l'Evénement

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l'Evénement

Message  Logos le Jeu 03 Juin 2010, 12:44

Alors il s'agit d'une compilation de bribes écrites par Stelio... ça tourne autour de la notion de Rupture, que les croyants appellent la Grâce et certains athées l'Evénement... la différence (conceptuelle) qu'il fait entre Révélation et Evénement me paraît très intéressante...







Un Evénement, ce que certains appellent une expérience enthéogène, apparaît sous la forme d'une rupture... une rupture avec le cours des choses

Rupture momentanée, fulgurante avec la poursuite de l'intérêt a travers diverses stratégies de survie (sociale, affective, relationnelle) qui caractérise l'animal humain... et cette rupture, cet "abordage" de l'Etre, du flux vivant au sein de l'existence conditionnée ne possède pas de valeur absolue... c'est toute la différence avec la Révélation ou le dévoilement du Divin....

l'Evénement comme la Révélation survient en dehors des lois régulières de la situation...

l'Evénement comme la révélation implique une mutation, un devenir-sujet de l'animal humain...

L'Evénement comme la Révélation provoque une désorganisation vitale, un bouleversement de l'intérêt et du principe de survie accompagné d'une nouvelle organisation paradoxale... le processus de mutation

l'Evénement comme la Révélation est suivi du tracé d'un processus de vérité qui saisi le sujet en train de muter...

Mais la vérité qui émane de l'événement n'est pas "donnée", elle n'est pas transcendante ou absolue, elle ne fait écho à aucun Dieu, ni a aucune volonté supérieure... il s'agit d'une vérité immanente, la vérité est ce que la fidélité à l'Evénement (qui n'est pas un savoir puisqu'un savoir est toujours représentation, et que l'Evénement peut se définir comme destruction momentanée de toutes les représentations) produit dans la situation... elle est donc un processus (tandisqu'une illumination ou une révélation est fulgurance de la vérité qui éclaire... elle est savoir même si ce savoir ne peut se communiquer, elle est donc représentation et donc peut-être illusion ou mirage)... un processus qui ne se construit pas a partir d'une Vérité, d'un Savoir indicible mais plutôt un processus qui se construit à partir d'une rupture, d'une inconnaissance, un processus qui produit du vrai en produisant un nouveau sujet, un sujet pas illuminé pour un sou, un sujet qui ne sait rien d'autre que ce qu'il devient,un sujet amoureux... sagesse des flux et des processus

Et ce sujet ne préexiste pas a l'Evénement même si ce que Pessoa (le poète de l'événement amoureux) appelle les mathématiques de l'Etre conditionne nos existences à l'apparition, au surgissement de l'Evénement... donc le sujet ne préexiste pas à l'Evénement mais les signes de son apparition hurlent partout partout dans nos existences son avènement... les logiques des mondes possèdent des axiomes rétroactifs...

Les processus de vérités sont pragmatiques... qu'est ce que tu deviens ?... laisses moi évaluer (et pas juger) ta puissance de vie, ton intensité, ton potentiel de mutation, ta beauté et ta joie... (tous ces critères ne sont pas normatifs bien sur mais intensifs... ils ne sont pas destinés à exclure ou a juger mais a moduler une échelle des intensités de vie... ils font office d'éthique ou d'éthologie... ou comme dit Nietzsche "Quand nous sentons que nous agissons avec un excédent de force, nous nous sentons libre")

(bien sur il existe de réels dangers à la fidélité à l'Evénement car le mal le plus radical est toujours "dérèglement de la puissance du Vrai"... une dimension possible des vérités... mais c'est la loi du monde le Bien lorsqu'il advient convoque toujours le Mal)

Et donc pour répondre a M3000 oui je pense que l'existence est déploiement, dépliage, processus de mutation qui ne poursuit aucun but mais qui se développe de rupture en rupture pour permettre à la force, à l'intensité, au vivant de chanter l'Amour qui est le nom secret de chaque Evénement...
C'est mon point de vue et bien sur je le partage.
"C'est alors que l'animal humain est sommé d'être l'Immortel qu'il n'était pas... Disons qu'un Sujet qui outrepasse l'animal (mais l'animal en est le seul support), exige qu'il se soit passé quelque chose d'irréductible à son inscription ordinaire dans "ce qu'il y a"
Ce supplément appelons le un Evénement, et distinguons l'être-multiple où il n'est pas question de vérité (mais seulement d'opinion), de l'Evénement qui nous contraint a décider une nouvelle manière d'être"

Badiou


Je vais te répondre meme si je ne parle pas de Divin...chacun sa définition de la grossièreté...

