l'expression d'un désir), ou simplement s'en foutre complètement, les laisser flotter à leur guise, éoliennes inutiles, sans signification autre que celle que croit leur donner ceux qui les élèvent en haut des mâts, points de ralliement d'idéologies qui ne s'expriment que quand on leur fait du vent ?
Salut Garfield
Au niveau personnel ou intime, je dirais que "le grand feu" est plutôt le résultat du "seul Désir" (qui émerge des profondeurs) plutôt qu'un désir/choix conscient... que nos idoles ont d'autant plus de pouvoir sur nous qu'elles nous restent cachées, et qu'aussi les mettre à jour est déjà un travail important.
Sur un plan davantage collectif ou de communication, je dirais que "l'auton'Homme" aime certainement pisser au pied des statues, pour jouer et éveiller, mais qu'il sait aussi - comme philosophe - créer des concepts ou "mots d'ordre" éclairants qu'il faut savoir saisir puis abandonner le temps venu.
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Re: chemins qui ne mènent nulle part

Message  Logos le Dim 20 Nov 2011, 11:03

J'aime beaucoup cette perspective "absenthéiste", c'est un peu "dieu qui brille par son absence", non ?

Quand j'étais minot, les barbus de l'église chrétienne d'orient racontaient que Dieu s'est fait homme pour que l'homme devienne Dieu. Ce fut mon premier contact avec ce truc d'expir divin, le moment où Dieu expire (transmet) en l'homme son verbe/souffle/groove pour que l'homme devienne puissance (et peut-être un jour Amour/Agape), qui est aussi ce moment où Dieu expire (meurt) en l'homme pour faire de lui son unique héritier.

Et c'est à partir de là que j'ai capté la puissance de déflagration de l'athéisme issue de la Révélation ou, pour le dire autrement, de l'absenthéisme.
Et en effet Dieu brille par son absence d'une lumière qui circule entre les êtres.


Mais, du coup, est-ce que la différence avec la logique dissolutive ne tient pas à ce que "l'autonomie radicale" est, en quelque sorte, l'aboutissement de la dissolution, dans la mesure où, pour être complète, la dissolution doit nécessairement "se dissoudre elle-même" ?

Je dirais que la logique dissolutive s'inscrit dans une méthode, une praxis. On trouve des références à cette logique de la dissolution dans de nombreux courants traditionnels (alchimie, soufisme, mysticisme chrétien, chamanisme, bouddhisme) qui ont tous en commun de s'appuyer sur une vision du monde construite autour d'une axiomatique totalisante. Une axiomatique dans laquelle les mondes possibles constituent une totalité déterminée et ultime. Une Unicité qui autorise l'actualisation d'une méthode, qui est le petit nom des chemins qui tentent de mener quelque part (libération, illumination, satori, samadhi, pierre philosophale).

L'autonomie radicale, telle que je la conçois, émane d'une autre vision des mondes possibles, une axiomatique qui permet de penser que le possible est intotalisable.(justement car Dieu est mort ou absent, il manque toujours quelque chose, et pourtant toujours subsiste un reste, un excès).

Cette axiomatique intotalisante qui vient accompagner le pas de danse de l'absenthéisme, c'est la théorie du transfini (ou théorie ZF Zermelo-Fraenkel) qui implique la pluralisation inclôturable des quantités infinies. Plus d'Unicité ni de totalité ultime mais, à la place, une prolifération des quantités, puisque dans la théorie des ensembles, tout ensemble supposé existant suppose qu'existe aussi bien son outrepassement quantitatif par l'ensemble de ses parties.Tout s'ecoule (pantha rei) et tout déborde (étymologie du bwiti pygmée), les mathématiciens appellent cette succession d'infinis "suite des alephs", et cette suite ne peut ni être totalisée, ni rassemblée en une quantité ultime (il s'agit d'une mathématisation possible de l'absence de dieu).

Plus de méthodes, donc, puisque plus aucune raison de croire à l'existence d'une nécessité des lois physiques ou subtiles ou divines. Mais si je ne crois pas au déterminisme (qui est de droite, les valeurs traditionelles immuables et la volonté de dieu et blablabla), je ne crois pas plus au hasard (qui est de gauche, le monde du hasard qui permet l'hédonisme en plastique du monde considéré dans sa superficialité supérieure de monde du progrès et du mouvement)... Reste à l'autonomie le recours à la contingence et à la necessité rétroactive et à la transfinité des possibles.

Et donc si dissolution il y a, celle-ci n'obéit à aucune logique, ne s'inscrit dans aucune méthode mais constituera un point relié à une infinité d'autres dans un processus furieusement désirant qui déplie un chemin qui, fièrement, s'acharne à ne mener nulle part car c'est de cette indétermination (qui est absence d'une présence tout autant que présence d'une absence) que lui provient sa liberté.

"La loi parfaite, c'est la loi de la liberté" (Jacques)
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