Melencolia I (Albrecht Dürer)

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Re: Melencolia I (Albrecht Dürer)

Message  Calcédoine le Dim 14 Nov 2010, 15:30

Bonjour,

Remettons en parallèle deux mélancolies : celle d'Albrecht Dürer (1514) et celle de Lucas Cranach (1532). Observons de curieuses similitudes.



Certes, Cranach a pu s'inspirer de l'œuvre de Dürer, antérieure de 18 ans. Mais il ne s'agit pourtant pas d'une copie. Néanmoins, sur chacune, il y a un "ange", de taille similaire, occupant la même zone du tableau; l'un comme l'autre sont occupés avec une pointe (pique pour l'un, compas pour l'autre). Dans les deux cas, l'arrière plan éloigné occupe le coin supérieur gauche de l'œuvre, l'un comme l'autre représentent des paysages avec, des prodiges dans le ciel. A l'interface entre l'avant-plan et l'arrière plan, il y a chez chacun un objet qui symboliquement, effectue la jonction entre le ciel et la terre (balançoire suspendue aux nuages chez Cranach, échelle chez Dürer). Plus étonnants, mais flagrants, ce sont, chez l'un comme chez l'autre, une sphère au sol, et un lévrier couché.

Il y a là trop de coïncidences pour qu'on élude la question d'une symbolique identique. Que signifient ces symboles ? Je n'ai malheureusement pas l'érudition suffisante pour décoder la symbolique en vigueur au début du XVIème siècle, sinon que le Grand chien peut symboliser Sirius (étoile capitale dans la tradition égyptienne,sous le nom de Sothis), et qu'une sphère représente une planète. Par contre j'ai trouvé quelques textes relatifs à l'œuvre de Cranach qui pourraient nous éclairer, même si plusieurs commentateurs semblent s'être partiellement copiés les uns les autres :
La mélancolie (1532) de Lucas Cranach nous ouvre les portes de la tentation.
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Contrairement aux premières apparences, la dame, habillée de rouge, qui nous regarde fixement ne souhaite qu'une chose : que la mélancolie nous habite, et la mélancolie c'est le diable. A l'arrière plan du tableau, on découvre d'ailleurs un sabbat de sorcière. Au moyen-âge, le lien est établi entre les planètes et les humeurs et notamment entre Saturne et la Mélancolie, celle qui inspire les artistes, appelée à cette époque « enfants de Saturne ».
Et Saturne, c'est aussi le diable.
.
Ce tableau regroupe des évocations du monde d'hier et celui qui s'ouvre aux artistes. La religion, toujours présente, côtoie des représentations plus banales et plus en relation avec la vie et les préoccupations de l'époque : un chien, une table, des perdrix, une sphère forment un décor surprenant et tellement familier.
.
Cranach se libère dans cette œuvre de toutes les conventions habituelles et ouvre le champ à d'autres réflexions et thématiques que la renaissance va apporter aux peintres : la philosophie, l'observation et la rêverie remplacent peu à peu la religion comme source d'inspiration.
Musée d'Unterlinden Colmar.
"Mélancolie : génie et folie en Occident" a écrit:
.
Dans son tableau Mélancolie
, Lucas Crabach nous entraîne vers Satan. La dame ailée habillée de rouge lance un regard séducteur au spectateur, tandis que dans la nuée représentée à l'arrière-plan du tableau, un sabbat de sorcières se déroule. La belle dame est une sorcière qui attire vers le péché, donc vers la mélancolie. Et la mélancolie, c'est le Diable.L'astrologie médiévale établit un lien entre les planètes et les humeurs, en particulier entre Saturne et la bile noire. Tous les êtres déchus ou marginaux de la société, notamment les artistes, sont regroupés sous le nom d'« enfants de Saturne ».
Bref, à en croire les analystes, la mélancolie était une mode, un sentiment répandu à l'époque, et il n'y aurait pas spécialement d'autre symbolisme à y trouver. Quant à vouloir voir dans ces peintures un appel démoniaque, n'est-ce pas un point de vue un peu... étrange ?

Et aussi :
Like a Star @ heaven http://www.herreros.com.ar/melanco/parisresum.htm
Like a Star @ heaven http://ebooks.unibuc.ro/filologie/melancolie/2-6.htm

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Re: Melencolia I (Albrecht Dürer)

Message  Charly Alverda le Dim 14 Nov 2010, 20:08

Bonjour

Je crois que pour ces deux oeuvres l'influence ficinienne est première tant celle-ci fut grande en Europe, voici une de mes présentations de cet homme singulier :

il est extraordinaire que Marsile Ficin qui fit connaître à l’occident les oeuvres de Platon, Jamblique, Porphyre, Proclus et le légendaire Hermès Trismégiste, qui influença profondément les savants, hommes de lettres, musiciens, astronomes et mystiques, extraordinaire donc, que le chef de l’Académie platonicienne ne soit aussi connu que Platon et Aristote. La raison majeure de cette infortune réside dans l’intolérance extrême dont fit preuve un clergé ne pouvant accepter l’exigence de vérité du florentin pour qui, si celle-ci est une, autorisait à la rechercher chez tout homme et dans toutes religions.

On sait que Cosme de Médicis ayant acheté les manuscrits attribués à Hermés, fit traduire ceux-ci par Ficin ajournant le projet initial de sa traduction de Platon. Cela fut d’une conséquence incalculable, en premier pour notre philosophe, l’immensité du nouveau-monde (analogique) qu’il découvrait dans le corpus hermétique l’inquiéta sérieusement : il “ savait “ que son corps de chair était lié à la terre, son âme immortelle, et son esprit animé par les astres; né sous le signe du Verseau il se vit “ enfant de Saturne “ et craignit donc que sa nouvelle sensibilité renforçât le rôle néfaste attribué à Saturne. Il se confia à son ami Cavalcanti qui estimait que la plus haute des planètes était la source de la plus haute créativité et l’exhorta à mieux considérer les choses, ce qu’il fit heureusement.

Selon Ficin “La mélancolie vient de Saturne, mais elle est en fait un don unique et divin, pour la raison même que Saturne, outre qu'il est la plus haute et la plus puissante des planètes, est aussi la plus noble. C'est Saturne qui guide l'esprit vers la contemplation des choses supérieures et secrètes ”, la géométrie science divine fut placée sous la protection du dieu et de la planète. Ficin fut le premier à assimiler la mélancolie des hommes de génie à la ”fureur divine” de Platon, il redécouvrit ainsi l'antique idée, selon laquelle l'homme de génie est mélancolique et associa Génie, Saturne et Mélancolie.

Le moment-clef de cet épisode de la vie de Ficin me semble magnifiquement traduit dans la gravure de Durer appelée ( à tort ) Melencolia. Il a vraisemblablement représenté l’ange de la planète Saturne : Tsaphkiel dans la terminologie de la "philosophie occulte" propre à l'époque.

C'est encore une déclinaison de cette “fureur divine” que l'on voit chez Cranach, on voit ici les sangliers que l’on appelait les "bêtes noires" comme premiers symboles de la chasse diabolique : la menée Hennequin.

ETHNOLOGIE
La mesnie Hennequin, ou menée Hennequin, c'est l'entourage du seigneur de l'autre monde qui fait parfois irruption dans le notre. Cette légende était omniprésente au Moyen-Age. La mesnie Hennequin se rencontrait la nuit et entraînait, ou menaçait d'entraîner avec elle celui qu'elle avait croisé. Elle l'entraînait soit par violence, soit par fascination : dans certaines légendes, on dit que celui a croisé la mesnie Hennequin est à jamais nostalgique des belles musiques qu'il a entendues. Mais, dans la majorité des cas, la musique est un tintamarre démentiel et la mesnie un cortège de fantômes ou une chasse sauvage qui passe à toute allure au-dessus des têtes. C'est donc une sorte d'enfer en déplacement, qui serait situé dans les airs au lieu d'être situé sous terre. La mesnie (= maisonnée) Hennequin est si souvent liée à l'idée de déplacement, qu'on l'appelle parfois aussi la menée (= cortège) Hennequin.

