Melencolia I (Albrecht Dürer)

Page 1 sur 7 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7  Suivant

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Melencolia I (Albrecht Dürer)

Message  aliboron le Sam 23 Jan 2010, 17:31

Bonjour à tous,
(Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

En rapport avec les sujets traités dans le fil "soleil noir", cette célèbre mélancolie de Dürer qui me semble particulièrement consacrée au nombre cinq et ce qui s'ensuit...
Outre le "climat" saturnien en diable qui y règne, faisant allusion à "ce-qui-se-passe-dans-le-Noir" (nigredo alchimique)... ici vraisemblablement appliqué apocalyptiquement, via la science des cycles; on observe que les mystères du cinq sont omniprésents.

Deux anomalies pour commencer : sur le phylactère, le A qu'on s'attendrait à voir au milieu du mot, est remplacé par un E; ce qui donne MELENCOLIA. Soit, pour C.Gaignebet, un clin d'oeil au début de l'Apocalypse de Saint Jean où un ange remet le Livre à St Jean qui, tel la baleine avec Jonas, l'ingère et lui découvre se faisant : d'abord un gout de miel (mel), puis de fiel amer (en colia) une fois arrivé en ses entrailles.

Rabelais, hermétiste de la pointe des cheveux au bout des ongles, dira que c'est en s'incorporant ainsi l'amère vérité que l'on devient "clerc jusqu'au foie", c'est à dire jusqu'au lieu où la mélancolie (soleil noir) s'origine.

Le "E" en question, 5ème lettre de l'alphabet grec, figurait en majuscule comme offrande sacrée à l'entrée du temple de l'Apollon delphique, à coté du fameux "connais-toi toi même". Plutarque en disserta copieusement, associant cette lettre au nombre cinq, prenant ainsi le relais d'une longue lignée mystérique; pythagoriciens et Platon inclus, pour lequel ce nombre est nuptial : accouplant le ciel (3) et la terre (2).
Pente gamos, donc, dédié à Aphrodite-vénus depuis le pythagorisme initial et attribué à l'univers entier symbolisé, lui, par le dodécaèdre.... formé de pentagones.
Vénus (Vesper au couchant et Lucifer à l'aube) qui, dans nos cieux, en rajoute complaisemment puisque les conjonctions supérieures de cette planète, avec le soleil, en relation avec le cycle annuel, livre la figure presque régulière d'un pentagone....

Soit en cette gravure, blasonant ce qui a lieu entre corruptio et generatio, une Vie naissante d'une mort et résultante d'un coït des plus "chymique". En effet, l'étoile incarnant cette vita nuova, à la surface du compost, est traditionnellement considérée comme pentagonale.
Ainsi que le rappelle Nerval en son poème "Artemis" : "la rose qu'elle tient est la rose trémière". Ou quintefeuille... elle pousse aussi sur certains édifices religieux, par exemple à la rose nord d'Amiens et rose nord de Saint Ouen à Rouen, et de St Rémi de Troyes, etc...

A l'appui, le nombre 5 inclus dans le carré magique attire également l'attention : il est dessiné à l'envers; rappelant vivement un signe utilisé alors par les alchimistes pour désigner la coagulation.
Le rectangle comportant l'inscription "melencolia-I", ainsi que celui comportant le carré magique sont des rectangles d'or, nous instruit G. Baudoin.
Et l'ange méditatif de s'inscrire dans un pentagone étoilé.
Et les cotés visibles de l'octaèdre irrégulier (cube dont les 2 sommets opposés sont tronqués au milieu des arètes) au pied de l'échelle, de s'obstiner à être des pentagones irréguliers.

Bref, comme blanche-neige, on voit non pas des nains mais des cinq partout !

Histoire de n'en voir qu'un, mais le bon, restons dans la mouvance hermétiste mais plus proche de notre melEncolique époque.
Schwaller consacrera dans "le miracle égyptien" quelques bonnes pages à PI et la croissance (la relation étroite entre et 5 étant tombée dans le domaine public, je ne la rappelle pas).

Morceau choisi :
"... dans la Philosophie de la Genèse, nous pourrons dire :
Une unité primordiale considérée comme diamètre, se scinde et se developpe quantitativement ou arithmetiquement, et devient : un, un , deux, trois, cinq, huit, etc...(série d'or à croissance spiralique), ce qui constitue la semence paternelle de chaque étape ou Espèce du Monde.
Cette croissance ne pouvant se faire que suivant le cycle végétable, en tant que forme, nous avons nécessairement toujours, une croissance végétale spiralique, qu'il s'agisse d'une nébuleuse, d'une plante ou d'un foetus humain; et ceci parce que, d'une Unité incomprehensible ou premiere activité (tant de l'origine absolue que de l'origine active d'une semence de son Espece) à sa determination numerique propre, il y a une variation arithmetique de Un à X.
Dans l'etude des Nombres, on ne s'occupe que de la variation ou du Devenir du Diametre, c'est à dire du Nombre, semence de son Espece.
Ici est montré le sens occulte de la valeur , grace à laquelle le Nombre devient Forme, parce que : si le Nombre determine comme une semence, la nutrition substantielle mais sans forme, il vient comme donner la matiere à la forme, et cette forme ne peut resulter que d'une croissance.
La croissance n'est donc jamais une addition arithmetique, c'est à dire une quantité ajoutée à une autre (ce qui est le caractere du Diametre), mais un developpement en forme d'une substance qui est, elle, sans forme. Jamais donc non plus une phase de croissance succedant à une autre n'est identique à celle-çi, parce que l'une conditionne l'autre comme une spire se developpe sur l'autre. Finalement le produit peut formellement se superposer à l'autre mais comme les anneaux annuels d'un tronc d'arbre, mais ceci ne concerne que l'aspect exoterique de la chose formée, puisqu'en fait il y a un chemin parcouru, comme pour l'exemple donné il y a une longue etape entre la moelle de cet arbre et l'ecorce, l'un coexistant avec l'autre, l'un motivant l'autre : et c'est là le sens de la croissance vegetable qui a son secret dans la relation vivante entre le Diametre et le pî, relation dans laquelle le pî est la valeur infinie, universelle, clef des possibilités d'un devenir formel."

On retrouvera la même clef (accrochée à la ceinture de l'ange ?), chez un discret "disciple" d'Henri Coton Alvart, Hollier. Dans son livre "Tohu-bohu", il s'accorde un chapitre, intitulé "cristaux et virus : difficile montée vers la vie consciente", pour souligner ce fait : "parmi les 230 especes de systemes cristallins, seuls ont été retenus pour créer la vie, ceux à symétrie pentagonale; ceux qui recèlent en eux cette Divine Proportion dont parlait Léonard de Vinci." Et de finir par son exposé en plaçant sur le podium, notre 5, son pî, et le dessin d'un pentagone étoilé dont le coeur s'orne d'une ... rose.

Lima de Freitas, lui, (plus spéculatif), s'emerveillera des travaux de Penrose sur les symétries pentagonales, le défit étant de couvrir un plan avec le maximum de pavés pentagonaux; soit les fameux penrose patterns, fractals à souhait. Et qui donne à réléchir, pas seulement aux anges... ou angles.
Puis un enthousiasme en attirant un autre, il rapporte les travaux de M. Schroeder sur un nouvel état de la matière, notemment des cristaux présentant une symétrie pentagonale impossible. "Quasi-cristaux", à mi-chemin de substances soit cristallines, soit amorphes.
"Il s'avère qu'une séquence auto-similaire apériodique, dérivée des nombres de Fibonnacci est un bon modèle de ce nouvel état de la matière".

Coté ADN, on peut visiter les recherches de J.C. Perez qui démontra (trop brillament) que les séquences de nucléotides de l'adn, codant ou non codant, tendent à "optimiser leurs proportions relatives de base TCAG selon les nombres de Fibonacci et les proportions du nombre d'or".

Bref, avec ce cinq, on est au coeur de la Vie, ou pas loin. En tout cas dans un lieu obscur...avec plein de tournants.

cordialement

aliboron.
avatar
aliboron

Nombre de messages : 208
Age : 60
Date d'inscription : 15/07/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: Melencolia I (Albrecht Dürer)

Message  Laposse le Sam 23 Jan 2010, 18:06

Merci aliboron, pour ce texte dense et très… euh… tramé ?
[…] Platon inclus, pour lequel ce nombre est nuptial : accouplant le ciel (3) et la terre (2).
J'avoue ne pas connaître Platon. Par conséquent, j'ignore tout de son système de représentation numéral.
Pourquoi (ciel = 3) et (terre = 2) ? Pour ma part, j'associe généralement la terre au nombre 4.
Scratch
Interloqué (1)
Pâle
Me voilà tout perturbé. Gaga
Parce que si la symbolique des chiffres est différente, alors ciel + terre ne vaut plus 5 (vie). Neutre
avatar
Laposse

Nombre de messages : 242
Age : 48
Date d'inscription : 05/04/2008

Revenir en haut Aller en bas

Re: Melencolia I (Albrecht Dürer)

Message  aliboron le Dim 24 Jan 2010, 00:01

Cher Laposse,

Ne pas connaitre Platon ne me semble pas problématik, en tous cas beaucoup moins que de croire le connaitre un peu (comme moi).
Concernant le 3+2, ciel-terre, il me semble que la terre en question n'est pas l'élément terre (souvent immatriculé 4) mais le terrestre, le créé au sens large, lequel se voit ici et là affublé du pair (soit le 2 comme premier nombre pair).

So, don't worry, tu peux remettre ton logiciel kabbalistique en route...

cordialement

aliboron.
avatar
aliboron

Nombre de messages : 208
Age : 60
Date d'inscription : 15/07/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: Melencolia I (Albrecht Dürer)

Message  Laposse le Dim 24 Jan 2010, 10:48


> C:\
> C:\RUN KABBAL.EXE
- - - - - - - - - - -
| . .| . .| . .| . .|
| 16 | .3 | .2 | 13 |
| . .| . .| . .| . .|
- - - - - - - - - - -
| . .| . .| . .| . .|
| .5 | 10 | 11 | .8 |
| . .| . .| . .| . .|
- - - - - - - - - - -
| . .| . .| . .| . .|
| .9 | .6 | .7 | 12 |
| . .| . .| . .| . .|
- - - - - - - - - - -
| . .| . .| . .| . .|
| .4 | 15 | 14 | .1 |
| . .| . .| . .| . .|
- - - - - - - - - - -
Appliqués au carré "magique" de Dürer, les calculs du logiciel mettent en évidence les résultats suivants :
Like a Star @ heaven la MELENCOLIE a été gravée en 1514. Cette date est reproduite en bas du tableau, telle une signature :

Ce carré existait précédemment, puisqu'un exemplaire datant du 11ème siècle a été retrouvé en Inde dans les ruines d'une cité dénommée non pas Ajunta, mais Kajuraho, dans l'état du Madhya Pradesh. Il était légèrement différent, mais ses propriétés mathématiques étaient identiques. Dürer se serait contenté d'y inverser les positions de quelques nombres pour y apporter sa touche personnelle.

Like a Star @ heaven la valeur 34, correspondant à l'âge de l'artiste lorsqu'il fut initié par son maître Paccioli, est une valeur-clé du carré. On la retrouve lorsqu'on fait la somme de toutes les valeurs de chaque ligne horizontale, de chaque colonne, et aussi de toutes les valeurs de chaque diagonale, et aussi de toutes les valeurs de chaque quart du carré découpé selon ses médianes :
On retrouve encore ce nombre 34 en additionnant les cases des quatre angles :


Et encore et encore, en additionnant les bordures d'un carré oblique dessiné dans le carré :
3 + 5 + 12 + 14 = 34
2 + 8 + 9 + 15 = 34
Ou encore :


666 Evidemment, on pourrait inverser la logique, constater que 34 est la valeur de base du tableau, et défendre l'idée que c'est postérieurement qu'on a cherché à y rattacher une valeur équivalente, supposée marquante, issue de la biographie d'Albrecht Dürer !

Reste à examiner le cas de ce chiffre 5, curieusement inversé, qui fait partie des seulement quatre valeurs qui seraient "logiquement" à leur place si l'ordre numérique était respecté pour un occidental, lequel commence à écrire et lire au départ du coin supérieur gauche, de gauche à droite puis de haut en bas.
5 + 8 + 9 + 12 = 34

> C:\EXIT

Sommeil
avatar
Laposse

Nombre de messages : 242
Age : 48
Date d'inscription : 05/04/2008

Revenir en haut Aller en bas

Re: Melencolia I (Albrecht Dürer)

Message  Charly Alverda le Dim 24 Jan 2010, 13:59

Bonjour

Quelques réflexions et questions supplémentaires :

La lettre E en grec "cinquième lettre de l'alphabet grec figurant en majuscule comme offrande sacrée à l'entrée du temple" de la Lumière (Apollon delphique) n'est-elle pas l'équivalent de la "quintessence", animatrice des 4 éléments, représentée comme Etoile flamboyante à 5 branches dans le Temple maçonnique ? Pourquoi cette Etoile porte-t'elle gravée la lettre G, 7è de l'alphabet latin ?
La lettre G désigne : GEOMETRIE en 1727 ms: Wilkinson et Patrick Négrier dans " Les Symboles Maçonniques d'après leurs sources " précise : "Le parvis du temple de Salomon étant traditionnellement considéré depuis l'Édimbourg (1696) comme le modèle de la loge maçonnique, le « centre de la loge » désigne dans le Wilkinson le centre du parvis du temple de Salomon. Or ce centre était du point de vue longitudinal occupé par la mer de bronze située entre l'autel des holocaustes et les deux colonnes Yakin et Boaz (cf. 1 Rois 7, 39 corroboré par Ex. 30, 18). En qualité de centre de la loge, la lettre G représente donc de manière allégorique la mer de bronze, et cela probablement en raison de son tracé, puisqu'en 1696 l'Édimbourg avait désigné cette même mer de bronze sous la forme d'un « large ovale » par référence à la forme circulaire de cette vasque (1 Rois 7, 23). S'interroger sur le symbolisme ultime de la lettre G, c'est donc en définitive chercher à élucider le symbolisme de la mer de bronze du temple de Salomon vaguement schématisée par la lettre G.

Dernière question : pourquoi le Wilkinson attribue t-il le sens de Géométrie (étymologiquement : 'mesure de la terre') à la lettre G qui constitue l'initiale de Géométrie ? Le Wilkinson interprète la lettre G comme l'initiale de Géométrie probablement en raison de l'importance du rôle de la géométrie dans la maçonnerie opérative, et aussi en raison de l'importance des mentions de la géométrie dans les Anciens Devoirs. Cependant cette correspondance semble avoir une cause plus précise. En effet en 1710, le Dumfries n'4 entendait la géométrie en un sens astronomique: «La géométrie enseigne à mesurer les cieux matériels »(1). Phrase qui permet de comprendre en quel sens le Wilkinson avait cru bon d'interpréter la lettre G (dontle tracé était censé représenter la forme circulaire de la mer de bronze) comme l'initiale de Géométrie : c'est que, en qualité d'instrument astronomique, la géométrie céleste mesurait les cieux (à savoir le zodiaque et les douze constellations arctiques) précisément représentés par les douze bœufs de la mer de bronze (1 Rois 7, 25).

