SOPHIA ou le mystère de l'androgynat primordial

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SOPHIA ou le mystère de l'androgynat primordial

Message  Logos le Ven 15 Avr 2011, 21:23

Au commencement, l’homme virginal Adam Kadmon n’était ni homme ni femme. Il n’était pas non plus la réunion des deux, l’androgyne n’est pas l’hermaphrodite. L’état de l’homme virginal précède la séparation des sexes, conséquence de la chute.



Cet être humain d’avant la chute est l’archétype conçu dans la pensée de Dieu. Homme éternel.

Cette émanation de la pensée de Dieu est l’Eternelle Sagesse SOPHIA. La Sagesse est le corps de Dieu Absolu et Inconnu, sa Manifestation. C’est aussi la forme humaine parfaite telle qu’elle a été conçue à l’origine quand le Dieu Inconnu est sorti de sa solitude infinie. Dieu ne peut être connu qu’à travers son image, la Sagesse.

La cosmogonie hindoue explique parallèlement que lorsque le Dieu Brahman se manifeste, il devient Ishwara, le Seigneur, l’Etre et Shakti, l’Energie, le Mouvement et le Devenir.

De même, le Dieu de Boehme est un Dieu en Devenir dans la mesure où il se manifeste.

La manifestation suppose dualité, Dieu se regarde dans sa création et prend conscience de lui-même en devenant Créateur et Créature.

Pour se manifester, le Dieu prend un corps, le corps de SOPHIA qui est la Nature Primordiale, c’est l’âme universelle qui est la mère de toutes les âmes individuelles. En vérité, il n’y a qu’une seule âme collective.

La perfection qui veut manifester le Créateur se vêt d’un corps, l’élément-matière pure et pur véhicule de l’âme.

Dans le monde céleste, qui est le premier monde émané avec la création des anges, elle crée les corps célestes.

Ces corps ont été créés par une dualité, préfigurant celle des sexes, de deux contraires qui d’abord se sont affrontés et ensuite unis, toute création supposant la rupture de l’unité primordiale. Lucifer quitte la sagesse qui est l’union des contraires. Il perd son corps glorieux et se trouve projeté dans la matière. Il devient le Prince de ce monde.

Dans le monde matériel, l’élément perd son caractère d’unicité et obéit à la loi quaternaire pour donner les quatre éléments que nous connaissons. Le 4 est le symbole de la loi de la matière. Dieu doit manifester la pleine expression de son image à travers l’homme dont les anges préfiguraient la réalisation.

La sagesse prend la forme de l’homme terrestre. L’Adam Primordial manifeste une perfection plus grande que les anges, car il est à la fois céleste et homme terrestre.

L’ange est soit totalement céleste dans un corps de lumière, soit désincarné et à la recherche d’une incarnation possible dans la matière s’il a chuté, comme c’est le cas de Lucifer.

Les anges furent créés à l’issue d’une émanation septénaire dans la matière primordiale qui a vu se succéder les forces du feu obscur -le feu dévorant, la colère de Dieu- et les forces de la lumière symbolisée par Vénus, lumière qui est l’Amour de Dieu. Aussi, la création divine est la transmutation du feu en lumière, de la colère à l’amour. Le feu et l’eau ont donné naissance à la lumière, c’est une transmutation.

Lucifer qui veut forcer la création divine déchaîne les ténèbres emprisonnées dans son corps de lumière, il ne connaît alors que les ténèbres, de même qu’avant il ne connaissait que la lumière. Car c’est à l’homme de manifester la perfection par sa connaissance simultanée du bien et du mal et d’équilibrer les polarités. C’est pourquoi il naît homme terrestre et homme céleste, mais aussi homme et femme.

C’est pourquoi l’homme est "androgyne" dans son corps glorieux mais dès qu’il est créé dans la matière, il devient homme et femme.