@ http://badonpierre.free.fr/salmpierre/tome1o.html

Cette chasse infernale a capturé un seigneur hébété par ses visions, il est soutenu sur un cheval d’apocalypse (?) par le bâton fourchu d’un diable. Cette “mesnie” est en arrière-plan comme la comète de Durer, et un putti s’en balance littéralement ! sa balançoire analogue à l’échelle est ancrée plus haut que les illusions d’un autre monde. Cranach comme Durer joue avec la perspective sur les notions intérieur/extérieur, haut et bas, les ombres des 3 putti prouvent qu’ils sont dans une autre dimension que le 4è qu’ils sont censés balancer au-dessus d’un chêne et me paraissent plutôt inquiets.

Dürer :

“L´erreur est dans la perception, l´obscurité étant si grande au fond de nous que notre tentative est déjà vouée à l´échec. »

«Regarde attentivement la nature, dirige-toi d'après elle et ne t'en écarte pas, t'imaginant que tu trouveras mieux par toi-même. Ce serait une illusion; l'art est vraiment caché dans la nature; celui qui peut l'en tirer le possédera. Plus la forme de ton œuvre est semblable à la forme vivante, plus ton oeuvre parait bonne. Cela est certain. N'aie donc jamais la pensée de faire quelque chose de meilleur que ce que Dieu a fait, car ta puissance est un pur néant en face de l'activité créatrice de Dieu... Aucun homme ne peut exécuter une belle figure en ne consultant que son imagination, à moins qu'il n’ait peuplé sa mémoire d'une multitude de souvenirs. L'art cesse d'être uniquement le produit du sentiment individuel; transmis et appris, il se féconde lui-même. »

Dans le tableau de Cranach, l’ange n’évoque plus Tsaphkiel et la lourdeur saturnienne, grise (plombée), mais la féminité source de vie, elle a une fort belle bourse ronde à craquer. La dualité génératrice de vie se manifeste par deux perdrix, puis par deux coupes posées sur le quaternaire d’une table jaune reposant sur des pieds terminés en spirales par le symbole de la quintessence. Ces pieds de table ont vraisemblablement les 16 marques visibles sur les deux pieds chaussés de l’ange. Enfin la boule grise et la chienne couchée en rond dont la queue souligne également une spirale se répondent comme attributs saturniens et symboles de fécondité.

Reprenons ces éléments, les deux perdrix : Dans la Grèce antique, la perdrix était consacrée à Aphrodite, et lors des danses de printemps les danseurs imitaient la danse de la perdrix mâle simulant une claudication, rappelant celle d’Héphaïstos, l’époux d’Aphrodite. Par la curieuse position du pied gauche notre ange est peut-être boiteux.

La coupe est remplie de raisins et d’autres fruits d’automne, ce qui nous ramène au temps de la chasse terrestre et de la récolte, productions de la Mère-terre.

La couronne de verdure (printemps végétatif) de l’ange n’est pas sans évoquer une couronne d’épines, toute vie est sacrifice de la substance par l’essence. Le bâton taillé par le couteau, très effilé, renforce l’allusion, il y a 12 copeaux à terre.
L’ange (très) féminin à la lance de bois renvoie à l’homme armé sur le haut de la coupe, à Saint Michel sans doute terrassant le dragon céleste du haut du tableau, mais aussi à Arès et Aphrodite ou Mars et Vénus et à l’union des “contraires de même nature”.

Je note dans la partie haute du tableau à gauche, une curieuse vache cosmique portant un couple sous une pluie... mercurielle ? Je n'ai pas saisi la valeur du chemin fortifié en bas et de l’abbaye (?) elle aussi fortifiée en haut, un paradis terrestre ?

En conclusion (très provisoire !) je suggère que le peintre a opposé au surnaturel illusoire terne et angoissant de la religion du moyen-âge la source de créativité de la Nature naturante, véritable mère, suffisante par l’enseignement de son sacrifice incessant et ses dons inépuisables au besoin de vie et de couleurs de tout être humain dénué d’avidité et aussi simple qu’elle.

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/6/6b/Cranach,_Lucas_d._%C3%84._-_Die_Melancholie_-_1532.jpg

Cordialement,

C...a

P. S. Il y a dans un ouvrage alchimique cette phrase :
“De Saturne il naît et lui fait la meule de moulin, il n'y a pas plus secret que celui-ci : Le secret est dans Saturne, parce que dans le Soleil nous ne trouvons pas la perfection qui existe dans Saturne” (Isaac le Hollandais)


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Re: Melencolia I (Albrecht Dürer)

Message  Charly Alverda le Dim 14 Nov 2010, 23:03

Après avoir étudié le tableau en gros plan, j'ai été stupéfait de le revoir avec recul ! Stupéfait de constater à quel point j'étais encore imprégné de notre "naturalisme" ambiant, je l'avais regardé comme une synthèse de Dali et de Magritte, un peu comme çà ! :


René Magritte : La condition humaine

La clef de lecture du Cranach m'apparaît brusquement être dans la fragilité extrême de l'équilibre de la vie humaine et de la nature (naturée). L'existence humaine, si provisoire - parce que tout ce qui naît meurt, est soutenue par le balancier éternel de la Vie, éternel parce que non-né.
Il est incroyable que la boule ne roule pas sur la chienne, que la table - cependant si stable par son assise - et son contenu ne glisse pas sur elle, que les perdrix restent sur leurs pattes. La position du pied gauche de l'Ange de la Vie s'explique par cet "équilibre de justesse". Les deux énormes rochers symboles de la pérennité de l'assise des fortifications sont eux-mêmes en déséquilibre. Voilà je pense la raison de l'amplitude extrême de la balançoire formée par la double corde du support de la Vie tri-Une.

Qu'en pensez-vous ?


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Re: Melencolia I (Albrecht Dürer)

Message  Calcédoine le Lun 15 Nov 2010, 22:52

Donc, ce que nous montrent tant Cranach que Dürer par leurs "Mélancolies" respectives, ne serait autre que Saturne, la plus haute, la plus puissante, la plus noble des planètes. "Planète" étant entendu non au sens astronomique, mais astrologique et mythologique. Saturne, en grec CheminCroisé Kronos (sans 'h'), fils d'Ouranos (le Ciel) et Gaïa (la Terre), selon Homère et Hésiode. Ce dieu prolifique engendra de nombreux enfants, dont peut-être les quatre bambins peints par Cranach.

Et Saturne, en tant que divinité, protégerait la Géométrie, vue comme une science divine, et guiderait vers elle, et à travers elle (et au-delà) "l'esprit vers la contemplation des choses supérieures et secrètes".

La Géométrie, voie initiatique ?
La Mélancolie, voie initiatique ?

Étrange d'associer ce sentiment mélancolique au génie…
Étrange d'associer la géométrie, structurante, et la mélancolie, déstructurante…

Le dictionnaire nous apprend que la mélancolie, qui vient effectivement du grec et évoque la peu ragoutante "bile noire", dont le dérèglement provoque un état de tristesse vague, de dégoût de la vie. En psychiatrie, c'est une dépression intense caractérisée par un ralentissement psychomoteur, et constituant l'une des phases de la psychose maniaco-dépressive; mais ne nous laissons pas piéger par le sens moderne du mot, à cause des glissements de sens survenant au cours des siècles. Quoiqu'il existe un rapport évident entre le sens ancien et le sens moderne.

Sauf si on considère que la mélancolie puisse être une forme de "déstabilisation" : dégoût de la vie, sentiment d'insatisfaction sans qu'on puisse mettre le doigt sur une cause précise, coup de déprime…

Or, l'insatisfaction est un facteur moteur qui pousse à rechercher un mieux. A moins de se complaire dans une stagnation morbide, la prise de conscience d'un mal-être est le point de départ d'un changement, changement de point de vue, changement d'orientation de vie.

La mélancolie peut être le révélateur d'une vie insatisfaisante face à une aspiration à "autre chose". Et dans ce processus initiatique (déstructuration / restructuration), la Géométrie, la science de la mesure du Monde, offre la possibilité de se reconstruire. En ce sens, j'appuie Charly lorsqu'il souligne, dans le tableau de Cranach, les rochers en déséquilibre, la balançoire en oscillation extrême, la table stable malgré un plancher apparemment étrangement incliné, la boule (planète ?) grise (de plomb ? saturnienne ?) qui semble vouloir rouler vers le spectateur… Toute la peinture respire l'instabilité, alors que la gravure correspondante de Dürer nous parle de mesure, d'ordre, de volumes.