Toutefois par-delà l'interprétation de la lettre G comme Initiale de Géométrie, il convient de rappeler que la géométrie est dans les Anciens Devoirs maçonniques citée comme l'un des sept arts libéraux, qui sont d'origine grecque. Nous avons analysé dans la notice consacrée aux Arts libéraux l'esprit dans lequel Platon envisageait la contribution de la géométrie à la dialectique destinée à conduire les apprentis philosophes jusqu'à la contemplation du Bien et de l'Etre. C'est 'l'esprit de la géométrie' et non le savoir propre à la géométrie que Platon utilisait dans une perspective philosophique; nuance importante qui permet de comprendre avec exactitude le sens de l'inscription qu'Aristote avait fait inscrire au fronton de son école, le Lycée : « Nul, s'il n'est géomètre, ne doit entrer ici »(2).

(1)Wikinson, op. cit. p. 299.
(2)Dumfries n°4, op. cit. p. 189.

Cependant Tschoudy, initié à l'école de Naples, considère en 1766 que l'Etoile Flamboyante est " un emblème de l' esprit volatil qui réalise son travail dans les corps, et qu'anime l'esprit universel ". C'est " le feu central et universel qui vivifie tout ce qui existe. "

" Pour un Maçon de Règle, le Ciel est rond et la Terre carrée. " (7 Instructions aux Frères en Saint Jean) je pose 3 + 4 = G ?

5 nombre nuptial dans une tradition, mais je le verrais davantage dans l'union de l'eau et du feu dans l'hexagramme symbolisant la Pierre.

Panofsky, suggère de penser au CheminCroisé Saint Jérôme de Dürer - gravé également en 1514 - comme la contrepartie de Mélencolia I. Au moins six copies furent offertes par Dürer en tant que paires. Panofsky décrit la construction de l’espace de la gravure représentant le saint homme comme : “ absolument correcte d’un point de vue mathématique... L’apparente impression d’ordre et de sécurité peut être expliquée par le fait que la position des objets dans la pièce est fermement déterminée par un souci de perspective “.
Tout à l'exception du carré de Jupiter se rapporte à Saturne dans la Mélancolie alors que tout est jupitérien dans le Saint Jérôme

Le symbole de Saturne ressemble assez à un 5 tandis que celui de Jupiter à un 4. Des chiffres et des lettres sont visibles dans la gravure, chiffres dans le carré magique de Jupiter et lettres sur les ailes de la chauve souris qui quitte le champ, on traduira donc que l’influence bénéfique du plus haut des dieux “ contrecarre “ celle de la mélancolie démente, noire et folle du Saturne moyenâgeux. On lira donc Mélencolia i , dans le sens de l'impératif latin ”ire” (aller) - : Mélancolie ! Fuyez ! et non Melencolia 1.

Selon moi c’est l’ange de la planète Saturne, dans la terminologie de la philosophie occulte Tsaphkiel, qui est ici représenté. C'est le symbole de la plus haute créativité, et l'ange de Durer n'est pas du tout mélancolique mais dans une intense concentration créatrice. Saturne, Cronos en grec, dévora tous ses enfants à l’exception de Zeus que sa soeur/épouse remplaça par une pierre. En tant que CHronos gardien du temps il est le mesureur par excellence, les instruments de mesure sont multiples dans l’oeuvre. Le teint terreux, pourrait-on dire plombé, révèle sans ambiguïté qu'il s’agit bien du dieu à l’ambivalence connue : sous le voile d’une lourdeur animale d'un tempérament ” terre à terre ” la haute imagination créatrice est symbolisée par le livre et le compas. Par les clefs à sa ceinture il est assimilable à Janus, gardien du Seuil, qui tient les clefs du SOLVE, dissolution des corps et du COAGULA matérialisation des esprits.
Saturne couronné de végétal est l’ élément terre prédominant, on célébrait à Athènes une fête de la moisson appelée Cronia.

La théoria pour les Grecs évoquait un état de silencieuse contemplation, on comparera l’ange massif, inactif mais dans une intense méditation créatrice, au petit être ailé ( le putto ) qui lorgne le compas prêt à imiter mais qui devra aiguiser son “ intellect “ (il est assis sur une meule autre symbole du dissolvant).

Le compas comme attribut du dieu est bien le maître instrument de mesure, il permet seul de dessiner la sphère de l’unité et tel le caducée il est le binaire réintégrant cette unité. La représentation de la géométrie sous les traits d'une femme était plus courante, une illustration de l'ouvrage Margarita philosophica de Gregor Reich (1504) représente « Geometria », assise devant une table couverte de figures et d'instruments et mesurant une sphère avec un compas.

« L'aiguille du cadran solaire n'engendre aucune ombre, alors qu'en revanche le sablier en projette une importante sur le mur ». observe Hartmut Böhme, (Dürer - Melencolia I), nous préciserons que c’est l’heure de "celui du milieu" .

Du bric-à-brac des objets laissé par l’ancienne vision dépressive va naître un nouvel ordre, le compas indique la nature du livre fermé dissimulé dans les plis de la robe du dieu.

Derrière la pierre taillée , sur l’échelle des innombrables correspondances entre astronomie supérieure et inférieure (les métaux étant considérés comme les astres d’un ciel terrestre), seuls sont visibles six échelons, le septième deviné peut désigner aussi bien le repos que les sublimations dans l’oeuvre alchimique pour l’obtention de la Pierre. Lisons les commentaires d’ E. Canseliet sur le Mutus Liber:

“ Insistons-y néanmoins. Ce qui manque à la chimie, vis-à-vis de l'alchimie, c'est-à-dire à l'analyse orgueilleuse et sans âme, vis-à-vis de l'humble et vivante synthèse, c'est le commerce constant avec l'universel, la cohobation répétée de l'esprit sur la matière, que le savant Altus figura, dès le seuil de son album, par les montées et les descentes de ses deux anges, entre le ciel et la terre, sur l'échelle des philosophes.”
Le Traité dit l'Echelle des Philosophes (1550) affirme que : “ Le douzième et dernier degré de cette Echelle du Sage et de l'Œuvre tout entier, qui achève et est appelé la Projection. “
L’échelle à 6 barreaux peut désigner une genèse avec le septième échelon occulté, les 7 planètes symboles des 7 Présences ou les 7 émanations majeures à l’oeuvre dans la création.
Saturne le plomb correspond à ( avec ) la planète par la grâce de l’ange du milieu. Un creuset derrière le polyèdre indique la nature de ce dernier, la gravure est philosophale; le Saturne des Sages préparant le Plomb des Sages.

Oeuvre philosophale, parce que tous les éléments du tableau entretiennent des rapports d’harmonie, le cadran solaire est immédiatement au-dessus du sablier, la cloche qui ne peut être activée que par une main dans “ l’au-dela “ de la gravure est au-dessus du carré magique, si cette harmonie était rompue, le plateau de la balance s'inclinerait, la cloche tinterait horriblement; le silence est d’or.
Tous les attributs saturniens sont représentés, le chien, la pierre, la justice par la balance et la mélancolie par la chauve souris. La bourse et les clefs signifient, selon une explication donnée par Dürer lui–même, la richesse et la puissance. La balance participe d’une double connaissance hermétique, plus exactement - tels que les alchimistes Arabes nous l’ont transmises dans le Livre des Balances de Géber - la connaissance de l’ésotérisme de l’ésotérisme. En effet si les poids de l’art sont un arcane, le poids de nature est à jamais inconnaissable pour l’homme.

C’est dans le Temps, c'est-à-dire sur la courbe du Zodiaque, que Zeus/Jupiter « supplante » son père.

“ Chronos, le Temps, prend naissance, lorsque l'impulsion uranienne sépare de l'Unique primordial les deux éléments initiaux de la manifestation, l'Esprit et la Matière, et met ainsi en mouvement le cycle de l'évolution. Toutes les énergies naissent alors dans le Temps, leur Père, et prennent forme dans la Matière et l'Espace (croix de Saturne) ; mais les formes sous lesquelles elles se manifestent sont perpétuellement dévorées par lui au cours du cycle de la dualité et de l'alternance Vie-Mort-Vie, jusqu'à ce que Zeus-Jupiter, en opérant la synthèse du Temps et de ses corollaires, l'Espace et la Matière, détrône son père, le Temps, parce que la conscience principielle synthétique sagittairienne fonctionne alors hors et indépendamment du Temps-Espace-Matière, dont la croix + dans l'hiéroglyphe de Jupiter ( 4 ) ne pèse plus sur l'hyperbole de la tendance vers l'illimité ) comme cela est le cas dans celui de Saturne ( 5 ), tendance qui est désormais libérée et dominante. La phase triomphale de cette lutte entre Saturne et Zeus, se situe dans la zone zodiacale Sagittaire-Capricorne. Elle commence dans le Sagittaire et se termine dans la Lumière du Verseau. Kronos le Temps s'est mué en le Cronos capricornien, père de la lumière. “ (Marcelle Senard, le Zodiaque)

Ne manquez pas de regarder la spirale dessinée par l'énorme coing (ou pomme d'or) du Saint Jérôme !

Cordialement,

C...a

Charly Alverda

Nombre de messages : 534
Date d'inscription : 02/10/2008

Revenir en haut Aller en bas

Re: Melencolia I (Albrecht Dürer)

Message  Logos le Dim 24 Jan 2010, 16:56

Merci beaucoup à vous 3 Bondissant
Saturne et les chiens, oui oui... Et l'application apocalyptique...

Peut être un lien avec St Christophe ; je dis ça comme ça, il faut que je creuse, j'ai rêvé de ça hier soir et ça parlait aussi de Sirius...



A propos des organes rate/foie, je lis (?) :

-- "Dans le système des cinq éléments, le rate représente l'élément auquel tout retourne après son cycle catastrophique" (ce qui m'évoque Saturne et la Roue de Fortune)

-- "Selon Paracelse la rate est sous les influences directes de Saturne. Elle est donc liée à l´humeur mélancolique et correspond aux énergies telluriques terrestres. C´est la bile jaune, liée au 4 terrestre." (bile jaune : confusion ?)

-- Excès de bile noire, l'une des quatre humeurs (fluides) de l'ancienne physiologie provoquant un état pathologique. La bile noire était censée être secrétée par la rate (en anglais spleen) à qui on attribuait les accès de tristesse et d'exaltation selon la température. (L'expression se faire de la bile, se tourmenter en garder la mémoire). En physiologie moderne, la bile est secrétée par le foie; la littérature et la langue dans un usage quelque peu vieillie lui attribuent non la tristesse, mais, les accès de colère (échauffer la bile, exciter la colère de quelqu'un), sens dérivé qu'a le mot spleen, rate, en anglais. Le mot colère lui-même signifie étymologiquement bile).

Aliboron tu sembles "localiser" la mélancolie au niveau du foie... Peux tu m'éclairer sur la "confusion" entre rate et foie ?
Je lis aussi que Dürer montre sa rate : "Là où est la tache jaune, à l'endroit désigné par le doigt, c'est là que je souffre"

<= La Mélancolie, Lucas Cranach (1532)

Sinon, le fait que Jupiter supplante son père dans la zone zodiacale Sagittaire-Capricorne est il lié à l'idée que la chèvre (Saturne-Capricorne) Amalthée soit la nourrice de Jupiter (Sagittaire) ?

-- Question subsidiaire : quelqu'un a t il lu "Hamlet's Mill" ?
-- Aliboron, pourrais-tu donner une référence concernant le lien entre 5 et Pi please ?
avatar
Logos

Nombre de messages : 551
Date d'inscription : 23/12/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: Melencolia I (Albrecht Dürer)

Message  Calcédoine le Lun 25 Jan 2010, 10:22

Question subsidiaire : quelqu'un a t il lu "Hamlet's Mill" ?

Une synthèse, en français, commentée, est disponible au format PDF (5 pages aérées) à cette adresse :
http://people.math.jussieu.fr/~teissier/documents/HAMLETSMILL.pdf


La quasi totalité de cet ouvrage publié en 1969 (en anglais, par Gambit, Boston), est disponible en ligne sur Scribd (format PDF, téléchargeable) :
http://www.scribd.com/doc/852437/Hamlets-Mill
et également entièrement consultable ici (format HTML) :
http://www.bibliotecapleyades.net/hamlets_mill/hamletmill.htm
avatar
Calcédoine
Admin

Nombre de messages : 325
Date d'inscription : 02/04/2008

Revenir en haut Aller en bas

Re: Melencolia I (Albrecht Dürer)

Message  Logos le Lun 25 Jan 2010, 23:40

Merci pour les liens Calcédoine.

Sur le 5 et le E, voilà ce qu'en dit Annick de Souzenelle :

"Le ה est symbole du souffle. Il est la vie exprimée dans le souffle. Le mot הא qui a donné son nom à la lettre, est une interjection signifiant "voici" ou "certes" (ce qui me fait penser à "ecce homo")
L'hiéroglyphe égyptien qui lui correspond représente un petit bonhomme levant les bras au ciel, dans une attitude d'épanouissement de vie. La signification toute entière étant contenue dans le haut du corps, le bas du corps sera très vite escamoté, il ne subsistera que le dessin stylisé de la tête et des bras
Peu à peu le graphisme se tournera, comme celui du aleph : il exprimera cet épanouissement de la vie sur un plan horizontal et vers la gauche [...] L'hébreu carré laisse une ouverture pour passe le souffle. Le graphisme primitif se retournera enfin vers la droite dans le grec classique pour former la lettre E que nous connaissons."

(La lettre, chemin de vie)
avatar
Logos

Nombre de messages : 551
Date d'inscription : 23/12/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: Melencolia I (Albrecht Dürer)

Message  Logos le Mar 26 Jan 2010, 09:19

Dans la préface de Canseliet aux Demeures Philosophales, je lis :

"C'est en tourmentant la matière philosophale que le feu la dessèche, la calcine et la scorifie"

"Quant à Vénus, les auteurs ne la font entrer dans l'opération que pour indiquer, analogiquement, comment le soufre noir vient au jour. Le lecteur verra, avec Fulcanelli, que cet agent philosophique prend naissance de la mer hermétique et apparaît, au plus fort de l'agitation des eaux, sous la forme d'une écume qui s'élève, surnage, s'épaissit, et flotte à la surface"

Je voulais lier le nombre 5, dédié à Vénus, avec l'oeuvre au Noir... J'imagine Lucifer venant subitement faire "étinceler" le corps purifié par les laveures ignées (machine à laver de Fortune) ; ce qui explique sûrement que le 5 soit le nombre du Compagnon et de son étoile flamboyante chez les franc-maçons.

"Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t’exiles, Million d’oiseaux d’or, ô future Vigueur ?"
(Rimbaud)

"Sothis est la personnification de l'étoile Sirius et symbolise l'arrivée de la crue annuelle du Nil qui coïncide avec l'apparition de l'étoile au début du mois de juillet (le lever héliaque). Cette crue annuelle étant indispensable pour fertiliser les terres arides des rives du Nil, Sothis a été naturellement associée à la fertilité et à la prospérité" (Vénus, Force, Ankh égyptien)

avatar
Logos

Nombre de messages : 551
Date d'inscription : 23/12/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: Melencolia I (Albrecht Dürer)

Message  Logos le Mar 26 Jan 2010, 12:35

Quelques infos supplémentaires, tirées des Demeures Philosophales, sur la nigredo cosmique

"Il est écrit que la pluie diluvienne dure 40 jours et que les eaux recouvrent la terre l'espace de 150 jours [...] Dieu fait alors souffler un vent chaud, et le niveau de la nappe liquide s'abaisse. L'arche atterrit sur le mont Ararat, en Arménie.
Noé ouvre la fenêtre (retour à la lumière) et libère un corbeau qui, retenu par les cadavres, ne revient pas"

Ararat qui signifie "être attaché, fixe, arrêté, ferme, immuable"
On retrouve la symbolique du Taureau astrologique gouverné par Vénus...
L'étoile qui se lève après le Déluge...

De plus Noé signifie le "nouveau soleil" et l'arche indique le commencement d'une nouvelle ère...
avatar
Logos

Nombre de messages : 551
Date d'inscription : 23/12/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: Melencolia I (Albrecht Dürer)

Message  Logos le Jeu 28 Jan 2010, 01:45

Juste avant Saint Christophe j'ai vu Anubis... Je viens juste de faire le lien : des passeurs.

Petite légende sur Offérus :

"Avant d'être chrétien, Christophe se nommait Offérus. C'était une espèce de géant d'un esprit très épais. Quand il eut l'âge de raison, il se mit à voyager en disant qu'il voulait servir le plus grand roi de la terre. On l'envoya à la cour d'un roi puissant qui tut bien réjoui d'avoir un serviteur aussi fort. Un jour le roi, entendant prononcer le nom du diable, fit le signe de la croix avec terreur. Pourquoi cela ? demanda Christophe-— Parce que je crains le diable, répondit le roi. — Si tu le crains, tu n'es donc pas aussi puissant que lui ? Alors, je veux servir le diable. » Et là-dessus Offérus partit [...] Offérus, donc, enrôlé parmi les serviteurs de Satan, se trouvant en course avec eux, la troupe rencontra une croix, à l'aspect de laquelle elle prend la fuite. Je crains l'image du Christ, répartit Satan. Si tu crains l'image du Christ, tu es moins puissant que lui, répond Offérus; alors je veux servir le Christ. Et voilà Offérus à la recherche d'un nouveau maître. En route, il rencontre un ermite qui lui dit qu'on sert le Christ par la prière et le jeûne. A ce dernier mot Offérus fait la grimace et repart. Sur les conseils du vieux solitaire, il prend le métier de passeur. Une nuit, il fut réveillé par un tout jeune enfant qui lui demandait à passer la rivière. Offérus le charge sur ses épaules et se met à traverser l'eau. A mesure que le porteur avançait dans l'onde, la charge devenait si lourde que le géant dut déraciner un arbre pour s'en servir de bâton. Qui es-tu donc, demande le passeur effrayé. Il me semble que je porte le monde. Tu portes celui qui l'a fait, répond l'enfant, et dès lors, Offérus, devenu Christophe, porte-Christ, se mit à prêcher la religion nouvelle, dont il fut un des saints martyrs."

Etymologiquement, Christophe dérive des mots grecs Kristos (Christ) et phorein (porter), c'est-à-dire celui qui porte Christ.

Le nom latin de Pluton dérive du grec Ploutis, la richesse. Du reste il était représenté avec une corne d'abondance dans la main.
Quant à son nom grec Hadès, il vient de Aïtho, brûler, se transformer par le feu... Dans la mythologie grecque, Charon est le passeur, le "nocher des Enfers"

Je pense donc que le passeur Offérus (avant qu'il ne devienne Christophore) a des liens étroites avec Lucifer et l'aube qui pointe
avatar
Logos

Nombre de messages : 551
Date d'inscription : 23/12/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: Melencolia I (Albrecht Dürer)

Message  aliboron le Dim 31 Jan 2010, 14:14

Bonjour,

Cher Laposse, ton "34" me parait frelaté... because : le voyage en Italie de Durer, dont il escomptait une "initiation" à la Divine Proportion par Fra Lucas Pacioli, ou une approche via l'entourage de celui-çi, fut un échec. On ne consentit pas à lui transmettre le mode d'emploi de cette équerre et de ce compas. A peine quelques miettes... Il s'en est plaint d'abondance et publiquement.
De fait, retourné chez lui, il s'acharna à "inventer" lui-même (aidé de quelques traités anciens) un art des proportions qui tienne la route. Il le dédia à l'abbé Trithemius de Würzburg... un voisin.

En revanche, Mr Alleau qui a potassé le dossier, dit qu'il fut un des 5 savants initiés à la science des astres, par Regiomontanus. Le même inquisiteur de constater, dans sa magistrale étude sur le Spendor Solis, qu'une gravure sortie de l'atelier de Dürer (effectuée par Beham) et traitant de l'astrologie, montre les rapports existants entre la véritable astrologie traditionnelle et... l'alchimie ! On y aperçoit une femme, symbolisant la science des astres, contemplant le "rayonnement céleste de l'étoile des mages", tout en découvrant son genou... double étoile sans doute, comme en disserta Canseliet.

Et notre cher enquéteur (déclaré "disciple de Fulcanelli par un Canseliet qui était pourtant certain d'être le seul...) d'affirmer, ici et là, que :

"l'opération astrologique constitue le principal mystère du processus du Grand Oeuvre";

de rappeller que, cet Opus, qualifié d'astronomie inférieure, est une "astro-biologie" minérale et métallique sur le plan technique;

que l'astrologie serait une alchimie céleste, etc...
Donc, l'autodidacte que je suis a tenté d'en savoir un peu plus. Et c'est là que ça se gâte...
J'ai cru comprendre, en lisant les alchimistes "modernes" que le rapport de leur science avec l'astrologie n'était (en gros) que métaphorique. A grand renfort de mythologies plus ou moins grecques... merci Pernety.
Mais sans relier cette "matière" aux astres autrement que comme le résume H.C.A. : " Il ne faut pas croire à la superstition d'une influence de telle planète sur tel métal. Bernard Le Trévisan a fait justice de cette erreur de ceux qui interprètent mal la tradition."
Soit, mais dans le meme paragraphe, il s'émerveille néanmoins de ceci : "Or, j'ai trouvé que certaines fables sur les dieux nous menaient directement à apparenter les métaux qui leur sont attribué par l'identité de volume atomique entre ceux que la fable réunit".
Ventre saint gris !!! Il est vrai que ça scotche...

Or, dans la même mouvance hermétique on trouve, sous la plume de F. Trojani par exemple, soulignée "l'importance que les alchimistes attribuaient à l'astrologie. L'or des transmutations étant ici compris dans son vrai but : celui d'une sacerdotale et théurgique talismanie".
Dom Belin et l'Archidoxe de Paracelse ne sont pas loin...
La 3ème voie alchimique de R.Alleau, se référant aux "traité des rayons" d'Al Kindi, se dispose par là même à devoir faire le tri parmi une myriades d'influences, dont les stellaires ne sont pas les moindres. Etc...

Plus modestement, un scientifique (proche de R.Steiner), L.Kolisko, put prouver l'action des astres dans les substances terrestres, et en particulier le rapport métaux-astres. Il est vrai qu'il avait été "orienté" par un propos de Steiner, (héritier semble t'il d'une lignée paracelsienne) : " Aussi longtemps que les matières se trouvent à l'état solide, elles sont sujettes à l'action des forces terrestres. Dès qu'une matière se trouve à l'état liquide, l'action des planètes se fait sentir en elle."

Premier point : l'astrologie "hermétique" de Dürer semble se situer à un carrefour; d'un coté elle se base sur une tradition médiévale, voir celtique (comme le calendrier de la table de Coligny)), et de l'autre : elle l'enrichit de considération néo-platoniciennes s'originant essentiellement à Macrobe, via l'apport byzantin et islamique... (jabirien) plus discret.

Soit : un labyrinthe sur un autre labyrinthe, invention ou retrouvailles dont Rabelais sera l'incontournable, et problématique hérault.

Bref, de quoi cogiter sur ce que pourrait être cette fameuse science des astres..."alchimie céleste" nécessitant une initiation.

Possible que sur ce carré de Jupiter (où, plus que la date de la mort de sa mère, le 17 mai 1514) se propose une octuple mise en jeu, croisée, du chiffre 17 (17 X 8 = 136).
17 : nombre clef de la Balance chère à Jabir (disposée, elle, sur le carré magique attribué à Saturne); 17 : premier nombre rythmique après 5, et que Schwaller assimile aux 4 éléments;
17, de signification osirienne, lié à la mort et à la lune et qu'on peut approcher en s'aidant des mains sur un chapelet consacré aux "mystères douloureux" du Rosaire; 17 à propos duquel Saint Augustin fait remarquer que 153, (17x9) nombre des poissons de la pêche miraculeuse (Jean 21,11) en est le nombre triangulaire (153=1+2+3+4....+16+17) et qu'il y a là de quoi méditer...

16 nombres dans ce carré +1 ((le jeu du Un étant admis voir recommandé en kabale; par exemple le I ou 1 après "melencolia", sur le phylactère), histoire d'in-former la totalité géomantique (table des matières) ici proposée ?
"I" : soit Dieu pour la fede santa; ou encore (pour faire plaisir à Charly, ou à G-rare), l'initial du nom divin IAH, dont Guénon nous apprend que "l'étoile polaire est le siège effectif du soleil central caché de l'univers, Iah".

Croisement du Khi au creuset ou carre-four solstices-équinoxes? Possible, si l'on ne se laisse pas distraire par le fatras d'outils évoquant menuiserie ou taille, mais par ceux qui sont à dévoiler sous la robe de l'ange : tenailles et soufflet.
Car, outre le feu chauffant un godet (derrière le polyèdre), on peut supposer que l'astre "sortant par soy-même des ténèbres", de même que le canis major couché en rond (comme un "G" ?) renvoient à d'occultes cuissons.

Ce lévrier (costaud !) serait plutôt un "chien courant blanc", anciennement nommé baud, chien-cerf ou chien muet... pythagoricien donc.
De la chasse aux bêtes noires, comme disait Vigenère. Il convient peut-etre de mettre ceci en rapport avec l'axe des solstices, et le 17 janvier, fête de Saint Antoine et de la roseline chère à Villeneuve ?
Pas forcémment besoin de recourir à Dante pour identifier la bête, même si entre son "tra feltro e feltro" et le "sub canem et ante canem" implicite de cette mélancolie, ça abboie... de concert.
Dans quelle chasse sauvage ? En hommage à quelle étoile ? Se demande Arsène Lupin...

Même que si l'on poursuit le tracé de l'arc en ciel (ou voie lactée... ?) on arrive pile-poil sur le creuset, régule martial emprunté à Basile Valentin , (circularité façon Robert Fludd)... Mais avant cette émergence, il nous faut passer à travers les signes inférieurs du zoodiaque.
Possible aussi que le sigle "S" précédant le "I" sur le phylactère, fasse allusion aux cycles inversés de Platon... Soit un boule-versement plus explicite que celui de "la croix d'H-andouille" qui fit couler tant de jus de boudin, il y a peu.

Mais trève d'allusions cynocéphales; plus que le 34, à propos duquel L.Barmont (en son "ésotérisme de Durer") voit une allusion au 34ème pape de la prophétie de St Malachie, dont la devise solem tenebrosum signifie : "il perdra son éclat sous le soleil ténébreux"; soit le signe du début de l'age le plus sombre... (en passant : je crois que l'année de l'élection de ce pape-charnière est celle de la naissance de Christian Rosencreutz), je me suis interressé aux autres nombres, dont 136.

D.Bowman fait remarquer qu'avec un simple codage maçonnique chiffres-lettres (A=1, B=2, etc...) on trouve que ALBRECHT DVRER = melencolia eins = 136.
Il poursuit en proposant de prendre en compte les cellules nombrées deux à deux, pour ne considérer que le nombre unique ainsi présenté : soit 163 + 213 (ligne du haut du carré magique), etc.... On obtient la valeur 2368 soit celle de Jésus-Christ en grec...et propose d'y voir un hommage au Grand Architecte, de nombreuses icones orthodoxes effectivement montrent le Pantocrator tenant un... compas.
J'en profite pour rappeler que le thème du Christos-angelos, n'est pas réservé aux franciscains...

1+3+6 = 10. Dix lettres plus une sur le phylactère, soit au total un onze des plus solaire, encore qu'il convient de savoir de quel soleil il s'agit.
Le Genou de l'ange, aveuglant d'évidence quoique voilé, le recèle peut-etre ?
Alleau rappelle que pour la Confrérie de la Mère folle, le genou a le sens de génération (soit le 5 tel qu'esquissé dans mon post précédent); "il correspond au Capricorne et à Saturne, le dévorateur qui est en même temps la porte des dieux"; tout ceci en mode pythagoricien... : "la sagesse hermétique étant fondée sur l'étude de la liaison entre deux mondes, céleste et terrestre, de leur jonction et de leur conjonction dont l'emblème est le genou."
Genou, hibou, caillou...pou ou "chou" ? (comme dans "prise de chou").

"Mutus liber, quoiqu'ouvert, sous le coude de l'archange". Il est aussi possible que le géant ailé soit bien Saint-Michel, ("Qui est comme Dieu ?) conduisant ainsi les ames (Kâ des métaux inclus) de la Balance à l'orient de leur résurrection. Balance faisant face au martial Bélier...
Mikael, nous rappelle Alleau : "en dorien Elios se disait Aelios; et Mukos : étendue de mer à, l'intérieur des terres"; soit : un port dans un golfe. MUKAELIOS : port du soleil.
L'assimilation de Mikael au Christ, nous dit Guénon, "ne doit pas étonner ceux qui comprennent le rapport qui existe entre le Messie et la Shekhinah." De plus, ses attributs d'Ange du Jugement (balance et épée) le mettent en relation directe avec le Christ "juge des vivants et des morts".

Quant à l'androgynie possible de cet ange, outre la "synthèse" Messie-Shekinah, on mentionnera cette curieuse infos donnée par Macrobe : "il en est qui disent que Janus est le même à la fois qu'Apollon et Diane, et que ces deux divinités sont voilées sous ce seul nom". Emerit, plus ouvertement que son maitre, dira de même.


Bref, nombre 11 qu'on retrouve discrètement figuré par un assortiment de clous placé en bas à droite (ainsi que le suggère J.Richer) et, à propos duquel Guénon a dit l'essentiel, sans réserve.