Il ne peut y avoir du Bien et donc du Mal qu'a partir du moment ou tu es "saisi" par la force de l'Evénement et de son processus de vérité (car hors des processus de vérité il n'y a que la violence et le désir qui sont les données en deçà du bien et du mal qui font la vie sans vie, la survie de l'animal qui parle)...

Donc une expérience peut être événementielle (plutôt qu'enthéogène) et déplier dans son processus le Mal (qui apparait comme simulacre ou comme terreur) plutôt que le Bien, qui est l'autre nom du vrai... bien sur tout cela implique qu'il n'existe pas de Bien Absolu ni de Mal Absolu... juste des lignes et des processus qui bricolent des sujets pour les faire muter...

Lorsqu'elle est vécu cette experience en effet a la dimension d'une rupture radicale... face a une rupture qui détruit nos représentations habituelles on a pas d'autres choix que d'avoir recours a un réseau de croyance... on fait alors avec ce qu'on a sous la main... theorie new-age fumeuse, épiphanie chrétienne, grille chamanique, nivellement des mondes bouddhiste, psychologie transpersonelle, etc...

Etant donné que je ne suis pas sensible à la logique de la Révélation mais plutôt a celle de l'Evénement je continue à croire qu'un Evénement est une rupture immanente de la répétition qui rythme nos vies... et que cet Evénement permet à l'individu qui le reçoit en pleine gueule (puisque l'Evénement aussitôt apparu a disparu) d'être traversé par un processus de vérité qu'il faut entretenir en développant une attitude fidèle et héroïque... c'est un art de la guerre et un art d'aimer...

Et la raison pour laquelle je n'ai pas besoin d'envisager un Ailleurs transcendental c'est que mon processus philosophique m'a permis d'envisager le Réel sous un angle singulier... pour le dire en quelques mots la métaphysique contemporaine permet de saisir le monde comme processus, flux vivant et logiques des mondes sans avoir besoin de convoquer aucun transcendental, aucun Dieu... cette vision (qui résulte d'une approche logique et rationelle de l'infini et des multiplicité) même si elle semble prise de tête est juste un moyen, une grille, la grille la plus universelle (puisqu'elle peut se transmettre a tous), la plus en phase avec la somme des connaissances accumulées par l'animal humain depuis qu'il transmet sa connaissance pour interpréter la vie, pour saisir sa structure et les lois qui gouvernent l'être et l'existence...

Et même si c'est vrai beaucoup de mes interventions sont trop analytiques et froides (mais c'est vraiment pour être le plus précis possible et pour permettre à tous de pouvoir accéder à ce type de concepts habituellement réservés à la recherche en philosophie) il existe des émergences poetiques, artistiques ou autre de ce type de vision... voici un extrait d'un chant du poète Tchouvache Aigui nommé ICI et précédé d'un extrait de la prose de Badiou sur l'infinité de l'ici qui n'a besoin d'aucune transcendance, et d'une sentence du Tantrisme cachemirien qui est aussi gloire de l'immanence et hommage à l'infini qui nous peuple...