- - - - -

Détail secondaire :
Charly Alverda a écrit:Il a vraisemblablement représenté l’ange de la planète Saturne : Tsaphkiel dans la terminologie de la "philosophie occulte" propre à l'époque.
Tsaphkiel ? Le chef de file de la hiérarchie des Trônes ? Et pourquoi pas plutôt CheminCroisé Nith-Haiah ?

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Re: Melencolia I (Albrecht Dürer)

Message  Charly Alverda le Mar 16 Nov 2010, 10:10

Bonjour

Calcédoine a écrit:La Géométrie, voie initiatique ?
La Mélancolie, voie initiatique ?
.
Étrange d'associer ce sentiment mélancolique au génie…
En fait non, il faut se souvenir qu’en ces temps on était condamné à mort pour la possession d’une bible à domicile, pour la principale raison que la lecture solitaire favorisait l’introspection et la liberté d’interprétation.

Quant à la géométrie, depuis Giorgi, le “frère cabaliste de Venise”, et son De Harmonia Mundi, elle est la science du “grand architecte de l’univers“. Géométrie et architecture sont les sciences reines de la Renaissance.

“Toute la peinture respire l'instabilité, alors que la gravure correspondante de Dürer nous parle de mesure, d'ordre, de volumes.“

Nous “parle” seulement du projet de l’ange d’une mise en ordre, car la gravure nous propose un bric à brac incroyable. Il ne faut pas oublier que Dürer n’offrait jamais cette gravure seule à ses amis, mais toujours accompagné de son Saint Jérôme dont la composition évoque l’ordre et la sérénité :



“Tsaphkiel ? Le chef de file de la hiérarchie des Trônes ? Et pourquoi pas plutôt Nith-Haiah ?“

Pourquoi pas ? (sourire !), disons qu’à cette époque, la kabbale chrétienne issue d’une interprétation de la juive (Pic, Giorgi, Reuchlin...) considérait qu’jouter le suffixe “el” à n’importe quel nom chargeait celui-ci de puissance.

Cordialement,

C...a

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Re: Melencolia I (Albrecht Dürer)

Message  Henri Schersch le Mar 16 Nov 2010, 14:13

Bonjour à tous. Voici à titre de complément :

Saturne était primitivement une divinité agraire et comptait parmi ses attributions le mesurage des terres. Quand par confusion avec le dieu Cronos, il se mit à représenter le temps (Roscher et Pauly-Wissowa), il garda le compas comme un souvenir de cette fonction.

Le moyen âge avait associé les 7 arts libéraux (grammaire, rhétorique, dialectique, arithmétique, géométrie, musique et astronomie) aux 7 planètes astrologiques. Il avait attribué à Saturne, la géométrie. Saturne, primitivement un dieu agraire, était chargé du mesurage des terres (géo-metria). Par la suite, il devint le père des mélancoliques.

On remarquera que dans la "Melencolia I " de Dürer, on y voit tous les instruments du charpentier : marteau, pince, rabot, clous, règle; tous les instruments de mesure : balance, sablier, cloche, échelle; tous les symboles de la géométrie : compas, polyèdre, sphère. La science des nombres y est représentée par un carré magique et l'alchimie par un creuset. Sans doute les instruments du charpentier se trouvent-ils là, parce que les charpentiers figuraient parmi les enfants de Saturne (Panofsky, Dürer, I, P.167). Tous leurs instruments y compris leurs longs clous, sont devenus des attributs de la mélancolie personnifiée. Il n'est pas moins certain que les instruments de la géométrie font allusion au rôle de Saturne-géomètre. Leur choix et leur association avec d'autres instruments des sciences suggèrent que la mélancolie, son goût du silence et de la solitude, appartiennent en propre à la recherche de l'inconnu, à la quête de la pierre philosophale et à l'extraction de la quintessence. La profonde méditation où se trouve plongée la Mélancolie dans cette œuvre admirable le dit assez et la clef qu'elle tient pendue à sa ceinture en est une autre image parlante.

Dans la gravure de Dürer "Melencolia I" et dans le tableau de Lucas Cranach le Vieux "La Mélancolie" (1528), on retrouve la Mélancolie accompagnée d'un chien. Suivant Horapollon, le chien est le symbole de la rate soumise à l'influence de Saturne et déterminant l'humeur mélancolique. Pour Piero Valeriano, Le chien, gardien par nature, est l'image de Saturne, dieu qui préside à la garde du ciel et des astres. Or Saturne est le père des mélancoliques. (Sources : Attributs et symboles dans l'art profane par Guy de Tervarent)

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Re: Melencolia I (Albrecht Dürer)

Message  Henri Schersch le Sam 08 Jan 2011, 18:02

Bonjour. Mes recherches ont amené à ma connaissance ce commentaire au sujet de la Melencolia de Dürer :

Les néoplatoniciens de Florence vantaient la «bile noire» du tempérament dit saturnien – mélancolique comme une disposition propre à stimuler les traits de génie et une connaissance profonde de soi. Le creuset (crucibile), qu'on voit en bordure gauche de cette œuvre de Dürer, symbolise la voie christologique de la purification; on en parcourt les étapes jusqu'à l'apothéose finale à l'aide de la Trinité qui se compose d'esprit très subtil (icosaèdre : quintessence), d'un corps pur (l'agneau), et d'une âme immaculée (la boule blanche) en passant par l'échelle à sept marches de la sublimation. Le quadrangle fait de signes numériques au-dessus de l'ange sert à focaliser l'influx propitiatoire de Jupiter.

Alchimie & Mystique – Le Musée hermétique (Alexander Roob), Taschen, 1997, p.203

Par certains côtés, ce texte me paraît un peu suspect, notamment par la désignation de symboles qui représenteraient ceci ou cela. Ce qui me laisse dubitatif quant à sa pertinence. Par contre, j'y vois aussi quelques indications intéressantes, comme cette idée de bile noire du caractère jupitérien propice "à stimuler les traits de génie et une connaissance profonde de soi."
De nos jours, peut-être n'appellerait-on plus cet état "mélancolie", mais "méditation" ?
Les temps changent, les gens changent, le vocabulaire aussi.

Par contre, cette bile noire ressemble aussi à une impureté dont il y a lieu de se défaire.
En alchimie opérative, on s'en débarrasse au hammam (allégoriquement, bien sûr), si l'on en croit l'interprétation que le même auteur fait d'une des illustrations extraites de l'Atalanta fugiens de Michael Maïer (emblème n°28) :

On voit ici le roi Duenech (nom qu'on donne au vitriol vert des alchimistes : la matière à l'état brut), dans un «balneum», c'est-à-dire dans un bain-marie. Il y prend un «bain de vapeur» qui le libérera de la «bile noire», les «déchets saturniens». Ce processus dure le temps qu'il faut «pour que la peau se fendille et prenne une couleur rouge».

Alchimie & Mystique – Le Musée hermétique (Alexander Roob), Taschen, 1997, p.161




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Re: Melencolia I (Albrecht Dürer)

Message  Logos le Ven 08 Avr 2011, 10:01

A propos du 34 relevé par Laposse :

"La somme des nombres inscrits dans chaque case est toujours égale à 34, quel que soit le sens dans lequel l’addition est faite : horizontal, vertical, ou en diagonale. Ce carré se divise en quatre carrés de quatre cases : le total des nombres de chaque carré fait encore 34. Au total, on trouve 22 fois le nombre 34, lequel peut se lire 3 + 4. Le nombre 7 est celui de la maîtrise, celui où la Terre s’ouvre à la lumière du Ciel (raison pour laquelle l’échelle a sept barreaux). Le nombre 7 est bien le nombre clef : le carré magique comprend 16 cases : 6+1.
22 : 7 = 3,14116 = Pi, nombre permettant de passer du carré au cercle, soit, pour nous, de l’équerre au compas, le chiffre qui résout le problème de la quadrature du cercle. Les deux volumes qui figurent au centre de la composition sont précisément l’hexaèdre et la sphère. L’hexaèdre est un polyèdre à six faces en forme de pentagone : il contient le secret du passage du cube à la sphère. On notera sans surprise que 6+1 correspond à la batterie du Maître Secret. Ce rapprochement n’a rien d’artificiel, car, en fait, c’est tout le cycle de la quête de la Connaissance que peut figurer cette gravure"

Le Pilote de l'Onde vive a écrit:Je me persuade que celui qui a inventé la Quadrature du Cercle, a entendu parler de la Quadrature des Eléments : Et comme ils sont toujours en guerre, il a voulu dire que le Philosophe qui trouvera le moyen de les unir et mettre d’accord, en sorte qu’ils puissent tous quatre exister dans un sujet, sans que le chaud surmonte le froid, et le froid le chaud : le sec l’humide, et l’humide le sec, comme ils sont dans cette figure, pourra certainement dire avoir trouvé la véritable Quadrature du Cercle...