Mais revenons au polyèdre qui dans cette étrange "mélancolie" usurpe la place habituellement réservée à l'inévitable tête de mort, ou caput.... On trouve sur Wikipedia des considérations interessantes :


"La signification du polyèdre est une énigme qui est encore débattue. Ce polyèdre s'apparente aux solides d'Archimède mais c'est une construction originale qu'on a fini par appeler, faute de mieux, « polyèdre de Dürer ».
Il s'agit d'un polyèdre à 8 faces. Dürer ne précisa pas, dans les documents qui nous sont restés, la façon dont ce polyèdre peut être construit. Cependant, en 1999, Schreiber[7] remarqua que ce solide peut être obtenu à partir d'un cube, d'abord étiré pour produire 5 faces rhombiques ayant des angles de 72°, puis tronqué à son sommet et sa base pour donner les faces triangulaires dont les sommets sont sur la sphère inscrite sur les sommets azimuthaux du cube.
Le squelette du polyèdre de Dürer est un graphe à 12 sommets montré sur la figure.
Le polyèdre figure non loin d'une sphère dans la gravure. Or le polyèdre de Dürer est sphérique, c'est-à-dire que ses sommets sont tous situés à égale distance par rapport à un centre. La présence simultanée de ce polyèdre sphérique et de la sphère ont conduit certains, dont Louis Barmont, à envisager une corrélation possible avec le problème de la quadrature du cercle, selon une perspective de type « apocalyptique » dans la gravure de Dürer, en relation avec l'instant limite de la fin des temps.

Il est remarquable qu'une projection symétrique dans un plan perpendiculaire aux faces triangulaires inscrive la figure dans une grille carrée de dimension 4x4 dont les sommets sont tronqués[8]. Ainsi une correspondance s'établit entre le solide géométrique et le carré arithmétique."

Une vue en perspective du solide de Dürer reconstruit (à gauche) et la géométrie d'une face non triangulaire. La valeur des angles somme toujours à 9.



Le graphe associé au solide de Dürer.





Le polyèdre en vue frontale, son quadrillage et le carré magique.



Andreb (dans sa "découverte de la géomancie", éditée en 1987....) explique que "Durer n'a pas representé un octaèdre régulier, celui-çi symbolisant l'élément Air.
Et qu'il voulait symboliser ici à la fois l'élément Terre qui se traduit par le cube comme l'a montré Platon dans le Timée, et le nombre 8 centre du Monde 16 (envisagé par la Géomancie) évoqué par le carré magique à 16 chiffres."
Il poursuit sur la troncature de deux sommets qui "peut ne pas sembler nécessaire pour évoquer le nombre 8 puisqu'il y a déjà 8 sommets dans un cube..." mais qui permet de laisser apparaitre l'étoile à six branches au centre de l'hexagone.
"On comprend alors la raison d'être de ce curieux polyèdre : montrer que, même dans le Monde de la Mélancolie, une étoile est présente. Le Monde 16, Monde de la Terre, dont le centre est Tristitia, n'exclut donc pas l'espoir chez qui se laisse guider par l'Etoile".

Etoile à 16 rayons, 17ème arcane d'un Tarot ?


Sur chaque pentagone, un double 108, soit le nombre de marches permettant d'accéder au Temple de la Dive Bouteille, et de remonter;
un 72 bien connu de nos services; et deux 126 qui me laissent perplexe...
On y trouve 540° pour six faces (3240), et 180 pour les deux autres (360). Total 3600, à cogiter...considérant que Durer nous montre, de ce polyèdre 3 pentagones et un triangle, soit la moitié de l'ensemble...1800, à l'instar du sablier qui en est aussi au mi-lieu de son écoulement.

Wikipedia nous parle d'un intervalle des plus majeurs, ou instant-limite. Saint Augustin (encore...) disait que "par une progression cachée, le présent se fait à partir du futur, et le présent recule dans le secret du passé".
Or, la présence "superposée" d'un Monde 16 spatial, (terrestre) et d'un Monde 12 temporel (céleste) atteste que nous sommes là dans un Templum; lieu idoine à toute théurgie, que celle-çi se cantonne à l'athanor où se propage au-delà.

Le présent en question étant aussi appelé "Donum Dei"....pour "illustrer" la progression cachée (spirant autour d'un instant-limite) énoncée par Augustin, on peut parler d' une "invagination" assez semblable à celle approchée par Emerit via son embryologie hermétique; ou par un adepte (oublié dans un angle mort), R.Buchère qui, en préface à sa traduction de la Purisssima revelatio (apres l'avoir comparé avec l' Aurea Catena Homeri, qu'il attribue à Trithème), souligne : "cette terre a été appelée par Hermes et ses disciples, le Leton qui se blanchira bientot de lui-même pour se renfermer ensuite dans un oeuf admirable".

J.C.B. de la Monnerie le dit autrement : "Et je crois qu'il faut que notre Matière se fasse un Luth à elle-même, c'est à dire que le Vers à Soie
se renferme de lui-même dans sa Coque".

Quadrature du cercle ???
En tout cas un "n'oeuf" (d'une importance aussi discrète que certaine, "la valeur des angles somme toujours à 9") dont les "propriétés" se révèlent particulièrement parlantes si on place les 9 nombres premiers dans un enéagramme, ainsi que s'y attela jadis Alfegas dans la revue bien nommée "le voile d'isis".
En partant du neuf (ou 3+6, voir... 3x6) au zénith, on va du 1 au 4 d'un coté, et du 8 au 5 de l'autre; ensuite on rayonne d'en haut ou on zigzague, au choix.
Il note que "cette figure si simple offre à l'esprit avisé une merveilleuse condensation des rapports de la musique et de l'arithmétique. Avec en prime les lois de la division du ton en neufs parties appelées commas par les grecs."
"Qu'en la série numérique 1, 2, etc... , 8; tous les nombres qui correspondent à la gamme musicale s'y trouvent et les intervalles musicaux y sont exprimés avec leurs renversements. Ainsi la tonique 1 donne par enversement l'octave 8", etc...

Art de musique.
Ce n'est pas Raymond Lulle, dans le sillage de Jabir et adepte de feux de roue basés sur le novénaire qui s'en plaindrait... La génèse de cet énéagramme a été montrée récemment dans le "Liber Corax". Le 3 et le 6 y sont en grande conversation....


L'alchimie comme métaphysique expérimentale, comme la définie Alleau, qui n'hésitera pas à postuler : "Pourquoi un opérateur universel unique ne créerait-il pas, ici, les minéraux, et là, les mythes. Ici, la matière de nos corps, et là celle de nos idées?"
Et ailleurs, en affinité avec ce qui précède : " L'affinité logique grâce à laquelle un mythe coordonne des symboles, et s'édifie autour d'un archétype constant, n'évoque t'elle pas l'affinité chimique par laquelle, plongé en son eau-mère, un cristal reconstitue ses molécules selon un type géométrique immuable ?"

Mais plus émerveillant peut-etre que ces moyens de parvenir, ("gynécologiquement"... incorrects ), la fin :
présence "mystérique" d'un sceau de Salomon des plus philosophal... isn't it ?

Soit un six latent, au coeur d'un cinq (sans fondement ni faîte) sur le point de parvenir à maturité;
"Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t’exiles, Million d’oiseaux d’or, ô future Vigueur ?"
Ou, comme le dit moins joliment Canseliet "Jusqu'à ce que la lumière diffuse dans la masse vile et grossière, se sépare des ténèbres, et que surgisse l'étoile du matin".

Soit 5 + 6, ou les gémeaux chers à H.C.A.(et à Guénon), Jean-baptiste et Jésus formant le Christ, vrai soleil ! Monsieur "H".....

Bon, j'arrète là de vous prendre la tête avec ce caput, pour en venir à un autre aspect du sujet.

Dürer initié... mais à quoi au fond ? Il est rare d'avoir sous les yeux une si magistrale lumière, "sortie de sous le boisseau", tirée à autant d'exemplaires, et qui éclaire... si peu. Outre genou et coude du grand ange, la sphère au sol, et le fond du ciel (les premiers, éclairés par quelle lanterne ?) on n'y voit que des jeux d'ombres.
Les énigmes y désignent manifestement un Mystère, mais pour quoi faire? Pour qui ?
La réponse me semble passer "par la bande", comme au billard.


Dans une veine semblable aux calculs de Bowman mentionnés plus haut, Alleau suggère plus diplomatiquement, face à l'autoportrait christique au chardon (... plante apte à recueillir la rosée), qu'il signala ainsi son appartenance à une société templière allemande en relation avec des confréries écossaises...

A chacun ses "FARCS"...

Comme le rappelle Charly, Durer nous a fait savoir que cette gravure fait partie d'un petit ensemble avec son Saint Jérome, le chevalier-la mort-et le diable, plus deux autres, représentant des entrelacs ou lacs d'amour. Que cet ensemble, à la différence de toutes ses autres oeuvres, ne résulte pas de commandes, mais qu'il en a choisit les thèmes et la manière en son âme et concience.
Et sans etre grand clerc, il saute aux yeux que le dit ensemble est un condensé de science hermétique, d'un niveau peu commun. Et sa melencolia, effarant rebus, la carte maitresse du jeu.

L'intéret porté à Saint Jérome signant d'emblée un niveau de préoccupation sortant de l'hérmétisme ordinaire. On a trop rarement fait attention aux relations éventuelles entre Durer et Trithème, ne considérant comme disciples de ce dernier qu'Agrippa et Paracelse.

Je trouve ça d'autant plus curieux que ce sont les porteurs de tabliers, adeptes du point G... qui portent le plus d'intéret à tout ceci.
En ce no man's land historique, où se joua en d'occultes coulisses la genèse de la maçonnerie aussi bien que celle des rosicruciens. En général, pour se trouver de grands ancètres prestigieux, et cautionner le temps perdu à bricoler des rituels innofensifs, guère plus. Sauf exceptions....
Comme dit le poète Michaux, "on admire, ça dispense de comprendre".

Ainsi, L.Barmont pourtant pas trop visé ici, ne peut s'empêcher de vouloir que, comme lui, l'angelot tienne un maillet.
La tête de l'outil me parait impropre à cet usage... (même pour planter une punaise); sans parler de la terminaison opposée (coté manche) qui ne peut servir à écrire, encore moins à graver. Un clou, comme ceux qui somnolent aux pieds du Grand Ange, ferait mieux l'affaire.
Un graveur comme Dûrer, en tout cas, s'en serait contenté. Comme quoi, à défaut d'être "opératif" ou d'avoir des mains, une visite par le rayon bricolage d'un grand magasin, section "outils" (les vrais !), peut remettre les pendules à l'heure....
D'autant que le "clou" est un symbole attribué à Janus; les humanistes d'alors étant particulièrement férus en mythologie gréco-romaine, ne l'igoraient pas.

(Au fait, Charly : la mer de bronze n'était pas située au centre du Temple de Jérusalem, mais vers Jakin....).

Donc, un Saint Jérome. Lequel est peut-être à l'origine occidentale d'une lignée fort discrète, mais qui comme le monstre du Loch Ness, laisse dépasser ici et là quelques anneaux, dont Trithème.
Ce dernier fait l'éloge de la Bible en des termes assez proches de ceux de Jérome en sa préface galéatique de la Vulgate; il la qualifie de "fleuve prodigieux", "établi dans un langage grandement subtil" et "où on peut nager sans couler "quand on est quelque peu instruit".

Galéatique, nous dit Piobb, vient du latin galea qui signifie casque ou huppe... ce qui me rappelle une étude des plus chymiques d'un blason de Durer (par qui ?) où un casque huppé trone ostensiblement.

Piobb dans sa "Clef universelle" donne celles de Saint Jérome : "il s'agit d'accorder les 24 vieillards de l'Apocalypse au Canon biblique constitué de 22 "livres" ". Piobb poursuit en expliquant qu'un polygone à 24 cotés inclut, par abstraction de deux sommets, les 22 autres, synthèse du connaissable et en correspondance directe avec les données de la Kaballe et... du Tarot.
Une fois correctement orientée, il faut accoler à cette grande roue dentée et zoodiacale où l'Apocalypse épouse la Thora, les quatres évangiles "en rotations" similaires, mais plus modestes.... cela en des emplacements adhocs; un peu comme le montre Schwaller (p. 138 du miracle égyptien") et qu'il qualifie de cycle d'animation des formes.

Plus causant, G.Beltikhine, dans son étude sur l"'horloge secrète des templiers" gravée à Chinon, donnera un schéma probable de l'imbrication de ces roues, et je note en passant qu'on y retrouve, discrètement inscrit, un losange... correspondant exactement à la ré-union du pentagone tourné vers l'ange, et du triangle supérieur qui le coifferait si le cube n'avait été "décapité".

Bref, il en résulte une machine célibataire aussi gnostique que théurgique, assez voisine des travaux de Lulle, des rotoe mundi rosicruciens, ou même de la sphère armillaire de Wronsky approchée par F.Trojani dans ses "Aperçus sur l'oeuvre de Nostradamus"qui souligne l'importance des lampes perpétuelles, (habituellement considérées comme des effets secondaires voir phantastiques du Grand Oeuvre) pour animer ce "golem"...
De même, Beltikhine, dans son étude sur la prophétie en général, et , insistera sur les liens étroits entre cette gnose abyssale et l'alchimie.... christique.

Ce secret, dit Piobb, "Saint Jean en son Apocalypse, Saint Jérome en sa préface à la Vulgate, tant d'autres aussi comme Jérémie, David, et même des évangélistes l'ont pourtant bien indiqué. Jean Trithème aussi, bien abondamment, l'a signalé dans sa Polygraphie".
Lequel Trithème, pour satisfaire un irrepressible besoin de "visions" de l'empereur Maximilien recourut à deux de ces lampes. Type d'éclairage, je le mentionne en passant, censé se trouver également dans le tombeau de Christian Rosenkreuz....

Sans prendre de risque, on peut rajouter à la liste de Piobb, Nostradamus, Malachie, Roquetaillade, et Postel; ce dernier tenu en haute estime par Dujols.
Ce "fulcanelisable" me donnant la passerelle pour en venir plus près de chez nous, dans un imbroglio romanesque à souhait, car pour ce faire, on devra sortir un peu de l'hexagone, vers une asie centrale que Catherine Emmerich, pour des raisons voisines, (elle y "localise" Saint Jean et Elie) prenait en considération.

Tartarie où, dit la légende, les vrais Roses-Croix se seraient réfugiés....
Et, pourquoi pas Gurdjieff, qui y posa ses semelles de vent à leur recherche.... mais dont les connaissances, d'après Alleau, provenaient d'un centre pythagoricien et martiniste situé en Grèce.

En joker, on sait par Trithème que sa fameuse bibliothèque contenait aussi des ouvrages en lingua indiana et tartarica, indices ?

En guise d'apéricube maintenant, avant la continuation (ultérieure) de mes élucubrations fumeuses :
---Ceci : une série d'articles sur l' archéomètre de Saint-Yves d'Alveydre, soit une version assez récente de notre "machine célibataire" précédente, fut proposée avant l'édition du livre dans la revue La Gnose dirigée par Guénon; or, c'est bien P.Dujols (co-fondateur avec Guénon de l'ordre du temple renové) qui est alors l'éditeur de cette revue.

De fait on retrouvera ce parfum d'Apocalypse provenant de St Jérome, dans le sillage divergent (?) de ces deux hommes mais plus ou moins diffus.

En espérant vous avoir gentiment diverti.