Engagés dans la triple destitution des dieux, nous pouvons déjà dire, nous, habitants du séjour infini de la terre, que tout est ici, toujours ici... ici est le lieu du devenir des vérités. Ici nous sommes infinis. Ici rien ne nous est promis que de rester fidèle à ce qui nous advient
Badiou

Ici tout se répond
en une langue primordiale et haute
comme répond une part de la vie
a sa part jumelle qui est indestructible

Ici aux extrémités
frisées des branches du jardin apaisé
nous ne cherchons pas les caillots affreux de la sève
qui ressemblent aux silhouettes affligées
étreignant un crucifié au soir du malheur

et nous ne connaissons pas de mots ou de signes
qui seraient plus haut qu'un autre
c'est ici que nous vivons ici que nous sommes beaux

AIGUI

"Tout ce qui n'est pas ici est nulle part, tout ce qui est ici est partout"
(sentence du tantrisme cachemirien)

Et c'est le sens de la métaphysique actuelle... on est tissé d'infini et de symboles, cet infini est structuré par des logiques paradoxales qui structurent notre monde mais aussi d'autres mondes qu'il nous est possible d'expérimenter lors de rupture radicale avec notre relation normative au réel... Depuis toujours il existe trois noms de Dieu, le Dieu de la religion ou Dieu vivant, celui de la Métaphysique et celui des Poètes (Holderlin power)...

Et le Dieu de la métaphysique depuis toujours ne cesse de se constituer en machine de guerre rationaliste contre le Dieu de la religion... c'est l'histoire de la gnose contre la religion car le Dieu métaphysique ne cesse de hurler que celui qui prétend être le Dieu vivant est un putain d'imposteur, un mauvais démiurge car Dieu rationnellement ne peut pas être accessible...

c'est aussi ce que pensent les Bwitistes pygmées pour qui Dieu est inaccessible et inconnaissable et s'en bat les couilles de l'humanité (ils leur restent donc a saisir avec pragmatisme les logiques qui conditionnent les flux qui influencent la vie sur terre, les esprits de la forêt qui ont un fonctionnement rationnel et prédictible...)

Même chose pour le Dieu suprême du Vaudou... inaccessible, inconnaissable et qui est tellement loin qu'il ne soupçonne même pas l'existence des humains... reste à dealer avec les loas (esprits) qui sont les logiques des autres mondes et qui obéissent à des règles de fonctionnement rationnelles...

et c'est le sens de ma formule merdique "fuck spirituality, let's groove"... tout est ici et ici est infini bien que structuré par une logique des flux vivants... le groove qu'il ne tient qu'à nous de chevaucher pour participer à la puissance des processus de vérité...

Toutes ces positions sont métaphysiques et pas mystiques (puisque on expérimente jamais l'indicible qui est hors de portée mais des logiques immanentes qui influencent le réel)... la métaphysique selon Aristote précise que Dieu est ce qui fait se mouvoir toute chose, non par action intéressée ou par relation subjective et consciente avec ce qui existe mais simplement par l'attraction évidente de sa suréminence... Donc là encore Dieu n'est pas en relation directe et consciente avec ce qui vit, ce qui existe même si sa position et sa puissance aveugle sert de moteur à tout ce qui est... c'est la position métaphysique et jusqu'à peu cette position se confondait pour les athées avec la position religieuse... jusqu'à ce que le nombre transfini et la théorie des ensembles de Cantor chasse Dieu de sa localisation infini pour y installer le nombre et le calcul... un moteur numérique qui crée les mondes et structure les plans d'existence...la vision de Spinoza "Deus sive natura", dieu donc la nature qui devient formalisable, rationellement envisageable... et cette vision n'enlève rien ni au mystère, ni a la poésie, ni au sens de l'existence... bien au contraire.

C'est ce qui me fait penser que si avenir il y a cet avenir sera athée mais de la plus belle des manières...un athéisme nourrit aux logiques des mondes et à l'infini des représentations, un athéisme vécu comme un processus amoureux et exploratoire, un athéisme en prise avec l'universel qui pose la différence comme un moteur et l'autre comme un frère...

Voila... tout ceci n'est pas une tentative de prouver que j'ai raison et que ceux qui croient sont des imbéciles, c'est pas du tout ce que je pense, mais alors pas du tout... c'est juste un moyen de clarifier ma position et d'expliquer qu'on peut vivre des expériences intenses et hors du cadre normatif de la vie humaine sans pour autant avoir besoin de se référer a une quelconque transcendance, à une quelconque image de dieu... l'infini qui nous peuple et qui tisse la structure des mondes peut très bien être appréhendé comme un infinite beat, une polyrythmie rationnelle mais pourtant vivante et créatrice qui sculpte les situations et les choses à partir du vide...

