La banalisation du meurtre

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La banalisation du meurtre

Message  pluviose le Sam 14 Mai 2011, 09:46

Bonjour,

C'est dans le magazine "Télé 2 semaines" (n° 192, du 7 au 20 mai 2011) que j'ai trouvé, en couverture, ce cri indigné : "Séries télé, halte à la violence !", avec, en bandeau jaune vif, cette mention : "37 crimes en prime time en une seule semaine". En pages intérieures, on y lit le décompte des meurtres (par catégories : par balles, par flèche, par étranglement…), des kidnappings et autres joyeusetés que les principales chaînes françaises proposent à profusion à l'heure de la plus grande audience. Même le JT est déconseillé au moins de 12 ans.

Malgré les dénégations des responsables du secteur de l'audiovisuel, il est clair que la télé formate les cerveaux. Présenter autant de violence, aussi massivement, avec autant d'opiniâtreté, de façon à ce point répétitive, rappelle les techniques de lavages de cerveaux. C'est pour cette raison que je place mon intervention dans cette section "Histoire falsifiée", puisque, bien que la violence existe, sa présence dans la vie de tous les jours est sans rapport avec cette fréquence (du moins : pas encore).

La conséquence de cette mise en scène quotidienne de la violence banalise l'acte violent. On finit par trouver normal que les films nous montrent des barbaries. Bien sûr, ce n'est pas nouveau : dans les vieux westerns, on massacrait des dizaines d'indiens et on réglait ses comptes à OK Corral; Belmondo cognait autant à gauche qu'à droite, et les Tontons Flingueurs n'étaient pas en reste. Mais c'était – comme on dit – du cinéma ! La distinction entre le film et la réalité était nette, et lorsqu'on se trouvait face à la violence dans la vie ordinaire, on ne pouvait s'empêcher de s'offusquer, de s'indigner, d'avoir même un choc au cœur. Mes parents, comme mes grands-parents, ont connu des guerres, ont été parfois proches des combats, et m'ont raconté avec effroi ce qui était arrivé là plus loin à untel, m'ont parlé de ces soldats tués dans le pré voisin… Même en temps de guerre, la violence n'était pas banale. Aujourd'hui, à en croire la presse, mourir violemment est considéré comme un fait divers; tuer un quidam est du même niveau qu'un bris de vitre.

Et il y a même pire. Plus récemment, on a vu s'épanouir sur nos écrans le concept de "meurtre nécessaire". Selon un principe popularisé par le Mossad (un des services secrets israéliens, jadis réputé pour son efficacité), et banalisé ensuite, il est "juste" d'assassiner "préventivement" quelqu'un qui pourrait vous nuire. Le niveau de nuisance n'est pas nécessairement en rapport avec la menace, puisqu'on inscrit sur la liste des éliminables tant des terroristes que des industriels concurrents ou des chercheurs susceptibles d'éventuellement découvrir quelque chose qui pourrait peut-être apporter un certain avantage à un ennemi potentiel. De glissement sémantique en banalisation, on en arrive à présenter une "frappe préventive" (c'est-à-dire : une agression) comme étant un acte de justice, à peine légèrement anticipé ! Non pas sur base d'un délit commis, mais sur base d'une supposée intention de commettre un éventuel délit !

Or, en droit, la préméditation, à elle seule, n'est pas un délit : il faut qu'il y ait eu début d'exécution d'un acte criminel pour qu'on puisse considérer qu'il y a délit. Sinon, si on devait emprisonner tous ceux qui ont proféré – fut-ce une seule fois – une menace verbale (du genre "Toi, je t'aurai un jour"), que ce soit dans la cour de récré, en entreprise, ou au volant, plus de la moitié de la population serait incarcérée ! Pourtant, le Journal Télévisé et, dans la foulée, les autres médias reliés aux mêmes groupes d'intérêts, diffusent des scènes de réjouissances lorsque tel ou tel personnage a été assassiné : Cheik Yassine, Jacques Mesrine, Carlos (pas le gros chanteur; l'autre), Saddam Hussein, etc. On ne dit d'ailleurs plus assassiné, mais éliminé. On peut même faire se réjouir les peuples avec des morts fictives, comme dans le récent cas de feu Oussama Ben Laden, agent de la CIA, déjà décédé et enterré peu avant Noël 2001, mais "ressuscité" en tant que légende, pour les besoins de la propagande impériale, grâce aux logiciels permettant de truquer des photos, des films, des voix. Aujourd'hui, la légende ayant fait long feu, il fallait lui mettre un terme, et mettre en scène un meurtre final, fictif : un pseudo commando de Navy Seals, dont les noms resteront inconnus, ont peut-être investi une villa pakistanaise, et y ont peut-être éliminé quelqu'un de gênant, dont on ne verra jamais l'hypothétique cadavre, lequel a d'ailleurs très rapidement disparu dans les flots pour éviter toute possibilité d'identification. Ah ! Si ! Pardon ! Le corps (si corps il y a eu) a été identifié grâce à une analyse génétique. Alors qu'une analyse génétique demande environ trois jours dans tout pays technologiquement avancé, cette analyse-là a pu être effectuée en quelques minutes ! C'est normal : d'une part, le Pakistan est un pays notoirement à l'avant-pointe de la technologie high tech, et d'autre part les commandos de Navy Seals en opération se déplacent toujours avec un laboratoire d'analyse génétique, ça fait partie de l'équipement standard, non ?

Et c'est ainsi que les médias officiels mentent aux gens, tout le temps, à tout propos, rendant populaire un présentateur télé ou un directeur de chaîne pour en faire un chef d'Etat, mettant en scène la générosité altruiste intrinsèque d'un patron de banque, prétendant qu'un président élu dans un pays non aligné est obligatoirement un tyran à renverser et que les mercenaires infiltrés qui se font passer pour des autochtones sont ses opposants légitimes, opprimé, auxquels il est urgent d'apporter une assistance militaire. Mensonges, mensonges, mensonges…
Nous assistons, actuellement, à une falsification de l'Histoire.

Voilà où mène la banalisation de la violence à la télé : à un progressif et insidieux lavage des cerveaux faisant peu à peu s'effacer la frontière entre la fiction et la réalité, pour finalement conduire à une totale inversion des valeurs, présentant le meurtre, jadis interdit dans tous les cas, comme étant plutôt ordinaire, voire normal, même parfois souhaitable, encouragé, légitimé,… bientôt obligatoire ?
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Re: La banalisation du meurtre

Message  Laposse le Jeu 08 Nov 2012, 17:46

pleuviose a écrit:feu Oussama Ben Laden, agent de la CIA, déjà décédé et enterré peu avant Noël 2001, mais "ressuscité" en tant que légende, pour les besoins de la propagande impériale, grâce aux logiciels permettant de truquer des photos, des films, des voix.
Cette affaire est désormais connue de tous, au point d'engendrer parodies et caricatures sarcastiques Sarcastique :

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