Cordialement
aliboron.



avatar
aliboron

Nombre de messages : 208
Age : 60
Date d'inscription : 15/07/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: Melencolia I (Albrecht Dürer)

Message  Laposse le Lun 01 Fév 2010, 19:23

aliboron a écrit:Cher Laposse, ton "34" me parait frelaté... because : le voyage en Italie de Durer, dont il escomptait une "initiation" à la Divine Proportion par Fra Lucas Pacioli, ou une approche via l'entourage de celui-çi, fut un échec.
J'ignorais ce fait, mais c'est hautement vraisemblable. C'est un peu pareil avec les statistiques : on peut souvent faire dire aux chiffres n'importe quoi.
Comme je le disais diaboliquement :
666 on peut inverser la logique, constater que 34 est la valeur de base du tableau, et défendre l'idée que c'est postérieurement qu'on a cherché à y rattacher une valeur équivalente, supposée marquante, issue de la biographie d'Albrecht Dürer.
Il est pourtant indéniable que le carré magique de 4x4 nombres a bel et bien 34 comme unique "valeur magique".

La "valeur magique" d'un carré magique se calcule comme ceci (en prenant l'exemple simple d'un carré de 3x3) :
- on totalise tous les nombres du carré concerné :
exemple : 1 + 2 + 3 + 4 + 5 + 6 + 7 + 8 + 9 = 45

- on divise le total par le nombre de rangées (dans ce cas, c'est 3)
45 / 3 = 15

5 est la "valeur magique" du carré de 2 x 2 cases.
15 est la "valeur magique" du carré de 3 x 3 cases.
34 est la "valeur magique" du carré de 4 x 4 cases.
65 est la "valeur magique" du carré de 5 x 5 cases.
111 est la "valeur magique" du carré de 6 x 6 cases.
175 est la "valeur magique" du carré de 7 x 7 cases.
260 est la "valeur magique" du carré de 8 x 8 cases.
369 est la "valeur magique" du carré de 9 x 9 cases.
505 est la "valeur magique" du carré de 10 x 10 cases.
671 est la "valeur magique" du carré de 11 x 11 cases, comme on peut le constater sur ce gros timbre :

(Âmes sensibles s'abstenir – Déconseillé aux moins de 12 ans)

En fait, ça n'a rien de magique, ni de symbolique, c'est tout simplement mathématique ! 'y pas photo !
Bon, maintenant, si on veut discourir sur la symbolique du 17, présent dans le carré 4 x 4 sous la forme de 17 + 17 = 34, pourquoi pas ? Mais si Dürer a voulu attacher une symbolique à son carré dans sa MELENCOLIA$I, elle n'est pas nécessairement numérique, mais plutôt d'un autre niveau.
avatar
Laposse

Nombre de messages : 242
Age : 48
Date d'inscription : 05/04/2008

Revenir en haut Aller en bas

Re: Melencolia I (Albrecht Dürer)

Message  aliboron le Lun 01 Fév 2010, 20:06

Bonjour Laposse,

Suis tout à fait d'accord avec ton exposé numérique (comment ne pas l'être, du reste); mais je ne contestais que le sens à donner à cette valeur "magique".
Disons pour aller vite que j'ai tendance à penser que dans cette gravure tout se tient; aussi attribuer une portée biographique ne permet d'associer qu'à peine deux ou trois données... c'est court.

Concernant ce 34, je constate ceci : au total, on le trouve 22 fois.

D'aucun en on déduit qu'il convenait de le lire 3+4, ce qui donnerait 22 : 7 = Pî.
Why not, mais je peine à croire que ce Pî soit ainsi "caché".... rien de bien necessaire à cette occultation à l'époque... donc ce 22 renvoie a autre chose. 22 X 34 = 748 ?

Pour ma part, histoire de rester dans l'hypothèse qui soutend ma modeste tentative d'interprétation, je lirais plutôt ce 34 : 3x4 = 12 , soit les 12 signes du zoodiaque sur les 22 polygones que je mentionne.... ?

12, ainsi que le rappellent les 6 sommets de l'hexagone où s'inscrivent les 6 sommets de l'étoile, comme le montre le graphe associé au polyèdre.

Ce qui me renforce dans cette conviction, c'est la traduction (avec les schémas d'origine) d'un texte allemand,
"La théologie chrétienne dans les nombres", certes plus tardif, par Yves Millet, dans "études traditionnelles".

On y retrouve ce même graphe enrichi de considérations le situant dans un courant d'hermétisme (très) chrétien.
J. Reyor, qui le présente, rattache ceci "au courant dont Jacob Boehme est le représentant le plus illustre".
Il dit ensuite que ces connaissances métaphysiques et cosmologiques (maitrisées) semblent renvoyer vers des organisations initiatiques d'Europe centrale. L'emploi des termes "Logothète" et "Cité des Tilleuls" évoquant en outre le 32ème degré de la Maçonnerie écossaise.
Bref, à mon humble avis, on nage dans les mêmes eaux.

Cordialement
aliboron.
avatar
aliboron

Nombre de messages : 208
Age : 60
Date d'inscription : 15/07/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: Melencolia I (Albrecht Dürer)

Message  aliboron le Mar 02 Fév 2010, 14:19

(désolé, j'ai eu des remords, "faut etre charitable... bla bla bla"...alors j'ai refais ma copie précedente...)

Bonjour Laposse,

Suis tout à fait d'accord avec ton exposé numérique (comment ne pas l'être, du reste); mais je ne contestais que le sens à donner à cette valeur "magique". D'autant qu'avec cette même grille de 16, on peut construire une ribambelle de carrés magiques fort différents quant aux "valeurs".
On a ici un choix, de même quant aux particularités de son polyèdre; c'est construit un max !

Disons (pour aller vite) que j'ai tendance à penser que dans cette gravure tout se tient (un Tout genre micro et macro cosme); aussi attribuer une portée biographique ne permet d'associer qu'à peine deux ou trois données... c'est court.
Ne pas oublier qu'à cette époque les humanistes étaient imbibés, parfois jusqu'à la moëlle, d'hermétisme; comme l'a souvent rappellé Charly.
De plus, j'imagine mal un Durer, artisan-artiste pour lequel le mot "art" conserve toutes ses significations, se fendre d'un chef d'oeuvre pour nous avouer jusqu'à quel age il a fait pipi au lit, par exemple...
Il n'est pas un pote de Christine Angot.

Concernant ce 34, je constate ceci : au total, on le trouve 22 fois.

D'aucun en on déduit qu'il convenait de le lire 3+4, ce qui donnerait 22 : 7 = Pî.
Pour ma part, je lirais aussi ce 34 : 3x4 = 12 , ainsi que le rappellent les 6 sommets de l'hexagone où s'inscrivent les 6 sommets de l'étoile du graphe associé au polyèdre. Soit les 12 signes du zoodiaque sur les 22 polygones que je mentionne.... (?); en tout cas une invitation à associer ce Pî, symbole de croissance à une certaine circularité... Spire !

"Il faut qu'il croisse et que je diminue". (Jean III 30).
Voir, en passant, les fulcaneliennes approches de cet "homme des bois"... pas très fréquentable.
Comme dit Logos : "Un truc solaire, érotique, troublant, subversif, comme "annonciateur" de quelque chose."

G.Béatrice et S.Battfroi ont bien évoqué ce problème de sablier dans leur ouvrage "Terre du dauphin" :
"Alors, une nouvelle ère commencera par le bouleversement du sablier divin, son très réel renversement; et lentement les grains du Temps s'écrouleront à nouveau au travers de la Terre, très exactement de l'ancien pôle Antartic à l'ancien pôle Artic après ce versement de la Boule du Monde."

Et un peu plus loin, après avoir fait remarquer que ce jeu de pôles dessine un remarquable sablier, "dont l'axe joint le centre de la terre aux différentes polaires successives, décrivant en 26000 ans environ le cercle dit "de l'écliptique"...
ils poursuivent ainsi, "sablier dont la terre se revèle etre très précisement le centre géométrique, tandis que les influx célestes entrant par l'un des pôles et fécondant au passage le noyau ferreux du magma interne, s'en va sortir par le pôle opposé".

En relation avec ce que je proposais sur un autre fil, (dans la même perspective), et où était souligné une affirmation géomantique d'H.C.A. localisant les parties spirituelles et matérielles de l'Opus, en miroir sur son zoodiaque, nos deux auteurs précédents rappellent que "dans le monde manifesté de la matière, ou nature naturée, le soleil est au plus haut du ciel le 24 juin, et au plus bas, le 27 décembre, alors que dans celui de "l'esprit" les images s'inversent, le "soleil spirituel" culminant en capricorne et se situant au plus inférieur de sa course en cancer".

Ce qui me renforce dans cette conviction, c'est la traduction (avec les schémas d'origine) d'un texte allemand,
"La théologie chrétienne dans les nombres", certes plus tardif, par Yves Millet, dans "études traditionnelles".
On y retrouve ce même graphe (!) enrichi de considérations à teneur apocalyptique le situant dans un courant d'hermétisme (très) chrétien.

J. Reyor, qui le présente, rattache ceci "au courant dont Jacob Boehme est le représentant le plus illustre".
Il dit ensuite que ces connaissances métaphysiques et cosmologiques (ici maitrisées par un géo-maître) semblent renvoyer vers des organisations initiatiques d'Europe centrale. L'emploi des termes "Logothète" et "Cité des Tilleuls" utilisés dans ce texte évoquant en outre le 32ème degré de la Maçonnerie écossaise.

Bref, à mon humble avis, on nage dans les mêmes eaux... d'en Haut et d'en Bas... se croisant au mi-lieu.
Bref, une talismanie théo-sophique que n'ignorait pas l'abbé Trithème lequel en cette théurgique matière eu pour maitre Libanus Gallus, disciple d'un ermite de Majorque (Lulle n'est pas loin...) : Pelagius. L'ouvrage de ce denier, "l'anacrise" est, je crois, disponible sur le.... net.

D'autant plus, que besicles bien chaussées, ce qui apparait au prime abord sur le schéma (du polyèdre en vue frontale rapporté sur Wikipedia) n'est pas tant un sceau de Salomon abouti que son étape antérieure; soit un AVM.

Nous renvoyant au 17, (enceint de ses 153 Ave Maria...) et à la conception par l'oreille. Une approche en est accessible dans les "sept instructions aux freres en saint jean", cité recemment par Charly. Même si je trouve qu'on s'y perd dans le menu... (trop ouvragé) au point d'en oublier l'essentiel, plus simple : l'assiette. Tablier trop volumineux... éloignant de la table...c'est ballot.

Je rappelle que la seule appartenance connue de l'abbé Trithème était une confrérie, (des plus accessibles), pour laquelle l'importance de Sainte Anne était la raison d'etre. Le "rôle" essentiel qu'elle peut symboliser en alchimie ayant fait l'objet d'excellentes études, abordables, je vous y renvoie.

On peut poursuivre un brin plus loin ces jeux de "mouroir".

Emerit, en sa "zoodiotechnie", se penche sur :
"les sculptures qui ornent les piédroits du portail (de Notre Dame de Paris), et qui représentent le zoodiaque scindé en deux tronçons de la manière suivante : de bas en haut, à gauche : Verseau-Poisson-Bélier-Taureau-Gémeux et Lion; à droite : Capricorne-Sagittaire-Scorpion-Balance-Vierge et Cancer."

Ce qui a pour premier résultat de placer le Cancer à la place du Lion. Emerit y voit là un luminaire unique (comme Macrobe) "soleil-lune".

En second, d'illustrer (explicitement) une bascule de 90° ayant pour conséquence d'ajuster deux zoodiaques concentriques ainsi : plaçant le Cancer (sur la roue, ou zoodiaque, interne) en vis à vis de la Balance (sur le cercle concentrique exterieur).
Et tous les autres signes de suivre, cet ajustement, of course... divulgant (à mon humble avis de bourricot) la clef de "captation" du Spiritus Mundi, rien que ça...

Dans un autre post ici, je rapportais l'étude que fit Baistrocchi, sur les traces du polaire Guénon, pour lequel ces modifications, révélées dans le Temps certes, étaient à prendre en compte dans... l'Instant. Soit en un Templum...

Il constatait ceci : " Pour des raisons peu claires, à ces aspects croissants et décroissants du périple annuel du soleil, caractérisé par les deux solstices, il fut substituée une conception caractérisée par les deux équinoxes, et axée sur les phases lumineuses -ou visibles- et, obscures -ou invisibles- du mouvement cyclique du soleil".
Soit, un basculement de 90 ° des valeurs spatiales; et ce, dans toutes les grandes civilisations d'alors. Le nord devenant l'ouest, etc....
"avec ce déplacement du baricentre cosmique de l'axe des solstices à celui des équinoxes, la cosmologie égyptiennne originellle (comme les autres) subit une transformation radicale : en particulier le Nord : siège de l'étoile polaire -source occulte de la lumière, et de tout autre aspect positif et primordial, et donc demeure appropriée des dieux- ... finit avec cette translation par devenir le symbole de la mort éternelle, et de l'obscurité; le bouclier des puissances ténébreuses et telluriques; l'antre de Seth".


Pour ne pas conclure, je dirais qu'il se pourait bien qu'on ait là un double des clefs accrochées à la ceinture de l'Ange, manque plus que la porte... Zut de zut.



Cordialement
aliboron.
avatar
aliboron

Nombre de messages : 208
Age : 60
Date d'inscription : 15/07/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: Melencolia I (Albrecht Dürer)

Message  aliboron le Ven 19 Fév 2010, 12:39

Post-scriptum.

Je constate que, plus haut, j'ai commis deux étourderies.
Deux erreurs dûes à la précipitation qui, comme chacun sait vient du diable...et ma fourche a langué...

-"à l'instar du sablier qui en est aussi au mi-lieu de son écoulement".... colossale erreur, d'autant plus que Charly en donna une description exacte.
-"Mutus liber, quoiqu'ouvert, sous le coude de l'archange"... idem.

sorry
avatar
aliboron

Nombre de messages : 208
Age : 60
Date d'inscription : 15/07/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: Melencolia I (Albrecht Dürer)

Message  aliboron le Dim 21 Fév 2010, 17:38

Bonjours à tous,

Un zeste de surmoi m'obligeant à "achever" mes élucubrations sur la Melencolia, je reprends piteusement le collier.

D'abord, quelques remarques complémentaires pour trainer les pieds :

- que le compas de l'ange, tenu par une branche (l'autre étant désoeuvrée), met cette pointe sur sa cuisse de volatil; (voir même, sur l'angle interne composé par le membre plié... donc en gros le genou ?);
"cuisse" renvoyant peut-etre au thème saturnien et graalique du Roi méhaigné, donc autant à Jacob, bénéficiaire de cet échelle... issante d'un "lieu terrible" marquée d'une pierre ... , et à la conséquence "physique" pour Jacob de sa lutte, AVEC l'ange et non pas contre...

-qu'on est à Luz (Beth-el), où Jacob dressa une pierre brute... avant d'avoir la vision de l'échelle, accomplissant la prophétie de Balaam sur "une étoile sortant de Jacob"....


-que la dite-branche du compas, prolongée d'un trait, vise exactement l'étoile au ciel, rappelant la gravure de Beham commentée par Alleau.