Anecdotiquement, le graphisme de Pi évoque une Arche.
D'autre part, ce nombre est lié au nombre d'or, qui peut s'écrire :



Abîme radicale ? D'autant que l'opération racine carrée étant inverse d'une élévation à la puissance, on pourrait l'assimiler à une descente ?

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Re: Melencolia I (Albrecht Dürer)

Message  Logos le Sam 09 Avr 2011, 14:07

En fait le truc avec Pi avait déjà été traité par Aliboron...
Ailleurs il dit :

Aliboron a écrit:Et, tenant compte de ces nombres qui se suivent , repartis en "croix" sur chaque moitié du carré, on voit encore mieux que ces deux moitiés sont en miroir... L'axe reliant le 1 au 2 a son reflet inversé en face dans celui reliant le 4 au 3, etc...
Ainsi, ces deux rectangles ou "colonnes" de nombres.... s'articulent chacune sur des croisements internes...de façon voisine de l'enéagramme tel que mis en branle par Alphegas.
On a de chaque coté un rectangle constitué chacun de deux carrés totalisant 34; soit une croix delimitant 4 carrés de 34.
Bon, je sais que Laposse va trouver tout ça "normal", mais moi ça m'éclate cette... norme !

(Lima de Freitas a consacré un beau livre sur ce thème "515, le lieu du miroir"; et on pourra compléter ses réflexions par celles, vertigineuses, fournies par Jean Canteins in "l'ange du retournement").

La présence symbolique du miroir et du 11 (5+1+5) permettrait-elle de rapprocher la Melencolie de Dürer du 515 ?
Un article intitulé CheminCroisé "Dante et l'énigme du 515" évoque la possibilité, à partir de l'ésotérisme islamique, que ce nombre soit en rapport direct avec la lettre WAW, qui participe de la perfection liée au fait qu'elle correspond au premier nombre parfait, qui est Six.

Lettre de la conjonction et qui provient d'un idéogramme du Sinaï qui est un crochet en forme de Y.
D'autant que l'on retrouve des clous dans la gravure...

Un extrait du document :

Comme l'avait relevé René Guénon, le 515 s'oppose au 666 comme le Christ à l'Antéchrist. Mais si l'on accepte l'idée selon laquelle le 515 désigne le wâw, tout s'éclaire : le wâw est en effet un symbole du Verbe, et peut donc s'appliquer au Christ. Et, étant donné le contexte, le Christ dont il s'agit ici est évidemment le Christ de la seconde venue, celui qui est également attendu par les musulmans. C'est ce 515, ce messo di Dio, c'est-à-dire exactement cet « Envoyé de Dieu », en islam rasûl, terme qui s'applique parfaitement à `Isâ (Jésus), qui vaincra le 666. C'est nous semble-t-il à cette victoire du Christ de la seconde venue, Sceau de la Sainteté universelle, établissant sur Terre le règne de l'Esprit, qui est la véritable signification de l'Empire tel que l'entendait Dante, qu'il est fait allusion dans ce dernier chant du Purgatoire.

Quelques autres réflexions :
- sur le 5 dont l'importance ici a été évoquée : "Regardez ce nombre : il y a un demi carré et un demi cercle en opposition l'un avec l'autre, chacun cherchant sa complétude avec un élément géométrique différent. C'est la fameuse recherche de la quadrature du cercle, à savoir la communion du carré et du cercle"
- en liant ce nombre à Saturne (hiéroglyphiquement), le 515 ne dessine-t-il pas un Janus Bifrons ?
- le Sepher Jetzirah donne, pour le nombre 515, l'interprétation suivante: "Les dix Séphiroth sont comme les doigts de la mains, au nombre de dix, et cinq contre cinq; mais au milieu d'elles est l'alliance de l'unité."
- selon Lima de Freitas, c'est le chiffre du Paraclet.
- 515 est considéré comme la clé du passage et le chiffre pontifical, permettant la «conversion» et le retour au Paradis.

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Re: Melencolia I (Albrecht Dürer)

Message  Henri Schersch le Sam 21 Mai 2011, 09:34

Bonjour ! J'ai trouvé une autre tentative (sommaire) d'explication de la Melencolia, dans le roman que Dan Brown (l'auteur du très populaire "Da Vinci Code") a publié en 2009 aux éditions Jean-Claude Lattès (pour la version française) :
Le symbole perdu

En fuite, comme d'habitude, Robert Langdon (le héros) et son érudite collaboratrice du moment, Katherine Solomon (la sœur de Peter, Maître F:.M:. du 33ème degré), doivent décoder dans l'urgence une inscription mystérieuse gravée sur une petite pyramide supposée être la carte (cryptée) du lieu où est conservé le Plus Grand Mystère de l'Humanité, protégé par les Francs-Maçons de Washington. Le système de codage du message se révèle être le carré magique de la gravure de Dürer.
Je passe sur tous les éléments déjà exposés précédemment dans ce fil pour n'ajouter que cette citation :
Katherine écarquilla les yeux; elle avait oublié à quel point cette gravure était étrange.
.
– Je vous avais prévenue, lâcha Langdon avec un petit rire, c'est plutôt mystérieux.
.
La Mélancolie représentait un personnage maussade, avec de grandes ailes dans le dos, assis sur un banc de pierre, entouré d'une collection d'objets disparates – des instruments de mesure, un chien efflanqué, des outils de charpentier, une clepsydre, des solides de formes géométriques, une cloche suspendue, un angelot, une sorte de grand couteau, une échelle…
.
Peter avait expliqué à Katherine que le personnage ailé représentait le "génie humain" – un penseur se tenant le menton, l'air abattu, encore incapable d'atteindre l'illumination. Le génie était entouré de tous les symboles de l'esprit humain – des objets incarnant la science, les mathématiques, la philosophie, la nature, la géométrie, et même la charpenterie – et pourtant, il ne pouvait gravir l'échelle, à côté de lui, menant à la vraie lumière.
.
« Même le génie a du mal à comprendre les Mystères anciens », avait précisé Peter.
.
– Cette gravure, repris Langdon, symbolise l'incapacité de l'homme à transformer sa raison en puissance divine. Les alchimistes décrivent cette même idée quand ils évoquent notre impuissance à transmuer le plomb en or.


Henri Schersch

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Re: Melencolia I (Albrecht Dürer)

Message  Hiram le Mer 20 Juil 2011, 20:52

Bon jour à tous,

Je suis Hiram le petit nouveau à la "Croisée des Chemins".
Je suis artiste peintre de Tradition Optique et de formation Académique du Québec.
L'Ésotérisme est pour moi un principe et une voie.
Ludivine m'a indiqué la porte de ce site, et je la remercie.
Il y a ici de belles paroles qui dépassent le plan de la raison et élèvent l'esprit.
Je vais en faire le tour afin de me mettre au diapason.

Comme introduction de ma part,
d'entrée de jeu,
je prendrai l'ami Albrecht Dürer comme point de départ
puisqu'il m'est familier.
Je l'aborderai du point de vue de l'artisan,
puisqu'il en était un,
et des Guildes du Saint Empire Germanique,
desquels il faisait partie.
Je prolongerai "MELENCOLIA I",
le débat étant lancé.

Livres de base intéressant sur le sujet
pour voir le monde de l'Atelier de Dürer:

Albrecht Dürer
"Géométrie à la règle et au compas"
traduction de Jeanne Peiffer
Seuil

Matla Ghyka
"Le nombre d'or"
Gallimard

Fra Luca Pacioli
"Divina Proportione"
Presses du Compagnonnage
avec illustration de Léonard de Vinci

Tons Brunés
"The Secret of Ancient Geometry and its use"
V. I & II
Rhodos

Le dessin de Dürer est selon le Timée de Platon,
son tracé selon les guildes d'artisans et de bâtisseurs.

Je vous propose un petit voyage différent
qui s'ajoutera humblement
à fortune critique
du très bel itinéraire par vous tous initié.
Et nous cheminerons ensemble sur ce sublime chemin.

À ce soir donc,
où dans la pénombre de la canicule qui recouvre le Québec,
je débuterai avec joie mon tour de compagnons avec vous.

Fraternellement,

Hiram

Hiram

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Re: Melencolia I (Albrecht Dürer)

Message  Henri Schersch le Mer 20 Juil 2011, 22:07

Hiram a écrit:Le dessin de Dürer est selon le Timée de Platon,
son tracé selon les guildes d'artisans et de bâtisseurs.
Ainsi donc, Dürer se serait inspiré de travaux de guildes d'artisans, de compagnonnages ? Et sa pratique serait inspirée d'une tradition remontant aussi loin que Platon ?

Voilà qui est intéressant...
Par-delà Dürer, ce serait donc toute une tradition antique qu'il nous faudrait redécouvrir pour appréhender l'oeuvre "MELENCOLIA I" !

Henri Schersch

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Re: Melencolia I (Albrecht Dürer)

Message  Charly Alverda le Mer 20 Juil 2011, 23:14

Bonsoir,

Et bienvenue Hiram.

Henri a écrit:Par-delà Dürer, ce serait donc toute une tradition antique qu'il nous faudrait redécouvrir pour appréhender l'oeuvre "MELENCOLIA I" !
Euh ? Pas vraiment antique Sourire

Dürer est un homme de la Renaissance qui, comme tous les artistes et “intellectuels” de son époque, s’était rendu en Italie pour partager avec les humanistes la merveilleuse redécouverte de l’Antiquité. La culture humaniste était un mélange de néoplatonisme, de néopythagorisme et d’hermétisme, on peut ranger le tout sous le vocable d’hermésisme selon le mot d’Antoine Faivre.
C’est la vision de la “tradition antique” qu’avait la Renaissance, qu’il suffit d’étudier pour comprendre les oeuvres de la fin XVe au milieu XVIIe siècle; Frances Yates, s’inspirant du grand mage de l’époque Agrippa, la nomma : la philosophie occulte de la Renaissance, de même que Pierre Béhar par son livre : Les langues occultes de la Renaissance.

Dürer s’était rendu chez Alde l’Ancien, le maître-imprimeur de Venise, où toute l’élite artistique et intellectuelle se réunissait, car c’était bien sûr par les réseaux d’imprimeurs que circulaient les traductions du grec en latin des textes anciens récupérés après la chute de Constantinople, et Alde et son Académie-atelier était de loin Sourire le mieux placé.
Dürer lui acheta d’ailleurs, pour un ducat d’or, le fameux Hypnerotomachia Poliphili, qui deviendra en français le fameux Songe de Poliphile; ce livre est un condensé de la connaissance humaniste. Il étudia lors de ce voyage l’Art du Trait, mais selon l’acception des artistes italiens du temps, car pour Michel Ange : "C’est le dessin, ou trait, car on lui donne ces deux noms, qui constitue, qui est la source et le corps de la peinture, de la sculpture, de l’architecture et de tout autre art plastique, et la racine de toutes les sciences."
Pour Vasari, le dessin est premier, "le père des trois arts majeurs", à savoir l’architecture, la sculpture et la peinture, ainsi qu’il l’exprime dans son œuvre, les “Vies des plus excellents peintres sculpteurs et architectes” : "Celui qui maîtrise la ligne atteindra la perfection en chacun de ces arts". Le terme italien disegno signifiant à la fois dessin et projet, l’art du trait est donc à la fois : dessein et dessin, les deux champs sémantiques qui étaient réunis dans “dessein” seront disjoints en français au XVIIIe siècle.

C’est le lieu de noter que lorsqu’on évoque l'architecture médiévale, on parle parfois de "l'art du trait", en le situant principalement à l'époque de l'art gothique. Le document de 66 planches, conservé à la Bibliothèque Nationale et écrit en dialecte picard, de Villard de Honnecourt, maître d'œuvre du XIIIème siècle, a consigné les tracés de quelques églises et écrit : “Ici commence la méthode du trait pour dessiner les figures ainsi que l'art de géométrie l'enseigne, pour facilement travailler...“. La science du dessin nommée "stéréotomie" semble depuis nommée "Art du trait" par les bâtisseurs, Dürer eut des contacts avec les maçons opératifs et apprit d’eux des techniques, mais, selon ses propres mots, il repartit à Bologne chercher une "perspective secrète".

Après son second séjour en Italie (1505-1507) le style de Durer changea, car il avait assimilé la théorie italienne de l'art, basée sur l'harmonie du macrocosme et du microcosme, et avait interprété, en des termes géométriques subtils, les proportions du corps humain en relations avec les lois gouvernant le cosmos, telles que ces dernières furent établies par l'Architecte de l'univers. Dürer devint le chef de file septentrional de cette théorie, dans laquelle la proportion est un lien entre l'homme et l'univers, exprimé par la proportion en architecture, telle qu'elle fut établie par Vitruve, et dans tous les arts.... Dürer considérait l'art comme une puissance, et l'essence du pouvoir esthétique se trouvait dans les nombres.
( Frances A. Yates : la philosophie occulte à l’époque élisabéthaine )

Il me vient à l’idée que nous considérons normalement que la fonction du compas est de tracer des cercles, mais pour le Compagnonnage un compas ne sert qu’à mesurer et l’on trace un cercle avec l’équerre ! C’était du moins encore vrai au début du XVIIe siècle.

Cordialement,

C...a

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La géométrie de Dürer

Message  Hiram le Jeu 21 Juil 2011, 06:40

Bon Soir du Québec,

Vous dites très bien Charly Alverda :

« Dürer est un homme de la Renaissance qui comme tous les artistes et “intellectuels” de son époque
s’était rendu en Italie pour partager avec les humanistes la merveilleuse redécouverte de l’Antiquité. »

Et vous citez admirablement Frances Yates
qui illustre le tour de Dürer à travers la “tradition antique”
vue par l’homme de la Renaissance qu’il est.

« …lorsqu’on évoque l'architecture médiévale, on parle parfois de "l'art du trait", … »
et encore :
« Villard de Honnecourt, maître d'œuvre du XIIIeme siècle, a consigné les tracés… »

On ouvre ici le débat,
et pour reprendre Henri Schersch
« Dürer se serait inspiré de travaux de guildes d'artisans, de compagnonnages ? »
Je réponds oui,
mais, comme le dit si bien France Yates et vous-même,
à travers ses yeux d’homme de la Renaissance.
Une Tradition immémoriale,
car les civilisations ont bâti avant la Renaissance
et avec des connaissance cosmologiques
et des sciences qui datent de bien avant Nemrod.

Je m’explique donc :

(Nous conservons toujours « MELENCOLIA I » comme tableau de bord)

La question de la Géométrie,
nous préoccupera dans le dessin de Dürer.
Le dessein du dessin est la voie des hommes du Timée,
tel Léonard, Michel-Ange et, bien sûr, Dürer.

Une vision du monde,
de mesure du monde
et d’écriture du monde,
guide l’esprit de ces chevaliers,
qui veulent rendre visible l’invisible.
Avec la vision des anciens,
comme perchoir,
ils exprime la symbolique avec le réel,
ayant comme épée l’analogie,
la géométrie comme arc et flèches
et des chercheurs comme Marcil Ficin,
Pico de la Mirandole et Cornélius Agrippa comme Phares.

Ils conservent les procédés géométriques
(les tracés existants)
et leur dimension ésotérique.
La Géométrie a toujours été un support privilégié
aux spéculations ésotériques.

Et ce jusqu’à la magie talismanique.

Cornélius Agrippa
écrit une science du talisman
et des carrés magiques,
basée sur la liaison aux plans subtils
par la connaissances et le savoir d’une magie
ordonnée sur la Haute Lumière
par le Tracé de la Géométrie :
les Tracés de Lumière.
C’est le pentacle qui est important et non le pentagone seul.
« Melencolia I » n’y échappe pas.

Cette science était de toute antiquité.
(Signes magiques, Rhune, Clavicules de Salomon, textes sacrés, symbole hermétiques…)

Beaucoup de rêveries ont été engendrées par le nombre d’or.
Mais s’il n’est pas senti et ressenti par l’artiste, l’architecte,
il demeure lettre morte.
C’est le trait qui pousse le chiffre et non l’inverse.
Une grille, oui, mais ce qui l’habite doit exprimer la croissance et la vie.
Cette grille en peinture, en dessin et en gravure
doit représenter en surface ce qui se passe
dans l’espace derrière le tableau.
C’est cela qui a guidé les études de perspective
et de compréhension du dessein dans le dessin
dans la perception stéréotomique (la forme, l’espace)
et dans l’écriture et ce,
jusque dans le trompe-l’œil et l’anamorphose.





La stéréotomie, science du trait et de la coupe de pierre, (aussi pour la charpente)
(traçage à l’échelle 1:1 de toutes les parties du travail pour son exécution)
se poursuit et se poursuivra avec Girard Desargues
et éventuellement quantifié par Monge avec la descriptive.
Mais le strict et droit réseau fondamental,
valable pour l’architecture
et utilisé en surface d’images
se perpétue.



Les organisations initiatiques opératives du Moyen Âge et antérieures,
ont laissé peu de traces
sur leurs aspect rituel et symbolique.
Et pour Dürer,
puisque c’est à lui qu’on s’intéresse,
les organisations fédérant en loges,
les Guildes de métiers,
du saint Empire Germanique.

La Géométrie était aussi un système de grilles.
Une publication en date de 1486
de Matthias Roriczer, maître maçon et architecte,
« Le livre de la rectitude » parle du tracé
ad quadratum (octogonale) et ad triangulum (hexagonale) mais aussi de l’heptagone et du pentagone.

Ces réseaux sont doubles dans la pratique,
réticulation du tableau (selon sa forme et ses proportions)
et passage de l’espace à celui-ci.

Les carnets de Villard de Honnecourt en sont un exemple.

Une autre publication de l’orfèvre (métier du père de Dürer)
Hans Schmuttermayer en 1488 sur le même thème.

De nombreux documents prouvent l’utilisation de tels tracés.
Dürer en connaissait l’existence, car dans sa Géométrie (ref. : Jeanne Peiffer)
il y fait référence plusieurs fois avec grande vénération.

« Les principes du style gothique à l’usage des ouvriers et des artistes »
publié vers le milieu du dix-neuvième siècle,
par Friedrich Hoffstadt, en apporte un bon survol.

Cette géométrie ainsi que les outils
étaient essentiels dans les Rites des différentes guildes,
ainsi que le côté ésotérique; et pour les peintres, l’aspect talismanique.
L’Ordre du Temple avait fait un excellent travail
pour orchestrer les connaissances ésotériques (Islam, Perse, Ismaéliens)
les ordres de métiers, ainsi que de consteller l’Europe
de dolmens spécialisés : les Cathédrales gothiques.

La Melencolia de Dürer,
joue à plusieurs niveaux le rôle de talisman.
Elle le fait très bien
en intrigant plus d’un depuis sa création.
Et dans le même sens que Dante, Rabelais et d’autres,
le souvenir de la destruction des Templiers
dont ils en ont la nostalgie : 1314.
Et la date de l’icône : 1514.
Deux centième anniversaire du tragique évènement.
(1914 six cents ans plus tard, la deuxième guerre mondiale.)

Ma prochaine envoie fera état des symboles,
du talisman et de la position (la pensée) de l’artiste
dans l’exécution de l’oeuvre.

Un commentaire en terminant sur votre paragraphe de clôture :
« Il me vient à l’idée que nous considérons normalement
que la fonction du compas est de tracer des cercles,
mais pour le Compagnonnage
un compas ne sert qu’à mesurer
et l’on trace un cercle avec l’équerre !
C’était du moins encore vrai au début du XVIIe siècle. »

Le compas sert pour moi à mesurer, comparer, faire des rotations
et des changements de plans.
Et je crois que les anciens étaient de la partie.
Faudrait m’expliquer.
Et tracer des cercles avec l’équerre,
3, 4, et 5 (la cordes à 12 noeuds)
vérifie l’équerre,
et l’équerre se construit sur le diamètre du cercle.
Je suis votre élève pour l’explication.
C’est sûrement très simple, je ne le vois pas.

Au plaisir du dialogue avec vous.

Fraternellement,

Hiram

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Re: Melencolia I (Albrecht Dürer)

Message  Ludivine le Jeu 21 Juil 2011, 09:49

Bonjour Hiram !

C'est un réel plaisir de te retrouver ici parmi nous.
Je réagis à deux de tes citations, qui, toutes deux, concernent ces années 1314 / 1514 / 1914 .

1) Pour moi, qui vis en Europe, 1914 ne correspond pas au début de la deuxième guerre mondiale, mais au début de la première.
Lapsus? visions transatlantique différente de l'Histoire ? ou message codé ? Je rigole

2) Si on considère que Dürer, en 1514, a délibérément fait référence au bicentenaire de la fin officielle des Templiers en 1314, alors, ne tiendrions-nous pas l'explication (ou "une" explication, une de plus) de ce 5 étrangement inversé dans le carré magique présent sur la gravure "MELENCOLIA I", et qui nous intrigua dès le début du présent topic (CheminCroisé page 1) ?



Amitiés Fraternelles.

Ludivine

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Re: Melencolia I (Albrecht Dürer)

Message  Charly Alverda le Jeu 21 Juil 2011, 13:57

Bonjour,

Vous dites Hiram (abi ?) Sourire

“L'Ésotérisme est pour moi un principe et une voie.”

J’entends là une réminiscence guénonienne ? Ce qui serait excellent car Guénon a considérablement déblayé le fatras de l’ésotérisme engendré par la pensée dominante occultiste, et la rigueur est de toute nécessité dans ce domaine !

Si je suis en accord avec vous sur votre vision de la Renaissance, je ne peux vous suivre dans ceci :

“La Melencolia de Dürer,
joue à plusieurs niveaux le rôle de talisman.
Elle le fait très bien
en intrigant plus d’un depuis sa création.
Et dans le même sens que Dante, Rabelais et d’autres,
le souvenir de la destruction des Templiers
dont ils en ont la nostalgie : 1314.
Et la date de l’icône : 1514.
Deux centième anniversaire du tragique événement.
(1914 six cents ans plus tard, la deuxième guerre mondiale.)”

Je suppose que vous avez lu mon point de vue de la Melencolia qu’on ne peut étudier sans son pendant (selon la volonté de Dürer) : son Saint Jérôme.

De notre point de vue naturaliste depuis plus de 300 ans, Dürer exprime une pensée qui nous apparaît magique, en fait elle est simplement vivante alors que la nôtre est selon sa froide raison, morte. On peut justement admirer dans la Melencolia cette coupure épistémologique où la vieille vision saturnienne (satanique) du Moyen-âge se tire... d’aile Sourire

Cette “coupure” est évidemment manifeste en tout premier en “architecture”, et l’architecte (à l’étymologie grecque) n’a aucune formation de constructeur, c’est un peintre, un orfèvre, un sculpteur qui reprenant le livre de Vitruve établit sur le papier avec règle et compas les nouveaux édifices. Le maître d’oeuvre du Moyen-âge avec sa règle et son compas (d’appareilleur) qui édifiait sur le sol à la craie et au charbon par projection disparaît, il n’y a plus dès ce temps que deux “grades” : Compagnon et apprenti, le maître est dès lors le client. Évidemment ces “compagnons” et “apprentis” sont utilisés par l’architecte et leur rapports furent longtemps (jusqu’à Désargues) houleux car basés sur l’incompréhension des premiers. Il y a une énorme “littérature” à ce sujet.
(N. B.) C’est ainsi que pour garder le ternaire du “Compagnonnage” a été créé le “grade” de Compagnon-reçu.

Quant au tracé du cercle par l’équerre et non le compas, c’est justement Désargues, très lié au “Compagnonnage”, qui exposant pour la première fois la pratique de l’Art du trait “compagnonnique” relate cette pratique dans son livre.
(N. B.) Je mets “Compagnonnage” entre guillemets puisqu’il n’avait pas ce nom à cette époque.

La chute des Templiers ! Elle nourrit depuis le XVIIIe siècle les thèmes les plus délirants de la F:. M:., pour des raisons qui seraient trop longues à exposer dans ce cadre, il suffit d’étudier la lettre “écossaise” du Chevalier de Ramsay pour s’en faire une bonne idée.
Les textes publiés par les Maçons “occultistes” ont fait fantasmer sur le Temple, or, de cet ordre d’abord religieux, dont le vrai nom était la Milice du Christ (militia Christi), que savons-nous ? En dehors des textes fondateurs et des “minutes” du procès évidemment partial, seules de rares lettres de templiers en Orient nous sont restées.
Il n’a jamais été question d’un “baphomet” ni du côté accusateur, ni du côté templier. En Europe, les templiers si riches étaient méprisés à cause de leurs débauches, jurer ou boire comme un templier était uniquement ce qui leur a survécu pendant longtemps.
Et l’on retrouve Agrippa qui distinguant - en son temps et quel temps ! - la bonne de la mauvaise magie mentionna la « détestable hérésie » des Templiers, « si ce qui a été lu à leur sujet est exact ». Cela suffit à la Maçonnerie du XVIIIe siècle pour développer les thèses maintenant répandues ! Le délire atteint son apogée avec la Stricte Observance templière et le manuscrit maçonnico-rosicrucien de 1760 trouvé à Strasbourg, intitulé “Deuxième Section, de la Maçonnerie parmi les Chrétiens.”

Dürer et la chute des templiers et la date de 1914, pardonnez-moi, mais on ne sort pas du Da Vinci Code et des mystères de Gisors et de Rennes le Château !
La réalité est infiniment plus belle que le rêve ! Sourire

Cordialement,

C..a

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Re: Melencolia I (Albrecht Dürer)

Message  Hiram le Ven 22 Juil 2011, 04:32

Bonjour à tous,
Bonjour Ludivine,

Je suis très content d'avoir le privilège d'être sur ce site.
Il y a du calibre ici.

Tu as raison oups!!! j''ai fais un lapsus,
1914 est la première
mais sans doute que 1314 est une guerre mondiale contre l'Esprit.

Je reviens demain car ici au Québec,
45 degrés avec l'humidex dans le plafond.
Les doigts collent sur le clavier.

Je garde la surprise du 5 renversé pour demain.
Ça vaut la peine.

À demain donc,
et fraternels bonjours à tous,

Hiram





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Re: Melencolia I (Albrecht Dürer)

Message  Ludivine le Ven 22 Juil 2011, 14:10

Hiram a écrit:Tu as raison oups!!! j''ai fais un lapsus,
1914 est la première
mais sans doute que 1314 est une guerre mondiale contre l'Esprit.
Bonjour Hiram !

Une guerre mondiale contre l’Esprit ?
Le concept est intéressant.
Je pense qu’effectivement il y a une guerre contre l’Esprit qui est en cours : on la voit pleinement à l’œuvre de nos jours, Rüdolf Steiner l’avait évoquée, St-Jean l’envisageait aussi dans son Apocalypse, Charly Alverda et Sakado Wan rappelaient dans le post CheminCroisé 4 éléments / 5 mouvements que l’abandon, par les Princes, des règles de gérance inscrite dans le Yi-King amènerait le chaos, etc.

Pourtant, est-il judicieux de citer 1314 comme date-clé ? J’ai un doute !
Les Templiers (ou plutôt : quelques-uns parmi eux) étaient-ils vraiment les gardiens d’une ancienne sagesse ? Ou bien est-ce l’impression que nous en avons aujourd’hui, en projetant sur le passé notre compréhension actuelle de l’Histoire d’alors ?
On sait que la survivance d’une filiation templière est un délicat mélange de faits historiques peu documentés, de traditions orales invérifiables, de légendes à décoder, mais aussi d’affabulations fantasques. Restons donc prudents, tout en constatant (comme Charly le souligne souvent) que c’est au cours du 16ème siècle que la façon d’interpréter le monde change profondément, conséquence probable de cette guerre contre l’Esprit débutée antérieurement. Le 11 septembre 2001 marquerait alors une autre bataille de cette même guerre séculaire.

Car cette guerre n’est-elle pas éternelle ? N’a-t-elle pas commencé avec la « Chute d’Adam », dont H. Coton-Alvart propose une interprétation originale ? Et – pour aller plus loin dans la remise en question – demandons-nous si le Temps n’est pas une sorte d’illusion, au même titre que la matière ?

Bref, toutes ces questions métaphysiques nous entraînent probablement loin du présent sujet traitant de la gravure de Dürer…

Amitiés Fraternelles.

Ludivine

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Re: Melencolia I (Albrecht Dürer)

Message  Charly Alverda le Ven 22 Juil 2011, 17:44

Bonjour,

Pourquoi cette date de 1314 ? C’est avoir la vision bien matérialiste et romantique de la plupart des "historiens" que de la retenir, car c’est le vendredi 13 octobre 1307 que le pape Clément V fulmina la bulle “Vox in excelso” officialisant la dissolution de l'ordre du Temple, et dès 1312 des rejetons avaient poussé en Espagne, souvenez-vous de la couleur des voiles des bateaux de Christopher Colombus !

Un vendredi 13 ? Slurp ! Voire (voére), dirait Rabelais Sourire
Attention aux dates pour ces époques !

Extrait du livre d'Alain Demurger, Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, 2005 , Seuil, page 28 : « À partir d'une minutieuse analyse des documents existants, Rudolf Hiestand a proposé une autre date pour le concile de Troyes et, en conséquence, une autre date pour la fondation de l'ordre. Les chartes du nord-est de la France sont alors datées dans le style (florentin) de l'Annonciation, qui fait débuter l'année non pas le 1er janvier, comme dans notre actuel calendrier, mais le 25 mars. L'année 1129 commence donc le 25 mars de notre année 1129, mais jusqu'au 24 mars les hommes d'alors vivaient toujours en 1128. Le concile de Troyes, réuni le 13 janvier 1128 selon les textes de l'époque, s'est donc tenu le 13 janvier 1129 de notre actuel calendrier.[....] La démonstration a convaincu et la correction de date proposée pour le concile de Troyes est désormais acceptée par les historiens.»

Précision pour Ludivine, c’est au cours de la deuxième moitié du XVe siècle que la pensée de l’élite intellectuelle et artistique changea en Italie ; plus précisément quand Cosme de Médicis demanda à Ficin le chef de son Academia d’interrompre la traduction de Platon pour effectuer celle du “corpus hermeticum”. On sait le choc que ce texte produisit sur Ficin, et grâce à l’imprimerie naissante la pensée analogique prit son essor et se répandit dans tout l’Occident (24 éditions entre 1471 et 1641 !).

Note à l’attention d’Hiram : je n’interviens pas en “briseur de rêves” ! Sourire
Quand je dis que la réalité est infiniment plus belle que le rêve, il me faut bien préciser que cette réalité n’est pas accessible par le mental raisonnant ! Sinon le rêve, apparemment le produit vivant et chaleureux des données de nos sens, s’oppose à la frigide raison. Ne doutons pas qu’une fois levé le soleil du coeur, les rêves n’apparaissent plus que ce qu’ils sont, de pitoyables oripeaux masquant nos manques affectifs... et par “compensation” nos besoins de puissance et de séduction.

«Nous sommes de l'étoffe dont sont faits les rêves, et notre petite vie est entourée de sommeil.» ( William Shakespeare - La tempête)


Cordialement,

C..a

Charly Alverda

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Re: Melencolia I (Albrecht Dürer)

Message  Hiram le Sam 23 Juil 2011, 01:41

Bonjour à tous,

Le petit Hiram arrive sur le forum Melencolia I (Albert Dürer),
qui date de janvier 2010,
que dans le présent tropique du cancer.
Le temps qu’il se fasse une idée de cette Somme de Savoir...
C’est un jardin alchimique qui demande réflexion
pour entrer dans la danse de si magnifiques Derviches.

Hé oui Charly vous entendez bien une réminiscence Guénonienne dans :
« L'Ésotérisme est pour moi un principe et une voie. »
puisque c’est tiré du titre du livre :
« L’Ésotérisme comme principe et comme voie »
de Frithjof Schuon.

J’ai une question :
On peut étudier Melencolia I en comparaison avec le St Jérôme
ou avec d’autres des œuvres de Dürer
si l’on s’appelle Irwin Panofsky,
que l’on suit la méthode historique,
ou pour pousser la méthode du dessein du dessin;
mais écoutons-nous la cinquième de Beethoven
en même temps que sa neuvième ?

Ce n’est pas du cynisme,
Mais une suggestion à l’écoute d’une œuvre
qui a sûrement pris autant de temps à créer
que les symphonies.
Se laisser avaler par un dessin aussi parfait,
rentrer dans son monde de la sensation
se laisser enlever vers le plan mental
et si la grâce nous touche jusqu’à l’Esprit.

Le dessin et la peinture sont une porte de l’invisible.

Oui je suis un rêveur,
c’est mon métier de créer des images.
L’homme (ou la femme) crée le rêve
et le rêve crée l’homme (ou la femme).
Mais ce Rêve est un monde qui est pour moi
comme le décrit Henry Corbin :
l’imaginale, l’Hurqualia des Perses et de Sohravardî,
où la matière devient esprit et où l’esprit devient matière.
Le non-où, (Na Kôja Abad).

Aristote : « La Fantasia qui est une manière de peindre,
est aussi une faculté humaine
intermédiaire entre la sensation et la pensée. »

Mais en suivant Van Eyck qui était verrier on touche le matière,
et en suivant Dürer le graveur on fréquente la Géométrie
et on fait en dessin de l’orfèvrerie.
En jouant avec un réseau géométrique choisi
Dürer ramène l’image au plan, l’espace au tableau.
Un tracé du mandala occidentale.

Aliboron fait une excellente introduction à cette pièce d’Architecture.
Et il résume très bien le Dessein de Dürer
(une très belle planche à tracer) :
« Bref, avec ce cinq, on est au coeur de la Vie, ou pas loin.
En tout cas dans un lieu obscur...avec plein de tournants.»

Revenons à la charpente de cette toile d’araignée (si elle en est une)
le pentalpha, l’Étoile Flamboyante, le pentagone étoilé
5 cotés prolongés.
Mais pas nécessairement réguliers.

(Référence :
Tons Brunés
"The Secret of Ancient Geometry and its use"
Rhodos)



Où il est question de “Sacred Cut”,
Une étoile à cinq branches qui semble irrégulière.
Cette structure fait de l’œuvre un pentacle
qui active la pensée imaginale de l’artiste
dans sa rêverie dans une hallucination
et où tout en dessinant et ce faisant il se transforme lui-même.
L’artisan par le travail de ses mains, de ses émotions et de sa pensée
et autre chose (peut-être) se transforme lui-même.
Il polit sa Pierre, comme on dit.
Et ce dessin se poursuit dans l’œil de celui qui la regarde.
Voici un exemple du tracé directeur de Melencolia I :

Une pensée scolastique :
« .. c’est tout l’univers matériel qui devient une grande lumière,
composée d’une infinité de petites lumières…;
chaque chose perceptible,
quelle soit l’œuvre de l’homme ou naturelle,
devient un symbole de ce qui n’est pas perceptible,
une marche pour l’ascension vers le ciel;
l’esprit humain, lorsqu’il s’abandonne à l’harmonie
au rayonnement,
qui sont le critère de la beauté terrestre ,
se sent lui-même guidé vers la Cause transcendante… »

Maintenant pour Ludivine, qui attend patiemment,
et pour vous tous bien sûr,
voici le 5 renversé.

C’est un petit futé que ce Albrecht,
il joue, il dévoile en cachant.
Il est comme le Grand Ange au Livre fermé.
Mais il ne l’est pas.
L’Échelle à sept (7) échelons nous rappelle le 7 Arts Libéraux :
1.- la Grammaire,
2.- la Rhétorique,
3.- la Logique,
4.- l’Arithmétique,
5.- la Géométrie,
6.- la Musique
et 7.- l’Astronomie.

(le Trivium et le Quadrivium)

Le cinquième échelon est la Géométrie.
Par Analogie,
Dürer nous suggère-t’il une autre Géométrie ?
ou une autre lecture de la Géométrie ?
ou une Géométrie inversée ?
Nous invite-t-il à contempler l’Hexagramme,
avec ses triangles inversés, entrelacés ?
À faire une lecture du monde
en inversant les symboles reflets d’un autre monde?
René Guénon ne le contredirait pas.
Voie à explorer…



Ludivine nous interroge sagement :
« Les Templiers (ou plutôt : quelques-uns parmi eux) étaient-ils vraiment les gardiens d’une ancienne sagesse ? »
C’est une intéressante question, et elle rajoute :
« la survivance d’une filiation templière est un délicat mélange de faits historiques peu documentés,
de traditions orales invérifiables, de légendes à décoder, mais aussi d’affabulations fantasques. »

René Guénon a lui-même participé à une résurgence templière qui n'a pas duré.

Un point moins fréquenté
est la fréquentation qu’ils ont eu avec d’autres Traditions.
Tel les Soufis, les Ismaéliens, les Druzes, etc…
Le Vieux de la Montagne…
Les Templiers de Perses… (appeler Assassins d’Hassan ben Sabbah)…

Et un livre intéressant des « Frères de la pureté »
reliés à Jabir ibn Ayyan (Geber) :
Rasâ'il al-Ikhwân as-Safâ' (Les Épîtres des frères de la pureté).

Pour référence :
« Islamic Pattern »
de Keit Critchlow
avec introduction de Seyyed Hossein Nasr (un Guénonien)
Où l’on retrouve toutes sortes de bonnes idées
(les tracés, les carrés magiques)

Attention à la Balance…
La balance, telle que présente ici,
Vient de la pensée de Jaffar as-Sadik
Le cinquième imam chiite.
et des Ismaéliens.

Il préconise un équilibre entre l’ésotérique (al-batin) et l’exotérique (al-zahir)
un désé quilibre est dangereux, explosif.
Une sur-exploitation du at-tassawuf (la gnose)
dans le plan physique attire la force contraire.
Ce qui a peut-être perdu les Templiers, les Ismaéliens et l’École de Métaponte.
Qui ont tour à tour été avalés par le tourbillon de l’ignorance
et de la brutalité béotienne.
Ce qui donne raison à la question de Ludivine :
« Car cette guerre n’est-elle pas éternelle ? »
Du moins dans le présent Kali Yuga.
Un signe du Phoenix…

Le petit et le grand Ange,
Des créatures ailées, terrestres-célestes et volatiles.
Les petits mystères et les grands mystères.
Le grand Ange détient les Clefs et les richesses des grands mystères.

Le chien qui dort:
la Fidélité.
Mais : "je dors mais mon coeur veille."
Fidélité à la "Sophia Perenis".

« En Europe, les templiers si riches étaient méprisés
à cause de leurs débauches,
jurer ou boire comme un templier
était uniquement ce qui leur a survécu pendant longtemps. »
Une citation de Charly.
Mais René Guénon comparait « boire comme un Templier »
à l’expression des soufis :
l’ivresse de la connaissance de la proximité, de l'union à Dieu.

Oui il faut penser autrement
je suis d’accord avec Charly.
Il faut être soufis :
« Oublions ce que l’on sait,
effaçons ce que l’on a écrit. »

pour penser comme ces hommes simples
que sont les anciens.

La Franc-Maçonnerie et le Compagnonnage,
bien que d’apparence moderne,
sont reconnus par Guénon
comme deux formes d’initiation valables pour l’occident.
Tout les Maçons ne sont pas à sa hauteur,
mais la F. M. a survécu
« …jusqu'à ce que temps ou les circonstances,
nous fasse découvrir les véritables… » secrets... à la croisés des chemins.

Avec Fraternité,

Hiram

P. S. J’ai une suggestion amicale pour vous, Charly,
comme tous les Frères et les Soeurs réunis à ce carrefour
qui n’ont pas les œuvres de Desargues,
je ne les ai pas non plus,
peut-être pourriez-vous nous faire la démonstration
de l’équerre construisant le cercle.
Je propose que nous puissions être vos disciples pour cette manoeuvre.
Calcédoine : Un fil spécifique a été ouvert pour
explorer ce sujet : Tracer le cercle avec l'équerre.

Hiram

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