Cette vision de Boehme élude-t-elle totalement l’interprétation exotérique de la chute de l’homme avec le péché originel, la connaissance du bien et du mal étant considérée comme le processus de dévoilement de Dieu à travers Sa créature dans Sa manifestation matérielle ? Pas totalement, car le libre arbitre laissé à sa créature ne rendait pas la chute de Lucifer inéluctable. De même, l’homme conserve sa propre responsabilité dans la condition qui lui est attribuée et a très bien pu, par sa faute, se couper des mondes spirituels qui devaient le guider dans son exil au sein de la matérialité. A cet égard, la doctrine de Martinez de Pasqually est plus explicite qui assure que l’homme avait une mission de régénération du monde matériel et qui explique comment la chute de Lucifer a dégradé la manifestation matérielle, et comment l’homme lui-même a été entraîné par le tentateur.



L’originalité de la pensée de Boehme réside surtout dans le fait que Dieu ne peut se manifester dans sa perfection que par l’intervention de ce qui n’est pas lui, c’est-à-dire le mal, qui est une condition tragique mais pourtant irréelle que sa créature doit rencontrer. Le péché de l’homme pour Boehme, c’est le rêve. Sa chute, c’est de rêver qu’il n’est pas Dieu. Nous retrouvons ici la notion hindouiste de Maya. Alors, quand il se réveillera, peut-être se verra-t’il Androgyne ? La seule chose qu’il ait à faire, comme dit Louis-Claude de Saint Martin, c’est de s’unir à la divine SOPHIA, la Sagesse. Et de réaliser la maxime nationale de nos cousins du Québec : "Je me souviens".

Alors peut-être naîtra-t-il dans un corps nouveau, lumineux et immortel, à l’image de la perfection divine.

"Pour la première fois, de bonne heure le matin, je me suis vue : mon corps. Je ne sais pas si c’est le corps supramental ou (comment dire ?) son corps de transition, mais j’avais un corps tout à fait nouveau en ce sens qu’il était insexué : ce n’était pas une femme et ce n’était pas un homme".(L’agenda de Mère. 24 mars 1972.)

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Re: SOPHIA ou le mystère de l'androgynat primordial

Message  Logos le Ven 15 Avr 2011, 21:30

Même si Séraphîta est toute imprégnée de l’atmosphère Swedenborgienne du fait que la nouvelle se déroule en Norvège dans la vallée du Jarvis supposée marquée par la présence du "Bouddha du Nord", il n’en reste pas moins que cette vivante allégorie de Sophia et de l’Androgyne est éclairée magnifiquement par les conceptions de Jacob Boehme et de Louis-Claude de Saint-Martin.



Séraphîtus Séraphîta est bien l’Androgyne tel que le conçoit Boehme, il transcende la condition de la sexualité humaine ordinaire et plane au-dessus des passions que tentent de lui inspirer Nina et Wilfrid. Séraphîta a retrouvé l’état d’origine. A la fin, tout est comme au commencement. L’évolution est achevée.

Séraphîta a pu concilier les contraires, homme femme, corps terrestre et corps céleste. C’est un ange incarné.

Elle manifeste tous les pouvoirs thaumaturgiques de la créature céleste. Par ce fait, sa communication avec les humains ordinaires est presque impossible. En tant que corps, elle ne peut satisfaire le désir de Wilfrid, en tant qu’esprit, elle ne peut s’adresser à lui que dans ses songes. Dans ses songes, l’homme est en communication avec le monde des esprits mais cet état est chez lui inconscient. L’être intérieur est sans pouvoir sur l’être extérieur, contrairement à Séraphîta qui, comme Louis Lambert par ailleurs, semble presque écrasée par la puissance de l’énergie de l’âme.

"Wilfrid était tombé mort sur le tapis. Mais Séraphîta souffle sur le front de cet homme qui s’endormit aussitôt paisiblement à ses pieds. Après avoir imposé ses mains au-dessus du front de Wilfrid, les phrases suivantes s’échappèrent une à une de ses lèvres, toutes différentes d’accent mais toutes mélodieuses et empreintes d’une bonté qui semblait émaner de sa tête par ondées nuageuses comme des lueurs que la déesse profane verse chastement sur le berger bien aimé durant son sommeil ..." Que mes paroles revêtent les brillantes formes des rêves, qu’elles se parent d’images, flamboient et descendent sur toi".