-que le battant de la cloche , "ce gros airan qui les heures ordonne" cher à Nostradamus, (jeux de mots possible, comme le propose J.Richer entre GLOCKE-cloche et GLUCKE qui en allemand désigne la poule..couveuse) tombe pile sur la ligne séparant le carré magique en deux moitiés mathématiquement en miroir; en effet chacun des rectangles, ainsi répartis de part et d'autre de cette ligne, donne additionnés par lignes (à droite : 163+510+96+415; et à gauche : 213+118+712+141) un même total.
Additionnés par nombres (16+3+5+10+9+6+4+15 d'un coté, etc) idem. Multipliant par couple de nombres se suivant (d'un coté 3x4 + 5x6 + 9x10 + 15x16, etc) pareil.

Et, tenant compte de ces nombres qui se suivent , repartis en "croix" sur chaque moitié du carré, on voit encore mieux que ces deux moitiés sont en miroir... L'axe reliant le 1 au 2 a son reflet inversé en face dans celui reliant le 4 au 3, etc...
Ainsi, ces deux rectangles ou "colonnes" de nombres.... s'articulent chacune sur des croisements internes...de façon voisine de l'enéagramme tel que mis en branle par Alphegas.
On a de chaque coté un rectangle constitué chacun de deux carrés totalisant 34; soit une croix delimitant 4 carrés de 34.
Bon, je sais que Laposse va trouver tout ça "normal", mais moi ça m'éclate cette... norme !

(Lima de Freitas a consacré un beau livre sur ce thème "515, le lieu du miroir"; et on pourra compléter ses réflexions par celles, vertigineuses, fournies par Jean Canteins in "l'ange du retournement").

Revenant sur l'aspect plus figuratif de l'oeuvre, et sachant que pour ces frères humains leur christiannisme n'était pas que lettre morte et engagement cul-cul et, leur foi, d'une envergure (hauteur et, profondeur...) qu'on ne rencontre plus que rarement de nos jours, je ne peux m'empècher de penser que leurs préoccupations (pré-)maçonniques étaient mise au service de cette foi; et non spéculativement ( ) l'inverse comme dans nos loges.

-que la meule, (image du temps chère aux germains, comme le rappelle l'ouvrage intitulé Hamlet'mills, temps ici sorti de son axe-moyeu), pierre "roulée" appliquée contre l'édifice, rappelle fortement celle fermant le tombeau... vide... du Christ.
Et l'ange : celui dont parle St Luc ; "Après le sabbat, à l'aube du premier jour de la semaine, Marie Madeleine et l'autre Marie allèrent visiter le tombeau. Tout à coup, un tremblement de terre se fit sentir, car un ange du Seigneur descendit du ciel, roula la pierre, et s'assit dessus", etc... Bon, peut etre pas exactement la même variété d'angelus maliciosus (comme le chante Nougaro), mais pas loin... vu qu'ils sont venus à deux. Impression renforcée par le caractere funèbre des feuilles d'ache (et non d'accacia) formant sa couronne...

Donc : Christ aux envers ??? Trois jours et nuits, VITRIOL... en rapport avec le "signe" de Jonas, les mystères du NOUN... poisson... que tout bon guénonien doit avoir dans son aquarium, et s'il se pique de chymie; dans son athanor.
Pyrazel citant le "Vitulus aureus" : (...) "cette humidité de l'esprit de sel, absorbée par la très grande chaleur du mois de juillet, disparaissait, l'étoile gagnait le fond et se posait sur ce plomb spongieux et terreux."
Alleau, plus charitable, en cause dans un article sur "la Messe des fous", où commentant deux plaques d'ivoire sculptées, en rapport, il précise :

"Sur le feuillet du diptyque où l'on voit Diane ou Artémis, une divinité marine tient un poisson nommé Glaucus par les anciens. On le supposait entrainé dans la profondeur des mers par ces plantes marines, ces coquillages et ces pierres qui s'attachent à lui et le mènent vers les bas-fonds, ainsi que le dit Proclus. Ce poisson était du nombre de ceux qui, au lever de Sirius, exerçant sur la mer une action puissante, passaient pour rester soixante jours cachés dans les abîmes. Symbole de l'âme descendue dans la sphère humide, il fuyait devant les feux brûlants de l'astre du Chien, devant les feux de la sphère étoilée et, s'engageant sous les eaux, il y demeurait enchainé parmi les herbes et la végétation. On notera, de plus, que la divinité qui le tient désigne un crustacé qui représente ici le signe de l'écrevisse ou du Cancer. Le Cancer était l'une des deux portes ouvertes devant les âmes, l'autre qui mène au séjour des dieux était attribuée au Capricorne, durant le passage duquel était précisemment célébrée la "Fête des Fous". Ces portes étaient gardées par des chiens et notemment par celui de Jason, le héros purifié par le feu et par la foudre".

A vos tarots !!! ou... à vos rotules...

-que les clous en bas à droite (visés par un des coté du pentagone exposé) forment plutot 111, ou I-khi en grec (= poisson Kristic :... renvoyant aux mystère du 153 par la droite comme précise l'Evangile), mais pas 11... comme l'a cru Richer.
-que le chien peut rappeller celui de la caverne des 7 dormants, voir J Bonnet... sur cette illustration du "retournement" nécessaire... à toute métanoïa, comme dirait La Palice.

Je me garderai bien d'en conclure quoi que ce soit, des fois qu'on croit que j'ai compris tout ce que je viens d'exposer....

Pour suivre, vu qu'en cette melencolia on est toujours un peu le vendredi de quelqu'un, nous parlerons bientot du poisson vénusien, obligatoire en ce jour de la semaine. Cet AVM repéré par nos services au coeur du caillou... fera l'objet du prochain épisode.

Cordialement

aliboron.

PS : cher Calcédoine, je sens que je n'ai pas utilisé plus de trois idées, comme recommandé... mais je n'arrive pas trop à savoir où elles se trouvent çi-dessus...
avatar
aliboron

Nombre de messages : 208
Age : 60
Date d'inscription : 15/07/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: Melencolia I (Albrecht Dürer)

Message  Laposse le Dim 21 Fév 2010, 20:22

Bon. Je relance le programme de calcul kabbalistique.

> C:\
> C:\RUN KABBAL.EXE
Dong ! Trouvé !

La symétrie en deux rectangles est bien présente :
Le total donne le chiffre remarquable de 1184, lequel, par extraordinaire coïncidence, correspond à une forme symbolique de vacuité sur laquelle il y aurait beaucoup à dire : rien.
Sauf peut-être en numérologie, où la réduction classique par la table des 9 (de poule qui glousse, Glucken) , 1+1+8+4 donne 14, et 1+4 donne 5, le fameux 5 étrangement renversé.
Avant de poursuivre, notons que le 5 n'est pas exactement le seul chiffre à se trouver inversé. Le 9 (de la même poule qui glousse) donne également l'impression d'être inversé, mais selon un axe vertical, comme dans un miroir, tandis que le 5 est renversé par rotation. A moins que le 9 soit en réalité un point d'interrogation Question

Relevons aussi la proximité phonétique des termes allemands bien connus de Dürer :
Glocke = cloche
Glück = bonheur, chance, prospérité, fortune
glücken = réussir
glucken = glousser
Gleiche = égalité, équivalence
gleich = égal, similaire, semblable, pareil, équivalent

On ne sait jamais, ça pourrait servir.

Les lecteurs ne connaissant pas l'allemand découvriront avec intérêt que selon les variantes locales (Allemagne, Autriche, Suisse, LügSeineBurg, unz.), le son 'ch' peut soit chuinter, soit être prononcé dürement comme un 'k'. De plus, la nuance est fine entre le 'u' et le 'ü' : avec tréma, il se prononce comme le 'u' français, tandis que sans tréma, il se prononce 'ou'. La poule glousse donc en disant 'Ich gloucke'.

Mais revenons à notre tableau.

Ici aussi la symétrie par demi-tableau se révèle si on considère l'axe vertical. La même symétrie n'existe pas lorsqu'on découpe le tableau selon un axe horizontal. J'ai vérifié. Je ne dis pas que découper des tableaux en deux n'est pas une saine activité les dimanches pluvieux, mais ce n'est pas vraiment plus utile que de couper la semaine en deux le mercredi midi.

Tant qu'à découper des tableaux, j'ai aussi vérifié le compas : il y a bel et bien un axe qui va du coin inférieur droit (non recadré, évidemment) au centre de la comète en passant très exactement par la branche du compas que tient l'ange.



les clous en bas à droite (visés par un des coté du pentagone exposé) forment plutot 111, ou I-khi en grec (= poisson Kristic :... renvoyant aux mystère du 153 par la droite comme précise l'Evangile), mais pas 11... comme l'a cru Richer.
Mais comment donc obtiens-tu 111 ou 153 avec les 4 clous ? Scratch
C'est aussi tordu que les problèmes proposés par Calcédoine dans CheminCroisé L'occultisme des allumettes. Yeux au ciel
avatar
Laposse

Nombre de messages : 242
Age : 48
Date d'inscription : 05/04/2008

Revenir en haut Aller en bas

Re: Melencolia I (Albrecht Dürer)

Message  aliboron le Lun 22 Fév 2010, 10:34

Bonchour Lapoche,

Et merchi de tes confirmachions... à deux enquéteurs, fachon Starki et Hutsch, che rébus devrait rendre l'âme !

Pour les clous : je note que le dispositif, placé certes en oblique, peut se "lire" (sans forcer) ainsi : IXI, isn't it ? Durer n'ayant pas utilisé un Instamatic, on peut supposer, vu le temps dépensé pour graver ce "tas" de clous sans intéret immédiat, qu'il a aussi recouru à son cerveau gauche...

Le coup des allumettes m'en rappelle un autre, illustrant également l'avantage qu'il y a à s'affranchir des "évidences" : soit 9 points disposés en carré ("magique" si on y tient); les relier en 4 traits droits sans lever la plume....
avatar
aliboron

Nombre de messages : 208
Age : 60
Date d'inscription : 15/07/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: Melencolia I (Albrecht Dürer)

Message  Laposse le Lun 22 Fév 2010, 12:24

Fastoche :


Au sujet du passage clouté :
je note que le dispositif, placé certes en oblique, peut se "lire" (sans forcer) ainsi : IXI, isn't it ?
Mouais…
Je dirais, de cette chose : bof !
(En allemand : Bofferding)

Admettons, par jeu, qu'on puisse y lire IXI. Qu'en tirer ?
Interprétation
Traduction
Addition
accolement
I X I
1 10 1
1 + 10 + 1 = 12
1 & 10 & 1 => 1101
IX I
9 1
9 + 1 = 10
9 & 1 => 91
I XI
1 11
1 + 11 = 12
1 & 11 => 111
I I I I
1 1 1 1
1 + 1 + 1 + 1 = 4
1 & 1 & 1 & 1 => 1111
Bof.

Mais j'observe que 3 des 4 clous semblent réunis, le quatrième étant quelque peu à part.
Trois clous, ça c'est un symbole récurrent dans l'iconographie chrétienne, surtout en rapport avec St-Louis.
Les trois clous ont un rapport avec la croix.
St-Louis a lui-même un rapport avec la croisade.
Mais bon. Non. Décidément : bof.
avatar
Laposse

Nombre de messages : 242
Age : 48
Date d'inscription : 05/04/2008

Revenir en haut Aller en bas

Re: Melencolia I (Albrecht Dürer)

Message  Chèvre le Lun 22 Fév 2010, 12:44

Il est pourtant peu probable que Dürer se soit dit :

"Ma gravure est finie, qu'est ce que je vais bien pouvoir mettre pour combler ce petit coin vide, là... Voyons...
Pout pout pout... Hmm hmm hmm. Voyons vouère..."

(Pour le plaisir de tous, je continue en allemand, façon Grande Vadrouille)

"Ach, za y est, che vais mettre des glous!! Guelgues klous!

Zest choli, les glous, et za blait douchours!!

Ach... Aber... Es schreibt ein Khi!! Los!! Drop Dard!"
avatar
Chèvre

Nombre de messages : 350
Date d'inscription : 06/06/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: Melencolia I (Albrecht Dürer)

Message  Laposse le Lun 22 Fév 2010, 15:53

Des klous ? Suspect
De quoi ?
Du Khi ?
Quoi, le khi ? Quel khi ? Le khi grec ( X ), ou le khi qui n'est qu'énergie et qui en extrême orient s'écrit Qi ou Chi ?

Pour mémoire (on ne sait jamais) :
le clou = der Nagel
les clous = die Nägel
clouer = nageln

Mais aussi :
l'ongle = der Nagel
les ongles = die Nägel


Mais il n'y a pas que des clous !

J'ai bleui ici les outils qui m'ont tous paru en relation avec le métier de menuisier (à l'exception du compas utilisé dans différents métiers).


Pourquoi des outils de menuiserie (Schreinerei) ?
Le reste de la gravure évoque plutôt les métiers de la pierre. Pierre angulaire, pierre étrangement taillée, meule de pierre, bâtiment en pierre, peut-être une allusion à la Maçonnerie. Mais à part l'échelle de bois, rien ne semble en rapport avec ces outils.
Scratch
avatar
Laposse

Nombre de messages : 242
Age : 48
Date d'inscription : 05/04/2008

Revenir en haut Aller en bas

Re: Melencolia I (Albrecht Dürer)

Message  aliboron le Mar 23 Fév 2010, 11:16

Bonjour,

Suis pas obstinément accroché aux "cloux" en question... même si je pense qu'ils sont plus signifiants que d'autres outils présents, ne serait-ce parce que l'angelot en utilise un pour écrire. De là à supposer que le tas de clous en cause nous indique ce qu'il écrit, why not ?
Quant au cas du KHI, symbole plus qu'usité à l'époque sous forme de X, renvoyant au Christ (en grec, Xhristus) et en alchimie : initiale de la triple inconnue du Grand Oeuvre, Xone, Xrusos, Xronos (le creuset, l'or, le temps), dixit mon Alleau favori et les Demeures philosophales, p.124-130. Triple inconnue à mes yeux en rapport avec l'impression générale donnée par la Melencolia.

Plus précisémment, et à l'appui de ma présente tentative de décryptage où le Temps (les temps) l'emporte, Platon, en son Timée, lui donnera une signification majeure pour illustrer la génèse de l'Ame du Monde, sujet de prédilection des hermétistes de la Renaissance :

"le mélange dont il (le démiurge) retrancha ces parties se trouva de cette manière entièrement employé. Cette composition ainsi faite, le Dieu éternel la partagea en deux dans le sens de sa longueur etr il appliqua les deux portions l'une sur le milieu de l'autre, en imitant la lettre X".
Ce qui n'est pas sans rappeler, fortement, les effets de miroirs contenus dans le carré magique...non ?

Alleau, que je pille comme à l'habitude, poursuit :
"nous retrouvons ainsi, par une singulière rencontre, une idée primordiale associée à ce synthème : la superposition croisée en oblique de deux parties (...). Il existe donc un "bel ordre"dans l'univers mais aussi une dualité en puissance, une différenciation sans laquelle le mouvement serait inconcevable. La liaison médiane du Khi devient un centre de révolution et, ultérieurement , Platon en déduit de nombreuses conséquences, notemment en ce qui concerne la théorie des éléments et le Feu visuel divisé en intérieur, extérieur et intermédiaire : " Et cette splendeur du Feu, tempéré par l'humidité, d'une couleur de sang, nous l'appelons rouge".