Love is the law, love under the truth...

et c'est l'Amour qui fait de nous des sujets libres émergents de l'infini mathématisé et des logiques des mondes... l'Amour comme processus de vérité suprême qui coule de l'Evénement comme le sang coule d'une plaie pour faire pousser les fleurs et les étoiles... tout est ici.


L'Evènement est un concept clef de la philosophie des processus de vérité de Badiou...
C'est une notion assez complexe mais très éclairante qui concerne les processus génériques... l'art,la science, la politique et l'amour... et l'Evénement est ce qui libère les processus de vérité et qui produit des Sujets (en dehors des processus de vérité il n'y a que des individus)...

Badiou parle de cette "tension" qui suit l'Evénement et qui oppose la poursuite de nos stratégies de survie à la Fidélité au processus de Vérité qui découlent de l'Evénement/Expérience... selon lui il faut tenir bon les deux cotés... il nomme ce process la consistance éthique... et il indique tous les pièges (les visages du mal) qui menacent la poursuite de ce processus (dont celui qui consiste à faire de la "révélation" événementielle un référent absolu...)

Ce que vous racontez se rapproche beaucoup a la fois de la spiritualité sauvage et très organique des yorubas vodun (water no gets enemies de Fela-Shango) mais aussi de la philosophie du siècle telle que Badiou par exemple la déplie. Lorsqu'il commente le poème "Ode Maritime" d'Alvaro de Campos il analyse ce qu'il appelle "passivité" et qui se pose comme un devenir-liquide....

"La passivité n'est rien d'autre que la dissolution du "je", le renoncement à toute identité subjective.
Au fond pour cesser d'être lâche, il faut consentir entièrement à ce qui devient.
L'idée cruciale est celle-ci : l'envers de la lâcheté n'est pas la volonté, mais l'abandon à ce qui arrive.
Ce qui arrache à la règle ordinaire, à la "vie assise, statique, réglée", c'est une sorte particulière d'abandon inconditionné à l'événement... Pour Campos l'abandon au départ-pirate-nomadique.
(...)
Passivité ne veut pas dire résignation.
Il s'agit d'une passivité quasiment ontologique, celle qui change votre être par entraînement et dépendance d'un ailleurs absolu. Il est frappant que Campos dispose cette passivité, créatrice autant que dissolvante, sous des emblèmes féminins. J'ai en effet constaté que les femmes s'accordaient plus profondément que les hommes à ce déracinement abandonné, tout de même qu'elles sont plus obstinées dans la crainte et le conservatisme. Le féminin, c'est ce qui, quand il cesse d'être l'organisation domestique de la sécurité et la peur, va le plus loin dans la résiliation de toute lâcheté"

(Badiou-cruauté)

Le devenir-liquide est un devenir-féminin... mais pour devenir liquide il faut faire cesser la peur, peur de perdre ses contours, son identité... peur de la dissolution..."peur de ne plus être le peu qu'on est, de ne plus avoir le peu qu'on a"... pas de fluidité créatrice et jubilatoire tant que dure la peur...."être lache c'est rester où l'on est"... refuser de devenir...


Oui mais alors que l'abandon et le lâcher-prise ont un goût de développement personnel et de pacification... de s'abandonner à une force pleine de sagesse il s'agit là de trouver le courage de s'abandonner, de dissoudre le "je" dans un "nous" violent et organique... l'Appollinisme contre le Dyonisisme... Acceptation de la cruauté comme image du réel

Le "je" n'accède à sa dissolution qu'au risque assumé, voire désiré, du supplice

Et ce raisonnement s'articule autour de l'idée chère à Badiou que "le réel finit toujours par s'offrir comme épreuve du corps" car le seul corps réel est le corps supplicié, déchiqueté par le flux du réel... L'abandon ici est abandon aux formes liquides de la violence du vivant...