Comprends-tu, pauvre cher éprouvé que sans les engourdissements, sans les voiles du sommeil, de tels spectacles emporteraient et déchireraient ton intelligence comme le vent des tempêtes emporte et déchire une faible toile, et raviraient pour toujours à un homme sa raison ? Comprends-tu que l’âme seule, élevée à sa toute puissance, résiste à peine dans le rêve aux dévorantes communications de l’esprit ?

Séraphîta possède ce don de spécialiste [1] privilège des génies que Balzac décrit dans la Comédie Humaine qui recherchent tous le même état, par des moyens différents.

"Par un seul regard, cette créature singulière l’entraînait en Esprit dans la sphère où la méditation entraîne le savant. La vision emmène l’artiste, où le sommeil entraîne quelques hommes, où la prière transporte l’âme religieuse, car à chacun sa voie pour aller aux abîmes supérieurs, à chacun son guide pour s’y diriger, à tous la souffrance en retour".

Dans l’entretien entre Nina et Séraphîtus sur le Fjord, perce l’allégorie d’un aspect fondamental de la philosophie de Boehme que Balzac semble avoir intégré.

Dans la Cosmogonie Boehmienne, les ténèbres ont précédé la lumière, le monde se manifeste par la victoire de la lumière sur les ténèbres. Mais les ténèbres, manifestation de la colère de Dieu, coexistent avec l’amour divin et l’homme placé entre ces deux abîmes doit faire l’expérience du mal pour prendre conscience de son origine divine et réintégrer le sein de la divinité.

Si Séraphîtus peut, à la fin de la Nouvelle, regagner le monde céleste c’est parce qu’il peut contempler l’abîme des profondeurs qui fait trembler Nina, parce que ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, Séraphîtus vit dans la conscience de l’Unité, il a dépassé la dualité : Bien, Mal ; Vie, Mort ; Homme, Femme ....

"Comment peux-tu regarder ce gouffre sans mourir ?" .... "son corps ne vacille pas, son front reste blanc et impassible comme celui d’une statue de marbre abîme contre abîme".

"Qui es-tu donc pour avoir cette force inhumaine à ton âge ?" .... " Mais, répondit Séraphîtus, tu regardes sans peur des espaces encore plus immenses". Et de son doigt levé, cet être singulier lui montra l’auréole bleue que les nuages dessinaient en laissant un espace clair au-dessus de leurs têtes et dans lequel les étoiles se voyaient pendant le jour en vertu des lois atmosphériques encore inexpliquées.
Quelle différence ! dit-elle en souriant.

Tu as raison, reprit-il, nous sommes nés pour tendre au ciel. La patrie, comme le visage d’une mère, n’effraie jamais un enfant".

Si Jacob Boehme considère paradoxalement l’androgyne primitif comme plutôt mâle bien que transcendant la polarité sexuelle : il l’appelle l’homme primordial, Balzac lui, donne à son androgyne une prédominance féminine. Le titre de la nouvelle est "Séraphîta" et Séraphîta rejoint les portraits de la femme mystique telle que nous l’a montrée Balzac dans "L’Envers de l’Histoire Contemporaine" avec madame de la Chanterie, Pauline de Villeneuve dans Louis Lambert et madame Claës dans "La recherche de l’Absolu" ou encore madame de Mortsauf dans "Le lys dans la vallée". Pour Balzac il y a une supériorité de la femme sur l’homme du point de vue mystique et, comme nous l’avons vu, sa conception de la femme est très tranchée : ou bien c’est un ange, ou bien c’est un démon. Responsable de la chute, elle est aussi rédemptrice et il semble que ce soit par la féminité que l’homme puisse s’acheminer vers l’androgynat, comme en témoigne cette remarque de Séraphîta à Wilfrid à propos de Nina.

"Oh ! ne soyez pas si dédaigneux, la femme comprend tout par l’amour ; quand elle ne l’entend pas, elle sent ; quand elle ne sent pas, elle voit ; quand elle ne voit ni ne sent, ni n’entend, eh bien ! cet ange de la terre vous devine pour vous protéger et cache sa protection sous la grâce de l’amour".

Et cette remarque de l’auteur de Séraphîta :

"Elle offrait l’image la plus complète, le type le plus vrai de la femme destinée aux oeuvres terrestres, dont le regard pourrait percer les nuées du sanctuaire mais qu’une pensée à la fois humble et charitable maintient à hauteur d’homme".