Difficile de dire mieux et plus sur ce Sujet... lequel d'après mon neurone de bourriquot hante celui de cette gravure.

Pour aller au fond de cette hypothèse, considérons que je ne prétends pas que Durer l'ait absolument voulu ainsi, impossible d'en être certain; de même rien ne prouve qu'il ne soit pas en cette affaire seulement un "exécuteur", cas fréquent en ces cénacles quand il s'agit de transmettre un message.
D'autre part, à la suite de J.L. Vieillard-Baron ("Symbolique et interprétation : l'art comme buisson ardent"), et de F.Trojani en ouverture de son "Tarot de Mantegna" quant au sens voulu de tel ou tel rébus de cette catégorie : "Nous ne pouvons répondre à cette question de façon précise, et c'est tant mieux... L'homme lui-même et les symboles qui le traversent, qu'il porte ou qu'il manipule, sortent sans cesse des cadres où la rationnalité historique et culturelle voudrait les confiner, les définir ou les exploiter. Sans cesse on surestime les évènements à l'état de veille et il se peut fort bien que le pensable tienne à l'impensable, d'aussi près que l'audible à l'inaudible, le visible à l'invisible".

Celà étant, la subjectivité ainsi (clairement) sollicitée n'est, malgrè les lieux communs de notre pauvre rationnalité ordinaire, en rien la porte ouverte au n'importe quoi, au contraire; la vraisemblance ainsi approchée est le seul visage souriant que la "vérité" tourne vers nous....Vieillard-Baron, plus littéraire et lyrique ira jusqu'à dire :" Que l'Art ait une valeur sacrale et théophanique ne signifie pas qu'il se suffise à lui-même, mais qu'au contraire la tâche première de l'interprétation est de lire l'Absolu dans les oeuvres d'art et non de les considérer comme se suffisant à elles-même".
Le problème est le même concernant la fameuse (ou fumeuse ?) caballe phonétique, tout dépend Khi s'y risque.

Ou plus exactement, histoire qu'on ne s'imagine pas qu'il s'agisse de qualités ou d' "initiatiques qualifications" dont l'exégète serait le fier détenteur, c'est son absence de qualités, temporaire ou durable (causes variées) qui le mette sur la fréquence idoine, "parrallèle" à celle émise par l'oeuvre en question.
La com-préhension de ce versant "objectif" de notre sujectivité est aujourd'hui d'autant moins aisée que, tout dans notre société (je n'ose pas dire "culture") lui tourne le dos. Dommage pour les curieux de nature, car cette Imaginatio Vera comme dit Parascelce, une fois réincrudée et remise d'aplomb est peut-être la seule voie d'accès vers la "rotule" où se rencontrent micro et macrocosme. LÎLA, disent les indoux : jeu divin du créé; Imagination créatrice divine, dit le soufisme, à l'origine de ce déploiement dont nous sommes un MINI "motif dans le tapis", et de ce fait : virtuellement antés sur la possibilité d'user, de même, de cette modeste part d' "âme du monde" qui nous échoie.

Alleau poursuit le Sujet quelques pages plus loin (son ouvrage "De la nature des symboles") au prétexte de l'ordre de la Toison d'Or et de la croix de Saint André (= Andros : l'Homme ou, comme dit Tiphaigne de la Roche "graine d'AVM"... cui cui ), il souligne le sens de "double puissance" du X, accordé au double pouvoir du soleil (Metatron ?) qui "fait fondre la glace et durcir la boue, qui éclaire le monde et fait apparaitre des ombres, image du coeur humain partagé entre le haut et le bas....
Khi, signe du jugement "XRISEOS SEMEION", d'où la phrase : "la terre se couvrira de sueur quand le signe du jugement paraîtra".

Sueur ou "mer", des plus caniculaire, on le notera.... Et son étude de finir par une approche hermétisante à souhait du Luz et du thème de l'étoile, ce via l'examen de l'éthymologie du mot sanscrit NAGA, dont j'ai du causer ailleurs sur le site.

cordialement

aliboron

PS/ félicitation Laposse pour la résolution des neufs points.... moi, on a dû m'aider
avatar
aliboron

Nombre de messages : 208
Age : 60
Date d'inscription : 15/07/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: Melencolia I (Albrecht Dürer)

Message  Laposse le Mar 23 Fév 2010, 23:03

Quant au cas du KHI, symbole plus qu'usité à l'époque sous forme de X, renvoyant au Christ (en grec, Xhristus) et en alchimie : initiale de la triple inconnue du Grand Oeuvre, Xone, Xrusos, Xronos (le creuset, l'or, le temps)
Pour les riches armateurs de Grèce :
ChristΧριστός
creusetχοάνη
orχρυσός
tempsχρόνος
(On ne sait jamais, ça peut servir.)

Studieux
Ce X (khi) qui évoque autant le Christ qu'Aghios Andreas, il a dû en être question dans les CheminCroisé Eléments basiques, je croix.
avatar
Laposse

Nombre de messages : 242
Age : 48
Date d'inscription : 05/04/2008

Revenir en haut Aller en bas

Re: Melencolia I (Albrecht Dürer)

Message  aliboron le Lun 01 Mar 2010, 13:54

Bonjour à tous,

Quelques questions et propositions de Charly antérieurement postés sur ce fil me donnent à ruminer. Soit, en renfort à ma tentative d'interprétation, des questions maçonniques et des réponses chymiques. Ou l'inverse...

Charly dit : "la gravure est philosophale; le Saturne des Sages préparant le Plomb des Sages".
Je partage jusqu'à un certain point, mais me pose la question suivante : de quelle "philo-sophia" s'agit-il, au fond ? Où, plus précisemment, sachant que Dürer n'était point un laborantin, que le gros de ses fréquentations hermétistes (Pirckheimer, Regiomontanus, voir Trithème, etc...) n'était pas omnubilé par les athanors, je serai enclin à supposer que ce recours graphique à des données chymiques participe d'une définition de l'alchimie plus "ambitieuse" que son seul cantonnement aux mystères du creuset.
Soit l'alchimie comme "soeur de la prophétie", considération jabirienne par excellence. Autrement dit, l'alchimie comme "métaphysique expérimentale" (Alleau), permettant en quelque sorte, en chemin, de "vérifier" la pertinence d'approches reli-gieuses du Réel. Perspective incluant fatalement la prise en compte du Temps, des cycles, donc de la spirale ou oblique (du Mât) permettant de s'affranchir des "circonstances", trop circulaires.
Voie traversière car chevauchant le devenir... (Pî-croissance) : le paradoxal "Deviens ce que tu es", de Goethe.
L'être concerné l'étant en tant que participant, fondamentalement, d'une entité plus vaste, Corpus Christi...
Eschatologie individuelle antée sur la collective. La première, initiatique, accomplissant en mode accéléré et, participation consciente (à l'image de la temporalité propre au Grand-Oeuvre), ce que la seconde subira. D'où une attention particulière, en ces milieux, pour l'Apocalypse de Saint Jean...

Si, en cette melencolia, alchimie il y a bien, il me semble que cet extrait du "Pilote de l'onde vive" s'y trouve bien illustré :

"Mais l'on aurait tort de confondre l'aurore, crépuscule du matin, avec l'aurore de l'oeuvre qui, paradoxalement, survient au coucher du soleil quand Vesper resplendit à l'ouest. Le matin, pour les alchimistes, au point du jour, est plutôt synonyme de canicule, surtout lorsque Vénus se lève, en forme de Lucufer, et qu'elle est en conjonction avec Sirius, l'étoile resplendissante de Canis major".
Pourquoi pas ?

J'avoue un à-priori négatif envers les "certitudes" maçonniques actuelles, trop partiales et partielles, (indigentes vis à vis des "thèmes" proposés à la méditation des générations à venir par leurs discrets "fondateurs"); même si elles proviennent à l'origine et en majorité des cénacles et rencontres entre "nobles voyageurs" ayant eut lieu en coulisse de cette Renaissance où s'inscrit Dürer. La certitude obscurcit souvent la clarté, dit un proverbe...

Ce que l'on peut en deviner (milieu des éditeurs, etc...dont a souvent traité Charly), indique qu'en ces temps de boule-versement inaugurant la décapante modernité, un afflux de Grâce permit à quelques-uns d'adapter à l'usage de "curieux de nature" à venir, (les "auribles travailleurs" espérés par Rimbaud), de ré-volutionner pour faire face aux ténèbres montantes, l'antique initiation aux petits et grands Mystères.
Adaptation inspirée, résultante de Noces vécues, convocation et transmutation théurgique de possibilités inédites (sur fond de "mystère d'iniquité" de plus en plus virulent), le champ d'expérience permis par ce nouveau chapitre de l'histoire humaine l'étant, inédit.
Elie-Artiste ?
Les divulgations théoriques, systémiques (Ficin, etc... puis maçonniques) en sont l'aspect extérieur, déjà excessivement fixées. Trop souvent, en ces cercles extérieurs, la nouveauté n'y est pas perçue comme telle et se voit "rabattue", repliée sur l'ancien mode d'emploi; qui s'en croit à tort revivifié. Quant aux modalités subtiles des modifications en jeu, on en trouve l'équation énoncée chez Guénon ("Formes traditionnelles et cycles cosmiques", p.135 à 137); elles s'originent au versant du soufisme donnant sur l'hermétisme. Apport, soutient, dont les Roses-Croix ont toujours bénéficié.


Permutation providentielle, entre "ciel du Soleil" et "ciel de Mercure", entre la régence d' Elie et celle de Jésus-Jean baptiste... "entrainant la même transposition dans les correspondances astrologiques des sciences qui leur sont respectivement attribuées". Guénon ensuite de distinguer, diplomatiquement, entre une médecine théurgique, science sacerdotale, et la médecine hermético-spagyrique... rejoignant ainsi la perspective proposée par l'Aesch Mézareph, "médicalement" soucieuse d'Universalité.
Manifestement H.C.A. savait roquer de la sorte sur son échiquier, ou carré magique. Via Dujols ?
Dans son Archéométrie (ou zoodiaque alchimique), il qualifie bien Jésus et Jean de "gémeaux"; ce dans un passage où le Jourdain joue le même rôle que dans l'Aesch Mezareph (cité par Charly : "le pouvoir du Jourdain ; celui-ci est comme le Jardin, la rivière du Jugement qui coule depuis le Nord.)
: non-être où Jean sacrifie Jésus en l'y plongeant. Premier sacrifice du Verbe en vue de la création du monde, dit H.C.A.

La gématrie précise : Jésus = 391 ou 386. Jean = 124 ou 129. Jésus + Jean = 515, valeur de ha yâshâr, "l'image de dieu", d'après laquelle l'homme est fait. 515 : bâssâr ehâd, "un dans la chair".
Dans les évangiles : Jean pris pour Jésus : Lc III, 15; Jn I, 20; et III, 28). Jésus pris pour Jean ressuscitté : Mt XIV,2; Mc VI, 14 et Lc IX, 8;

Mais, j'arrète là, trop risqué de résumer un tel résumé guénonien...sorry, pour retourner à la case Dürer et son époque épique.


Affranchissement des dogmes, plombés par un exotérisme croissant (Erasme, etc...) : assombrissement en phase avec celui qui envahit la face que Metatron ("Etant suprème" ?) tourne vers nous.
Prise en compte des impératifs propres aux voies apophatiques (mystique rhénane, devotio moderna) : "anéantissement" en Dieu préalable à tout cheminement vers le coeur de la Nature : "la suprème science est de ne RIEN savoir", inscrira Christian Rozenkreutz à la fin de ses Noces chymiques.
Blaise de Vigenère, par exemple, ne cessera lui aussi tout au long de ses oeuvres de circumambuler autour de ce Tohu.
Il me semble que le plus Fulcanelli des "fulcanellisables", en son dyptique encombré par les autres, ne parle (essentiellement) que de ça.

Charly citant l'aesch-mezareph : "Car le véritable Médecin des Métaux impurs ne présente pas une apparence extérieure de Richesse, mais ressemble plutôt au Tohu de la Nature Primordiale, l'abîme, la vacuité. Ce mot a un nombre égal à celui du mot Elie, soit 411. Car il est dit dans le Baba Bathra, p.71, col. 2 : la source de la Richesse (comme la Sagesse de la Nature) est donnée au lieu des Richesses".


Eugène Philalèthe, "fan" de l'admirable Montano ( du cercle de l'éditeur Plantin, des Postel, Houël and co) transposera idoinement en termes alchimiques :

"Zoroastre, y fait une obscure allusion, quand il parle de ses Iynges ou Idées, en ces mots : Nombreuses, silencieuses, dominant les mondes lumineux, Elles ont trois sommets; le pré primitif, au-dessous d'elles, s'étend.
Ce "pratum" ou prairie des idées, est un lieu bien connu des Philosophes, Flamel l'appelle leur jardin et la montagne des sept métaux, voyez à ce sujet son Sommaire où il le décrit fort intelligemment, car il fut instruit par un juif. C'est une certaine région secrète universelle. Certains la nomment "Regio Lucis" ou "région de la lumière", mais pour le Cabaliste c'est NOX CORPORIS, terme bien propre et significatif. C'est en peu de mots, le rendez-vous de tous les esprits, car c'est en cet endroit que sont incorporées les Idées descendant du monde brillant au monde obscur".

Et pour ne pas conclure, en renfort aux propositions de Charly : que le point G (pour guématrie autant que pour géométrie) est bien le symbole de cette descente de l'étoile polaire; mais polaire en ce sens qu'elle témoigne du "Soleil central de l'univers" (Schwaller, Guénon) et non plus de celui régissant notre monde. Nouveauté, liberté, aussi terrifiante que merveilleuse dont la prime descente à vocation "collective", en occident, semble avoir eut lieu dans les cénacles mentionnées.
Joel Thomas, habilement, mettra ce G en rapport avec la lettre hébraïque GIMEL, la mort... et le "chameau", auquel fait écho celui mentionné par le Christ en sa parabole : "Il est plus facile à un chameau de passer à travers le trou (oeil) de l'aiguille qu'à un riche d'entrer dans le Royaume de Dieu".

Il poursuit sur cette étoile flamboyante "symbolisant aussi le Soleil central ou Coeur du Monde, également Porte solaire, Moyeu solaire, Oeil cosmique à travers lequel l'on peut passer de ce monde au Royaume de Vie". Et de citer la tradition indoue : "Cette Personne dans le soleil (pupilla, en grec), qui est en réalité la Vérité des vérités et qui est appelée également Mort".
Plus loin, en rapport avec le symbolisme du compas, complice de celui du pentagramme : "Le point central du cercle de l'oeil symbolise quant à lui, la pupille. Un tel graphisme est aussi celui de la lettre paléo-hébraïque 'ayin qui précisemment signifie "oeil, regard" ainsi que "puits, fontaine, source".