La dissolution de l'ego telle qu'elle est envisagée dans la Bagavad Gita ou dans le Zen implique que le lâcher-prise est détaché de la conséquence de ses actes... être un automate purifié pour laisser circuler les flux. Dans la Gita le Dieu Krishna pour expliquer au Roi-guerrier horrifié par les violences qu'il risque de provoquer que la violence est impersonnelle lui déplie son discours radical :

"Croire que l'un est tué et que l'autre tue, c'est également se tromper :
Personne n'est tué ni ne tue
....
Un simple regard à ton devoir doit te tirer de tes doutes.
Rien pour un guerrier n'est meilleur qu'un combat légitime.
.....
Vois d'un oeil égal souffrance et plaisir,
richesse et misère, défaite et victoire,
tiens toi prêt au combat,
rien de mal ne t'arrivera."

Et même truc chez les spécialistes du Zen au Japon :

"Dans le cas de l'homme qui lève le sabre par obligation ce n'est pas lui qui tue mais le sabre lui même. Il n'avait aucun désir de faire du mal à qui que ce soit, mais l'ennemi se présente et se transforme lui même en victime"
(DT SUZUKI)

Et pour finir un peu de Che Guevara pas celui qui remplace Bob Marley sur les t-shirts des ados mais le Che combattant révolutionnaire...

"Peut-être devrez-vous être durs, mais ne perdez jamais votre tendresse. Peut-être devrez vous couper les fleurs, mais cela n'empêchera pas le retour du printemps"

Ce qui fera dire à Zizek que:

La liberté n'est pas un état parfaitement neutre d'harmonie et d'équilibre mais l'acte violent qui perturbe cet équilibre

On est à des kilomètres du lâcher-prise tel que nous le vend une certaine spiritualité molle depuis trente ans...

Mais si tu perds ton ego alors il reste le mouvement qui te traverse... et ce mouvement peut aussi bien être destruction que non destruction... à partir du moment ou tu évalues les conséquences de tes actes c'est l'ego qui tchatche... les mouvements de la nature et du réel n'ont aucune morale mais ils obéissent à une logique... la morale est toujours seconde par rapport au processus d'individuation... cela dit je ne suis pas favorable a une dissolution de l'ego a l'orientale... plutôt au passage du Je au Nous qui est une position liquide et militante... rattaché à aucune transcendance mais plutôt aux processus de vérité et à l'événement...

Oui oui j'ai pas été très clair car je parlais du lâcher-prise tel qu'il est vendu par les écoles de spiritualité molle... pas par les textes traditionnels...
Va raconter à un adepte des nouvelles spiritualités que le lâcher-prise peut très bien se concevoir en tuant un autre être humain lors d'une bataille ça risque de le refroidir...
La non-violence est incompatible avec cette vision traditionnelle du lâcher-prise... d'ailleurs quand le livre « le Zen en Guerre » écrit par un enseignant du Zen est sorti il a horrifié les pratiquants occidentaux qui ne connaissaient pas cette dimension là de la voie zen traditionnelle japonaise... (qui est liée depuis toujours au bushido et a la voie du samouraï)


Pourtant le meurtre constitue un des moteurs du vivant...et ce mouvement,cette dynamique est bien anterieure a l'homme. Il a fallu que l'ego justement produise ou permette une certaine forme de lucidité ou de conscience pour qu'on parvienne, difficilement à renoncer à la violence... toutes les religions et tous les systèmes spirituels sont des produits de l'ego par définition puisqu'une pratique spirituelle ne déplie jamais que ses propres représentations... (ainsi un soufi expérimente le fana, un méditant zen le satori, un initié vaudou la descente d'oshala ou d'oshun, etc...)... la violence est le langage de la nature, création/destruction la danse de Shiva et tous les autres symboles représentant cette dynamique... dynamique qui est une évidence, le meurtre est partout... la nature a prévu que tout le vivant s'entre-dévore pour se diffuser... donc toute position non-violente ne peut que se poser comme une anti-nature...et bien sur ce n'est pas un jugement de valeur...juste une évidence
(ainsi toute position non-violente déclenche un phénomène de compensation ou s'exerce une autre forme de violence... indirecte... les sociétés les moins violentes dans les faits sont celles ou les taux de suicide sont les plus élevés)

Pour la non-violence de Gandhi ou du Dalaï Lama le problème est plus politique que réellement philosophique... la violence atroce exercée contre les masses laborieuses au Tibet n'a jamais émue les Dalais Lamas plus que ça (la théocratie tibétaine menée d'une main de fer par les lamas fascinait les nazis) et Gandhi avant sa conversion au satyagraha (la non-violence) était un partisan de la violence juste, par exemple contre les zoulous du natal Afrique du Sud... Donc c'est une prise de conscience politique dans les deux cas qui semble à l'origine du recours à la non-violence plus que l'application d'une forme de spiritualité.
Le Dalaï Lama et Gandhi sont des hommes politiques plus que des leaders spirituels...

Mais je suis d'accord sur le fait qu'il n'existe aucune bonne raison de tuer... je crois simplement que le meurtre et la violence font partis des données biologiques, de l'aptitude pulsionnelle de l'homme... et que c'est justement la raison (qui est de l'ego sous forme concentrée et fonctionnelle) qui autorise grâce au transfert, à la sublimation et à la constitution d'un surmoi efficace (un super-ego donc qui est le contraire du lâcher-prise) de tenir en échec cette violence inhérente et constitutive...
Pas de bonnes raisons donc mais pleins de solides pulsions de violence... (et je pense que la violence et le meurtre n'ont pas besoin d'ego pour s'actualiser)

"Il faut que la culture mette tout en oeuvre pour assigner des limites aux pulsions d'agressions, pour tenir en soumission leurs manifestations par des formations réactionelles psychiques... de là aussi ce commandement de l'idéal : aimer le prochain comme soi même, qui se justifie effectivement par le fait que rien d'autre ne va autant a contre-courant de la nature humaine originelle"
Freud (malaise dans la culture)

Donc voilà... je ne me positionne pas du côté de la violence bien sûr mais je pense que la violence est ce qui fait partie de notre programme biologique (homo homini lupus) et que c'est la raison, l'identification et la culture qui permettent de canaliser cette violence... pas le lâcher-prise
Car la tolérance (qui est la clef de la non-violence) est le contraire de l'abandon...
(maintenant il existe je le sais des formes spécifiques de lâcher-prise qui sont religieusement connotées et possèdent ainsi une dimension morale qui fera office de pré-requis... c'est bien sûr différent et je ne les considère pas comme des formes d'abandon mais plutôt comme des formes sophistiquées de raisonnement)

Et je peux dire que la fin du soi, de l'ego lorsque ça arrive... ça arrache tout sur son passage et les affects coulent en cascade pour féconder le vide et la peur montre son vrai visage de salope omnisciente... une salope qui sait tout sur toi qui n'est plus rien mais qui reste encore accroché au lieu par le désir de vivre...
Alors tu pleures et te pisses dessus pendant qu'un ecran plasma diffuse l'histoire de ta vie en cinémascope et que la lumière rit avec cynisme... puis la peur épuisée se vide de son contenu et il reste l'intensité neutre qui crée les choses et les mondes... tu deviens magicien connecté au Rien...
ubiquité et multifocale tu invente les technologies de demain avant que le vide lumineux de tes neurones qui flambent ne dévore tout ça...
Quand tu reviens tes grilles ont fondus, il ne reste rien que toi, ce point minuscule sur lequel tu avais bricolé un personnage haut-en couleur qui parle fort et dit Je sans vraiment savoir de quoi il parle... tu n'oublies pas ce point mais tu as saisi que la vie est mouvement, création, affect, événement et répétition et amour sans filtre et sans culotte... reste à la vivre et à danser sa chanson... trois petits tours et puis s'en vont.

(quand je parle de fin de l'ego je parle d'un moment... pas d'un état qui perdure... pas d'éveil ou d'illumination dans ma vision)

Mais bon je ne crois pas une seconde à la révélation (ce qui n'est pas un jugement de valeur car je respecte ceux qui y croient)... qui implique une vérité transcendante qui n'est justement qu'une construction mentale qui capture un ressenti puissant... un objet de la raison donc dès le moment où on en parle (puisque la révélation ne survit pas a son apparition... reste la représentation que l'on s'est bricolé de la révélation... des miettes)... on n'en sort pas comme ça, si facilement... tout ce qui s'échange ici ce sont des constructions mentales, des représentations qui sont toujours connectées à une forme de ressenti... tout ce qui traîne dans les écrits saints, dans les désirs pieux ou les extases mystiques ce ne sont que des représentations... l'homme est un animal qui parle et il ne sort jamais de ce schéma...

Et qu'une construction mentale soit simple ou complexe,qu'elle se prétende intuitive (trop bon) plutôt que rationnelle ne change rien à l'affaire... il ne s'agit que de représentation qui lorsqu'on les communique diffuse du malentendu... c'est pour cela que je n'accorde pas le moindre crédit à la révélation... que je vois plutôt comme un affect excessif et baroque qui transcende notre grille cognitive...

Ailleurs on appelle ça un Evénement qui pose une rupture immanente (pas besoin de vérité transcendante et donc de miracle ou de révélation) et qui permet à travers la fidélité à cet événement de construire des processus de vérité qui sont le chant et la danse du vivant... voila ce n'est qu'un point de vue, il n'engage que moi et je dois dire que je l'aime beaucoup car il fait pousser des fleurs dans ma vie... des fleurs arrosés à l'eau toute fraîche de l'amour et de l'infini qui nous encercle, des fleurs qui n'ont pas besoin de révélation, d'épiphanie ou d'enthéogène pour faire du monde un jeu d'une beauté et d'une complexité sans limite... le Grand Mystère peut aussi bien être athée si on ne cherche pas l'Altérité absolue (le visage de Dieu) mais la différence radicale (qui permet aux logiques des mondes de créer des situations d'une infini beauté et d'une infini complexité)...


Je n'ai d'aversion pour rien du tout, certainement pas pour le matérialisme qui est un terme à reconsidérer (le matérialisme évolue avec notre appréhension de ce qu'est la matière... et aujourd'hui l'ontologie, la physique ou les mathématiques nous permettent de penser la matière de manière plus sophistiquée et complexe que la plupart des courant spiritualistes qui s'appuient sur un transcendant flou)... le positivisme ou le mécanisme sont au matérialisme ce que le Réel est à la spiritualité...
Je l'ai dit ailleurs ce n'est pas moi qui accole le terme matérialiste à celui de démocratique... c'est ainsi qu'on nomme notre type de fonctionnement social...
Matérialiste car on considère qu'il n'y a que des corps (la biopolitique, bio-ethique et toutes les formes de bio-pouvoir)... tu as du remarquer que dans les programmes scolaires on ne mentionne jamais l'âme, l'esprit ou dieu comme des faits avérés, ni dans la médecine occidentale, ni même dans notre manière de penser la politique...
Ensuite il y a des langages...

Donc voila...et en quoi cette vision s'oppose au terme entheogène tout simplement car dans cette vision la (sous sa forme plus complète) il n'y a pas du sacré ou du divin... il n'y a que de la complexité et des logiques des mondes qui nous échappent... rien de plus

Et dans le processus philosophique contemporain il existe un clivage entre la métaphysique et la mystique... jusqu'au milieu du vingtième siècle on associait métaphysique et mystique... Depuis les travaux de de la physique cantique, de la théorie des ensembles de Cantor, de l'ontologie soustractiviste de Badiou ou de l'Univocité immanente de l'Etre chez Deleuze la philosophie lorsqu'elle parle de l'Etre (que les mathématiques appellent le vide et les religions Dieu ou l'Esprit) n'a plus besoin de parler ni la langue de l'opinion, ni celle de la religion...

On dit de la métaphysique contemporaine qu'il s'agit d'un discours rationnel sur l'Etre... et de la mystique qu'il s'agit d'un discours irrationnel sur l'Etre... il existe donc a présent, et c'est une nouveauté dans l'histoire de la pensée occidentale un clivage entre mystique et métaphysique... pour faire simple le matérialisme lui aussi a son mot à dire sur ce qui structure et qui anime la conscience lorsqu'elle explore d'autres plans de consistance... voilà c'est ce qui me fait dire que le terme enthéogène est un terme faible car c'est un terme issue d'une vision spiritualiste très vague des divers plans de conscience... révéler le divin... mais bon je le répète je m'en fous, si lorsque vous bouffez des champis ou buvez de l'aya ou avalez un buvard vous avez l'impression que dieu se fout à poil c'est très bien... personnellement ça ne cadre pas avec mon vécu... voilà


Oui oui...alors comme l'a déjà souligné Spinoza ou Nietzsche et Deleuze à sa suite l'animal humain (celui qu'aucun processus de vérité ne traverse) ne relève d'aucun jugement de valeur... les stratégies et programmes de survie n'ont de légitimité que dans leur réussite (la composition des rapports)... uniquement des réactions liées a l'adaptation aux situations sociales, affectives...

A ce stade on ne se situe pas au delà du bien et du mal (cette affirmation de Nietzsche traduit une influence du mal absolu donc de la pensée religieuse sur le moustachu) mais plutôt en deça le bien et le mal... et cette conception rejoint celle des space-juifs du Bereshit pour qui le processus l'accompli-inaccompli (bien-mal) ne se déclenche qu'a partir d'un Evénement primordial... (et le Bereshit est une ontologie très dense, très sophistiquée, si complète qu'on peut très bien la lire d'un oeil athée)...

Ce sont donc les processus de Vérité, les Flux vivants libérés par la fulgurance de l'Evénement qui font surgir le Bien et donc le Mal... c'est le fameux passage du Bereshit ou les yeux d'Adam s'ouvrent... lucidité post-événementielle et traumatique...

Alors si on comprend que le Bien est un autre nom du processus de Vérité on peut alors comprendre que le Mal se pose comme effet déréglé de la puissance du Vrai...

On peut parler par exemple de trois dimensions du Mal relative aux trois niveaux d'un processus de vérité... l'Evénement, la Fidélité, la Vérité...

L'Evénement qui peut être confondu avec un Simulacre d'Evénement et déboucher sur la violence... il existe un processus logique qui explique cela a partir de la connection de l'Evènement au vide,a l'Etre)... si l'Evénement se connecte à une représentation, à un désir, un manque ou un besoin, quelque chose de su, il se transforme en processus générateur de violence... l'Evénement doit surgir du Vide, de l'Etre qui est insu, inconnaissance...

La fidélité qui ne peut être tenue car les pressions sociales ou la pression normative est trop forte... le Mal porte alors le nom de la trahison... on cède sur une vérité au nom de son intérêt...

Pour la troisième dimension du mal c'est celle qui est rattachée à la Vérité... et cela consiste à croire que la puissance d'une vérité est totale, qu'elle peut tout éclairer, tout transformer... et c'est un des noms du prosélytisme religieux celui qui pousse les croyants à évangéliser les barbares pour leur bien... (ou l'obsession contemporaine pour la démocratie et les valeurs de la république qui fait pleuvoir des bombes sur les pays arabes au nom du bien qui à la gueule d'un mal)...

"le Bien n'est le Bien qu'autant qu'il ne prétend pas rendre le monde bon" (Badiou)

Donc on se trouve lorsqu'on est traversé par un processus de vérité face a au moins trois dangers qui vont nous imposer de mobiliser nos ressources...

- ressources de discernement... ne pas se prendre aux simulacres, aux illusions et aux mirages qui apparaissent avec chaque Evénement... chaque Rupture...

- ressource de courage... ne pas céder face aux pressions de la vie sociale, normative, ne pas trahir l'Evénement..."n'oublie jamais ce que tu as rencontré"

-ressource de réserve... ne pas croire que le processus de vérité doit être imposé aux autres, qu'il peut tout éclairer, tout transformé...

Et on retrouve la le fameux... Savoir-Oser-Se taire de l'Hermétisme médiéval...
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Re: l'Evénement

Message  Logos le Jeu 03 Juin 2010, 13:40



La Rupture (passage de l'in-dividu au Re-bis)
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Logos

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