Et enfin, cette autre remarque de Séraphîta à Wilfrid qui résume tout :
Oh ! reprit-elle, une femme depuis Eve a fait sciemment le bien et le mal.

Je le crois, dit-il.

J’en suis sûre, Wilfrid. Notre instinct est précisément ce qui nous rend si parfaites. Ce que vous apprenez vous autres, nous le sentons, nous".

Il semble bien que les poètes, les occultistes et les mystiques soient d’accord pour dire que "la femme est l’avenir de l’homme".

Citons l’Agenda de Mère - 26 avril 1972.
"Je commence à comprendre pourquoi Sri Aurobindo disait toujours que c’était la femme, (Mère caresse d’un doigt la joue de Sujata), qui pouvait faire la jonction entre les deux. Je commence à comprendre, un jour je le dirai. Je commence à comprendre. Sri Aurobindo disait toujours : c’est la femme qui peut faire la jonction entre l’ancien monde et le nouveau monde supramental. Je comprends".

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Re: SOPHIA ou le mystère de l'androgynat primordial

Message  Le Marcheur le Ven 15 Avr 2011, 22:51

Bonsoir Logos.

Ta contribution concernant l'archétype androgyne non différencié m'inspire deux réflexions.

La première concerne les "pères" de l'Eglise de Rome, qui se sont longtemps interrogés au sujet du sexe des anges. En quelques lignes, tu montres que la question ne peut avoir de sens. La différenciation sexuelle est une conséquence de l'incarnation dans notre sphère biochimique; elle est hors-sujet dans les sphères immatérielles.

La seconde est liée au phénomène des "abductions" (terme anglo-saxon désignant les enlèvements d'humains par des entités occupant des ovnis).
NB : par "entités occupant des ovnis", je ne parle pas (nécessairement) d'extraterrestres, comme le voudraient certaines légendes urbaines actuelles.
Cet étrange phénomène d'abductions, à cheval entre l'incident historiquement vérifiable et le rêve, met souvent en scène des entités humanoïdes (donc : de forme vaguement humaine, quoique manifestement non humaines) dont les témoins ne parviennent à définir le sexe. Dans certains cas, des témoins utilisent le terme "il" ou "elle" en parlant de telle ou telle entité faisant partie du groupe rencontré à l'intérieur d''un ovni, mais sans parvenir à décrire quel élément particulier leur faisait envisager une différenciation sexuelle. Peut-être une sévérité ou une attitude de commandement (associée à la masculinité) ou au contraire une douceur ou une attitude protectrice (associée à la féminité), mais il s'agit manifestement d'une interprétation subjective. Il ressort de bien des cas d'abduction que la différenciation sexuée ne semble pas toujours présente lors de rencontre avec des ufonautes (occupants d'ovnis), et que, dans ce cas, le mental humains tente naturellement d'appliquer un dimorphisme sexuel, par analogie avec ses schémas de pensée habituels.

Est-ce à dire que certains ufonautes sont comme les anges ? Ce n'est pas si simple, même s'il est autorisé de penser que l'imagerie populaire d'antan, imprégnée de religion, voyait des anges là où l'imaginaire populaire actuel, imprégnée de technicité et de voyages spatiaux, voit des extraterrestres. Les ufonautes représentent-ils les archétypes humains partiellement matérialisés ? La question est intéressante; dommage que Carl Gustav Jung soit décédé : il aurait pu nous apporter un éclairage pertinent sur la question. Reste le fait que dans les cas d'abductions, certaines entités humanoïdes asexuées entrent en contact avec des humains (non consentants), et affectent leur psychisme, avec pour conséquence la diffusion progressive de l'idée que le concept d'archétype humain peut avoir trouvé la possibilité de s'exprimer dans d'autres parties de l'univers, ou dans d'autres univers dont les règles de fonctionnement diffèrent peut-être du nôtre. On rejoint là le concept de CheminCroisé panspermie de Hermann von Helmholtz (1821-1894) qui suggère que la forme humaine soit largement répandue dans l'univers (les univers ?), par application à de multiples reprises, en de multiples endroits, du même archétype humain, moyennant quelques variantes locales.
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