Nox Corporis :
Alleau la qualifie de "source de toutes les énergies du Cosmos, la Fontaine de Jouvence où plongent et se régénèrent rythmiquement tous les êtres et toutes les formes de l'univers. Aussi, dit-il, loin d'inspirer à l'initié une répulsion animale instinctive, la Mort lui apparait-elle comme nécessaire à l'harmonie mystérieuse des cycles qui s'enchainent et se répondent sans fin dans l'espace et dans le temps. Sans cet intervalle essentiel à tous mouvement, l'immuable continuité des êtres et des choses les fixerait à jamais dans le plus désespérant des enfers imaginables.
(....), Le but de l'alchimie est plus haut que celui de la transmutation des métaux en or ou du rajeunissement des vieillards. C'est la connaissance des lois de la Mort et de la Résurrection, dans tous les mondes, matériels et spirituels, terrestres et célestes".

Hypothèse asine : ainsi la bonne nouvelle par excellence de cette Renaissance, ce en quoi l'alchimie se voit fondamentalement transmutée, rehaussée, exaucée "en esprit et en vérité", c'est (conséquence de cette "mort" préalable) qu'elle commence dorénavant l'ancienne "chymie" s'arrétait.
Ainsi, la nécessité d'oeuvrer au laboratoire en vue d'une Pierre ou Médecine conférant l'éveil (petits mystères), n'est plus incontournable : trop assujettie, à la merci d'un état des Lieux de plus en plus désastreux.
Lyre d'Orphée désaccordée... devenant impropre aux accords majeurs (micro-macro) articulant ce niveau de l'Opus.
Sauf exceptions confirmant la règle, bien sur. C'est marée basse certes, mais quelques flaques demeurent encore ça et là... peaux de chagrin.

Changée d'étage, réfugiée au "non-lieu", au coeur du Thyphon. Le coeur, "dans le monde mais pas du monde", soit le seul espace (du mandala qu'est un cosmos traditionnel) qui ne soit pas soumis aux "intempéries". Cosmos dont la destruction est analogue à celle du champ visée par les considérations apocalyptiques sur "ce qui reste" d'un cycle, germe de ce qui refleurira au suivant.
C'est dans ce domaine particulièrement que les étapes de l'Opus permettent, transposées canoniquement, une lecture irremplaçable de ce qui arrive à une humanité donnée, ainsi considérée comme materia prima dans l'athanor du Temps.
D'emblée : "physique de l'état d'éveil", dira Alleau.
Distinguer l'oratoire du laboratoire n'a plus aucun sens.

Pour être encore plus précis (malgré les nuées sur le sanctuaire) on peut dire, à la suite d'Henri Corbin ("paradoxes du monothéisme") que les véritables hermétismes éclosent et donnent leur plus belles fleurs à l'ombre d'une théologie négative.
"La théologie négative est présupposée justement par l'investissement de l'Etre dans tous les étants, de l'Un dans tous les multiples". Postulat dont la portée est plus facile à entrevoir dans le taoisme, par exemple; Vide (-déité-Aïn Sof) : moins encombrée par la barbe de Dieu-le-père et tout ce qui en vivotte...

Que cette alchimie soit ouvertement, inéluctablement christique relève de la même cohérence. Sylvain Matton redonne le "LA" : "Le christiannisme est l'une des rares religions pour laquelle rien de ce qui est de l'ordre du monde matèriel -nul espace, nul temps, nulle chose, nul être vivant- n'est en soi, impur".
Matière-Lumière !
Bref, la mise en relation, d'une part de voie apophatique, (christique pour la "teinture"), et, d'autre part, de cosmologie articulée sur l'hermétisme, l'agriculture céleste et la kabbale; non plus pour gravir (individuellement) l'échelle de Jacob mais pour "assister" à la redescente. Charité.

"Le reste de Jacob sera parmi les nations comme une rosée venant de YHVH".
Luz ou lapiis exilis, ce polyèdre au pied de l'échelle. Et le G de gématrie, une fois de plus de fusionner avec celui de géométrie : Knorr von Rosenroth souligne que le mot shé érith, en hébreux "reste-fin", est le renversement de ré shîth = commencement. Qu'au point de jonction de deux cycles, non-lieu de notre Nigredo, le reste (shéar, valeur 501) et la semence (zéra, valeur 177), forment les deux versants d'une même réalité, à l'instar des deux visages de Janus, et font un total de 778; valeur de "la pierre de fondement" en hébreux. De plus, 778 = valeur développée de l'arbre de vie, planté au milieu de l'eden, axe du monde.

Delobel, ami de Jollivet Castellot entre autre, précise cet épisode : "Pour obtenir le Feu secret des sages, ce feu symbolique qui n'a rien de commun avec le feu vulgaire, il ira le puiser dans l'immense Vague de vie qui sans cesse déferle, oscillante et rythmée jusqu'à l'extrème limite séparant l'Etre du Peut-être, aux bornes de ce désert où s'exerce l'activité de Mars nocturne le Précurseur". Jean-Baptiste...Lion vert.
"C'est le premier de tous les sels, ou le premier être des sels : je le nommerai après de son propre nom, connu de tout le monde ; mais que chacun prenne garde à soi ; car tout faible et petit oiseau qu'il est dans son origine, il devient un terrible dragon...
Grand fléau de tout le genre humain, mais aussi sa grande médecine, s'il tombe en des mains intelligentes et industrieuses". (Cité par Charly sur le fil "l'or comme le mal vient du nord").




Concernant le rapport AVM-pupille-Amon, que j'explorerai au prochain épisode, on peut déjà supposer que ce sigle, présent au coeur du polyèdre,"délimita" une portion de ténèbre transmutable, soit notre racine animale....Manque ou "faim colérique" de Boehme... (Sa représentation çi-dessous provient de l'excellent blog de Zanoni).

Le stade antérieur, pentagonal, de l'étoile, en rapport avec la dangerosité du Lion Vert, "fruit vert et acerbe" contenant "le germe latent d'une énergie réelle, appellée plus tard à se développer", nous dit Fulcanelli; "Imperfection actuelle d'où sortira la plus grande perfection future"; se voit, dans sa dimension "archétypique" non limitée par l'athanor, particulièrement bien décrit par la tradition tantrique indoue.

"Dans l'Embryon d'or (Hiranyagarbha cher au Guénon hermétiste), le corps subtil de l'univers, brille une lumière. Dans la nuit du temps, l'état de dissolution de l'univers, cette lumière apparait comme une étoile révélant l'existence du monde subtil et le moyen de l'atteindre. C'est cette lumière ou énergie de l'Embryon d'or qui est appelée l'étoile Târâ".
"Au début, incité par la faim, l'Embryon d'or était terrible mais il se calma quand il eut trouvé sa nourriture."

L'aspect paisible de cet Embryon, identifié au principe solaire est appelé Shiva; sa réprésentation visible a cinq visage et en lui les seizes degrés de l'être total sont complètement développés.
La même tradition considère que le reste, shesha en sanscrit, ce serpent sur lequel en fin de cycle repose le Créateur endormi; reste d'une manifestation alors repliée sur elle-même et flottante sur l'abime des eaux correspond, à un niveau microcosmique à la Kundalini.

Plus près de chez nous, des coulisses d'où sans doute sortit notre melencolia, K. von Rosenroth encore : "Tibbur (ombilic en hébreux), est la Shekinah en tant qu'elle est cachée; c'est aussi Yod, et c'est le point à partir duquel le monde a son fondement. Tibbur, soit le milieu-de-la-terre".
En écho, Emmanueli précise qu'en sanscrit, la racine TR deTârâ concerne l'étoile polaire; la lumière qui, dans la pupille de l'oeil, guide; ce qui est très haut, en montant au Nord.
Que le mantra de Târâ est OM, qu'il s'élève à partir des entrailles....
De la Vierge ?



Après cet intermède exotique, revenons-en à Nuremberg.
D. Arasse, inquisiteur es-beaux arts, nous apprend dans son beau livre sur l'Annonciation, qu'un des principaux soucis des "inventeurs" de la perspective était de partager avec les moins qualifiés en subtilité, donc de manière "concrète", des Mystères chrétiens qui n'étaient jusqu'alors "perceptibles" qu'en mode imaginal. Pédagogie...pavée de bonnes intentions.
A ce propos le cas de Dürer est emblématique de l'ambiguïté du "dévoiler-revoiler" propre à ce moment de notre méta-histoire ; car ses efforts artistiques s'inscrivent néanmoins dans une optique "perspectiviste" (tous azimuth = linéarité spacio-temporelle visant des buts matérialistes) qui sera l'architectonique (discrète) du point de vue profane... et profanateur des Modernes. L'ancien cosmos, où l'organique et le métaphysique consonnaient, devient, mis à plat.... le terrain d'application d'une mise en ordre (au pas...) où géométrie et "mental" font la paire.
Peu étonnant du coup, que dans l'atelier-même de Dürer, on rencontre les frères Bentham (cités plus haut sur ce fil), à la fois auteurs de chefs d'oeuvre hermétiques et... initiateurs de la porno-graphie. Dernier exploit qui leur valut d'etre bannis de Nuremberg, etc...
Marcel Duchamp en a bien saisi le pourquoi en son "Etant donné" qui, exagérant ironiquement une des images clefs ("pédagogique") données par Dürer dans son traité des proportions, révèle un point de fuite... des plus gynécologiques. La veine libertine se poursuivra sur une corde raide : B. de Verville, C. de Bergerac, Swift, etc...

Donc : "Ouvrir Vénus" !.... titre d'un indispensable ouvrage sur une pulsion activée à la Renaissance, catalogué "histoire de l'art", et qui à mes yeux d'asin en dit long sur l'amorce de la nigredo collective en cours. Plus modestement, les "souffleurs" y verront illustrée leur propension favorite...

Adaptation-compensation, rendue nécessaire du fait du "désenchantement" (ou solidification) du monde, dont les prémisses apparaissaient alors clairement à ceux qui avaient les yeux en face des trous. Monde où l'antique jeux des "correspondances" et donc des voies posées dessus ne pourrait plus avoir Lieu. Fin du, des cosmos...
L'immanence, ses clins d'oeil continuels, en miroir, vers la transcendance, n'est dès lors plus perceptible qu'en filigranne; sous le "béton" qui recouvre notre Sol et... nos coeurs. La carte, telle que rêvée, ordonnée à la Renaissance, est facheusement devenue le territoire... de Big Brother !

On observe que cette ré-adaptation n'est pas propre à l'occident, (même si son planning connait quelques différences dues aux contextes de départ), ainsi le tantrisme indoux en propose une version plus lisible, l'ésotérisme n'y étant pas en conflit avec la Lettre... vaticane ou scientiste. J'y recourerai donc encore pour éclaicir certains points soulignés par notre melencolia.

Ainsi, en regard du "désenchantement" mentionné précedemment, le tantrisme révèle qu'à présent "le rôle du Lieu Sacré, à mesure de l'avance dans le Kali-Yuga, tend à ne plus pouvoir être que le corps du Pélerin"; (rapporté par J.Emmanuelli, in "propos sur le tantra").
L'indication peut sembler anodine, en tout cas peu relevée et prise en compte chez nos ésotérisants, mais cette réduction drastique des Templum possibles est des plus parlantes. Y fait écho, la plainte fréquente chez les alchimistes actuels sur la dégradation, incapacitante, des conditions (pollution des "météores") permettant d'oeuvrer... Sans parler, que si l'on a encore droit de juger un arbre à ses fruits, la plupart des anciennes voies initiatiques (d'ici et d'ailleurs) mise sur le marché, ne donne pas grand chose... hormis de navrantes prétentions.

On notera, en passant, que de nos jours cette résorption du sacré dans le seul corps sera surtout perçue, creusée, explorée tant bien que mal, par des êtres éloignés de toutes appartenances "initiatiques" : Nietsche, Artaud, J.Bousquet, Van Gogh, F.Bacon, etc...
Décidemment l'Esprit souffle où il veut.

J'espère que la promenade vous a plu, et que comme moi vous n'avez rien compris... mais "goûté"d'un peu de Tout.

Cordialement
aliboron.

PS :

Au fait, à propos de fruit, cher Charly, il me semble que ce qui t'as paru (gravure de Dürer sur St Jérome) être un coing géant... appartienne plutôt à la famille des cucurbitacées, chère à un autre artiste de l'époque : Crivelli. Depuis le moyen-age, la courge renvoyant sans hésitation au Livre de Jonas.


Et Jonas sortit de la ville, et s'assit à l'orient de la ville, Là il se fit une cabane, et s'y tint à l'ombre, jusqu'à ce qu'il vît ce qui arriverait dans la ville.
4.6
L'Éternel Dieu fit croître un kikaion, qui s'éleva au-dessus de Jonas, pour donner de l'ombre sur sa tête et pour lui ôter son irritation. Jonas éprouva une grande joie à cause de ce kikaion.
4.7
Mais le lendemain, à l'aurore, Dieu fit venir un ver qui piqua le kikaion, et le kikaion sécha.
4.8
Au lever du soleil, Dieu fit souffler un vent chaud d'orient, et le soleil frappa la tête de Jonas, au point qu'il tomba en défaillance. Il demanda la mort, et dit: La mort m'est préférable à la vie.
4.9
Dieu dit à Jonas: Fais-tu bien de t'irriter à cause du kikaion? Il répondit: Je fais bien de m'irriter jusqu'à la mort.
4.10
Et l'Éternel dit: Tu as pitié du kikaion qui ne t'a coûté aucune peine et que tu n'as pas fait croître, qui est né dans une nuit et qui a péri dans une nuit.
4.11
Et moi, je n'aurais pas pitié de Ninive, la grande ville, dans laquelle se trouvent plus de cent vingt mille hommes qui ne savent pas distinguer leur droite de leur gauche, et des animaux en grand nombre!

--- Les septantes ont traduit le terme hebreux KIKAION par courge, et Jérome par lierre...ce qui décontenança quelques chrétiens. (Une plante qui pousse rapidement, donne de l'ombre, mais qui se fane" très vite; bref, caniculaire à souhait).
On peut supposer que Dürer, ce gravant, nous indiqua où en était la traduction de sa Vulgate.... L'irritation de Jonas est, en outre de la même famille que celle affligeant la plupart des personnages bibliques convoqués par l'Aesch-Mezareph.

--- A l'attention de Laposse :

Le Christ déclara qu'aux générations impies qui suivront, le seul SIGNE donné sera celui de Jonas.

Signe ou merveille-miracle; se dit Pélé en hébreux. Constitué des trois même lettres qu'Aleph, il a la même valeur numérique de 111. Il évoque en outre la triple expansion de l'Unité dans les trois degrès du monde créé.
J. Thomas remarque qu'on peut citer à ce propos le psaume LXXXIX, 6 : "Le ciel louera Ton Pélé (Ta merveille)" et rapprocher ce passage d'Isaï IX, 5 où il est écrit au sujet de "l'enfant qui nous est né" que son nom est Pélé.
Pélé est donc un des noms du Messie.
Que Dürer mette des ailes à cet enfant (pupilla) "céleste", à cet Aïon dirait Héraclite, ne me parait pas problématique.
avatar
aliboron

Nombre de messages : 208
Age : 60
Date d'inscription : 15/07/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: Melencolia I (Albrecht Dürer)

Message  Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Page 1 sur 7 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7  Suivant

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum