Nicolas Flamel

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Nicolas Flamel

Message  Montaléchel le Mar 07 Oct 2008, 11:51

Nicolas Flamel est né à Pontoise vers 1330 et est décédé à Paris vers 1418. Il était écrivain et libraire. Il est connu comme un alchimiste qui aurait réalisé la Pierre philosophale. Ses ouvrages connus sont : Le Livre des Figures Hiéroglyphiques - Le Sommaire Philosophique - Le Livre des Laveures - Le Bréviaire - Le Grand Eclaircissement de la Pierre Philosophale - Le Désir Désiré - Le Testament de Flamel.

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Re: Nicolas Flamel

Message  Charly Alverda le Mer 08 Oct 2008, 16:42

Bonjour

Peu d'alchimistes ont pu écrire sous leur véritables noms. Ils ont pris majoritairement des pseudos significatifs, Nicolas Flamel se rapporte étymologiquement à la victoire, la pierre et le feu. Au XVIIè siècle, quelques achimistes : les Nicolas (Valois, Flamel, Grosparmy) se servirent des personnages les plus riches du moyen-âge pouir se dissimuler sous leurs noms, mais d'autres écrivirent sous les noms de grands philosophes, voire de papes. La grande trouvaille fut que ces alchimistes se citant mutuellement accréditèrent un moment qu'ils étaient vraiment contemporains de Charles VI le fou qui aurait écrit un livre d'alchimie tout aussi apocryphe : l'Oeuvre royale. Mais ces livres, de haute science, citent des auteurs du XVIè siècle !

Si vous regardez les sites spécialisés, vous remarquerez que la somme des livres écrits du 12è au 15è siècle est faible par rapport à ceux écrits seulement au XVIIè siècle. Il fallut attendre la redécouverte des écrits hermétiques à la Renaissance et la nouvelle notion de "quintessence" pour que la science royale atteigne cet apogée au XVIIè siècle.

Cordialement,

C...a

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Re: Nicolas Flamel

Message  Christian Hersey le Mer 08 Oct 2008, 18:37

Bonjour Charly Alverda.

Merci d’apporter vos lumières dans les domaines que j’avais timidement ébauchés sur ce forum.

Je note que vous aviez déjà dit dans votre post du 6 octobre sur Christian Rozenkreutz (ici) que les écrits attribués aux « Nicolas » (dont Flamel) étaient postérieurs à 1550. Je savais que la figure de Nicolas Flamel était entourée d’une aura de légende, et j’avais lu que plusieurs détails biographiques étaient plus symboliques qu’historiques - je pense en particulier à son voyage vers Compostelle, probablement mythique. Mais j’ignorais qu’il s’était vu attribuer des écrits d’autrui. Que lui attribuer réellement, alors ? Seulement les Laveures ?

Ce lieu ne serait-il pas l’endroit pour tenter de démêler le vrai du faux, le mythique de l’historique, le symbolique du concret au sujet de ce personnage ?
Nicolas Flamel ne serait-il pas une sorte « d’archétype » de l’Alchimiste plutôt qu’un personnage ayant existé ?
Ou, mieux, ne serait-il pas un personnage ayant existé, mais dont la biographie, au cours des siècle, aurait été enjolivée d’allégories pour servir de support à une transmission d’une connaissance ? Ce ne serait pas la première fois qu’un personnage historique réel gagne ultérieurement une prestance posthume propice à véhiculer un courant de pensée : Moïse, César, Jésus, Arthur, Charlemagne, C. Rozenkreutz, Colomb, Gandhi, etc. Une sorte de « légende dorée »...

Le prénom de Nicolas renvoie aussi à la Légende de St-Nicolas. Officiellement évêque de Smyrne (Turquie, actuellement Izmir), la légende dorée lui attribue une histoire de résurrection d’enfants découpés et mis au saloir par un méchant boucher ; je ne sais pas si cette histoire de sel et de résurrection a (ou non) un rapport symbolique avec l’alchimie, mais c’est néanmoins le fil conducteur qu’avait choisi de suivre Paul de St-Hilaire dans son ouvrage consacré au décodage alchimique des symboles présents sur la grand’place de Bruxelles.

Cette histoire de Nicolas ressemble à un curieux sac de nœuds !

Christian Hersey

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Re: Nicolas Flamel

Message  Charly Alverda le Mer 08 Oct 2008, 20:36

Bonsoir

Je ne crois pas qu'on puisse attribuer un seul texte au véritable Flamel qui semble n'être qu'un promoteur immobilier avant l'heure ! Permettez moi de replacer le contexte de l'apparition du mythe Flamel en recopiant ce que j'ai publié sur un site ami :

Dans son ouvrage de 1544 mettant en scène Demogorgon et le “philosophe” Geber, Giovanni Bracesco faisait dire à ce dernier : « Les anciens dissimulaient les secrets de la nature non seulement dans leurs écrits, mais aussi dans des tableaux variés, des caractères, des chiffres, des monstres… les planètes et les signes célestes… et ils n'étaient compris de personne, sauf de ceux qui connaissaient ces secrets. »

En 1561, Robertus Vallensis publie son De veritate et antiquitate artis chemicae, Il reprend les thèmes de Bracesco et y ajoute édifices et monuments tels que l'arche de Flamel et le labyrinthe. La même année est édité par les soins de Jacques Gohory : « le Sommaire Philosophique de N. Flamel avec la défense d'iceluy art et des honestes personages qui y vaquent : contre les efforts de I. Girard mect à les outrager » soit cent quarante quatre ans après la mort du vrai Flamel. Dans la préface il entretient la légende : « Ce livre (qui n'avoit paravant esté mis en lumière) est intitulé Le sommaire de Nicolas Flamel qui florissait l'an 1393 et 1407 comme il appert encores en la ville de Paris à S. Innocent ès monuments de deux arches opposites, le cymetierre entre elles, qu'il feit alors faire. En l'une desquelles sont, entre aultres choses, érigées les effigies de deux serpents ou dragons et d'un lyon, suyvant la description que d'iceulx il ha faict en ce livre. » Il décrit une autre arche avec « un homme, tout noir tenant un rouleau sur lequel est écrit Je voys merveille dont moult je m'esbahis ».

Paraîtra du même Gohory le Livre de la Fontaine périlleuse avec la Charte d'amours autrement intitulé le Songe du Verger. Oeuvre très excellente de poésie antique contenant la stéganographie des mystères de la science minérale avec commentaires de I. G. P. (Jacques Gohory, Parisien, 1572). En 1600, sera édité le Tableau des riches inventions représentées dans le Songe de Poliphile, desvoilées des ombres du songe - recueil stéganographique de voir le jour, ouvrage de Béroalde de Verville.

Tout est en oeuvre désormais pour présenter sur la scène du « théâtre chymique » le fameux vitrail de Flamel du Couvent des Cordeliers, « écusson hyéroglyphique » qui peut être considéré comme la synthèse des enseignements des confréries d'hermétistes « inventeurs » d'un Flamel alchimiste, de ses arcades, de sa maison à l'enseigne de la fleur de lys et de son vitrail. Ces hermétistes utilisaient (discrètement car dangereusement) de l'analogie entre les métamorphoses de leur matière vierge pour l'élaboration de leur « christal » et celle de la naissance du Christ ; ils vouaient ainsi un culte tout particulier à « leur » Vierge.

Les publications des Valensis, Verville et Gohory, seront à la base du manuscrit 2265 conservé à la bibliothèque Sainte Geneviève, chaînon manquant entre le Flamel Gohoryen et celui du Livre des figures hiéroglyphiques qui n'apparaîtra qu'en 1612.

Ce manuscrit dont il ne reste qu'une copie exécutée « par moy, Nicolas Rossignol, procureur, le mercredy dix neuf aout 1611 à quatre heures du soir », se compose de deux dessins sur les deuxième et troisième de couverture qui sont des variantes inconnues du fameux vitrail et que nul n’ a remarqué jusqu’à ce jour ! A l’intérieur du cahier est la copie du Traité du grand oeuvre des philosophes, fait par Frère Jehan Rouillascq, cordelier piémontais, puis la relation d'inscriptions autour d'un tableau accroché à Notre-Dame dont un texte simplement signé de Guillelmus et enfin du Discours des visions sur l'œuvre en rapport avec le dit tableau. Le Traité du grand oeuvre des philosophes était déjà attribué à un certain Philippe Rovillasque. L'usage permettait en effet de publier à différentes époques le même ouvrage sous des noms d'auteurs différents, le seul privilège donné pour une durée limitée protégeait l'éditeur. Le léger travestissement du patronyme, nous fourni le « filet d'Ariadne », car il est de toute nécessité que ce soit un " cordelier " voyageur qui nous conduise au palais philosophal.

Enfin la dernière oeuvre du copiste : le Discours des visions sur l'œuvre (en fait une vision et quatre songes) qu'aurait eu « un religieux se trouvant dans une ville arrosée dans son sein d'une grosse rivière, laquelle en son centre y forme une très belle île où est un fameux et admirable temple, tant pour la symétrie de son édifice que pour la dévotion à la reine des cieux […] Contemplant les figures hiéroglyphiques en plusieurs endroits de la dite ville, avec grande admiration de tous, autorisée par tant de doctes et sages personnes de diverses nations qui ont écrit sur la pierre. » Relevons qu'à cette époque sont cités les hiéroglyphes des divers endroits de Paris, mais nullement ceux de la cathédrale. Ici s'élabore la génèse du Mystère des cathédrales et des Demeures philosophales.

Frère Jehan, grandement troublé, « délibère d'implorer une faveur divine par l'intercession de la Vierge Marie » afin de connaître le secret des philosophes ou oublier de telles fantaisies, et voici qu'au plus fort de son oraison, un feu céleste lui enflamma la face, avec une voix interne qui lui dit : « Regarde au tableau qui est attaché au pilier près de la porte du temple […] Ayant contemplé ledit tableau où il y a une image de Notre-Seigneur qui arrose de son propre sang une terre noire de laquelle naissent aucuns arbres, le trons desquels est gros obscur ou environ, et les feuilles vertes avec les fruits d'or, hiéroglyphiques merveilleux. » Ce Jardin des Hespérides lui fera « entendre la matière du premier agent », décrit par le très ancien Artephius.

Il précise qu'il aurait eu sa vision du verger « à l'heure de none », les quatre autres visions de nuit seraient-elles songes de verger ?

Dans la troisième vision, c'est un ange qui le guide et lui dit : « Ami, ne doute point. Infailliblement, tu parviendras à la fin de l'oeuvre commencée, et pour signe de cette vérité regarde l'enseigne des armes de la maison dans laquelle sont deux dragons ailés, ayant le corps de diverses couleurs, les deux queues entortillées ensemble, leurs quatre griffes l'une contre l'autre, dans un champ rouge, et sur leurs têtes une couronne d'or, en l'air hiéroglyphique vraiment admirable de cette secrète opération […] si bien par Flamel dans son traité et Henri Khunrath, très docte médecin allemand, dans son hiéroglyphique de la citadelle circondée de sept bastions, qui sont les sept opérations philosophiques. »

Flamel est cité encore une fois dans la quatrième vision où ayant compris la formule dealbate latonem et rompite libros (blanchissez le laiton et rompez les livres), il comprend de même « le moyen de parvenir à cette candeur (blancheur) décrite par Flamel dans son petit Traité sur la similitude de l'oeuf : pour au plus tôt faire éclore le poulet, on le tourne et contourne tous les jours. » C'est là encore le Flamel du Sommaire, qui est cité, Pierre Borel mentant effrontément lorsqu'il assure que le Livre des figures était déjà paru en 1561, alors qu'il en publiait cette année là ledit Sommaire.

En 1636 le sieur D.L.B, dont Pierre Borel révèlera vingt ans plus tard qu'il s'agissait du sieur De La Borde, transcrit une « énigme trouvée sur un pilier de l'église Notre-dame de Paris », et « le Mercredi 20 de May 1640 le sieur Esprit Gobineau de Montluisant, gentilhomme chartrain, ami de la philosophie naturelle et alchimique et d'autres philosophes très anciens » nous donnait son Explication très curieuse des énigmes et figures hiérogliphiques, physique, qui sont au grand portail de l'église cathédrale et métropolitaine Notre-Dame de Paris. Il avoue n'avoir « point lu dans les cartes antiques de Paris, ni de cette cathédrale, pour savoir le nom de celui qui a été le fondateur de ce portail merveilleux mais je crois néanmoins que celui qui a fourni ces énigmes hermétiques, ces symboles et ces hieroglifs mystiques de notre religion, a été ce grand docte et pieux personnage Guillaume évêque de Paris ».

Nous ferons apparente digression pour éclairer le lecteur sur l'art de nos hermétiques faussaires : Cristoforo Parigino est un alchimiste italien célèbre depuis le XVe siècle, en devenant Christophe de Paris il se confond avec l'évêque Guillaume d'Auvergne appelé Guillaume de Paris auquel on attribue l'ouvrage De ovo philosophico qui est l'original latin du Traité de la nature de l'œuf du « bon Trevisan » ! Ce qui permet à Pierre Borel de déclarer en 1655 dans son Trésor de recherches et antiquitez gauloises et françoises : « Et il y en a qui tiennent aussi que c'est Flamel qui a mis un Tableau à Nostre-Dame, qu'on void sur un pilier vis à vis de S. Christofle ; au fonds duquel y a des vers françois de sa façon, qu'on tient contenir les hieroglyfiques de la pierre philosophique. On tient aussi de luy la pluspart de ce qui est à Saint-Jacques de la Boucherie, comme on void par les inscriptions en pierre et en bois, et par les vitres qui y sont, dont une partie sont estimées hieroglyfiques par les curieux, et entr'autres celle où on void un pressoir de raisins. On verra une sienne inscription dans la mesme église en lettre d'or, sur la corniche de la chapelle des esperonniers, où il est nommé et sa femme, pour fondateurs de cette chapelle. On void enfin de luy de grands landiers de fer en diverses ruës de Paris, et surtout vers le milieu de celle qui va de la ruë S. Denis, à celle de S. Honoré, costoyant S. Innocent. Mais pour revenir au Tableau de Nostre Dame, on y void représenté un Christ qui seme son sanc, en un champ ; d'où viennent des lis & des roses. Les vers ont un sens mystique... D'autres estiment que ce soit Guillaume le Parisien évesque de Paris qui les ait mis, et qu'il ait orné cette église de divers hieroclyfiques chimiques. Je ne decideray pas ce différent, mais je sçay bien qu'il estoit chimiste, et qu'on trouve divers livres de cette science sous son nom, comme aussi de Christofle parisien. »

Certainement très peu de personnes en France avaient les connaissances nécessaires pour écrire des livres « égyptiens » d'aussi haute valeur que les « alchimistes de Flers » ou « notre » Flamel, auxquels il faut d'ailleurs ajouter le Cinquième livre de Rabelais (une quinte-essence !). Ce Cinquième livre semble bien porter la marque de l'auteur du Moyen de parvenir - imprimé l'année pantagruéline 100.070.032 chez les mêmes éditeurs que Le Livre des figures et où l'on peut lire page 232 : « Celui de Dampierre, avec qui nous cherchions la pierre philosophale avec tous ces barons de Normandie », texte suivi de considérations rabelaisiennes sur la nécessité impérative de se procurer deux bouteilles de vin blanc et rouge et de longues digressions sur les aventures d'un cordelier.

C'est en 1612 que le chef d'oeuvre apparaît, édité par les soins de P. Arnaud sieur de la Chevallerie Poitevin, désigné par le nom de Livre des figures hiéroglyphiques de Nicolas Flamel « ainsi qu'il les a mises en la quatriesme arche qu'il a bastie au cimetière des Innocents à Paris, entrant par la grande porte de la rüe S. Denis, et prenant par la main droite, avec l'explication d'icelles par icelui Flamel ». Ce livre prétend être la rédaction d'un original latin mais cite l'alchimiste allemand Lambspringk traduit seulement en 1599. La cabale dont il est question dans ces livres à le sens précis donné par la Rose-Croix contemporaine mais n’ a rien à voir avec la “kabbale” hébraïque. Ainsi « Notre » Flamel ne s'étonne pas que le très cabalistique Abraham s'adresse en excellent latin à ses coreligionnaires et emploie le terme Maranatha employé par les premiers chrétiens et signifiant : Que le Seigneur vienne ! ou encore Seigneur, viens ! ; et s'il ne peut lire les étranges lettres de la couverture il sait “que ce n'est point notes (c'est-à-dire écriture chiffrée), car il y entend un peu “!

Le sieur de Verville publiera son livre Le Palais des Curieux la même année 1612 (avec un privilège légèrement antérieur) que le Livre des figures et, toujours chez les mêmes éditeurs (!) Il y exhorte ses lecteurs à ne pas se soucier des beaux « contes de Flammel » ni des arches qu'il a fait construire aux Saints-Innoncents, car, dit-il, « je n'ai plus garde de m'en rompre la tête, car ayant esté déceu d'un costé, je suis tout effarouché ».

Rendons enfin justice à l'abbé Villain, biographe de Flamel, qui estimait que le Livre des figures hiéroglyphiques « était de quelqu'alchimiste, qui, pour faire valoir un ouvrage hermétique de sa façon, aura profité de la réputation que les richesses prétendues immenses de Flamel lui avoient acquises ».

Voilà donc ce que je vous propose comme réflexions sur le mythe Flamel entretenu jusqu'à nos jours par A. Poisson, Fulcanelli, Canseliet y compris pour le texte du Chevalier Molinier datant du XVIIIè siècle. Notons que la liste des livres d'alchimie du moyen-âge se rétrécit singulièrement si l'on enlève tous les ouvrages des XVIè et XVIIè siècle qui se prétendent contemporains de Charles VI le fou. Un critère est sur pour les distinguer, ils ne parlent que d'alchimie à la mode Renaissance, c'est-à-dire avec la "nouvelle" notion de "quintessence". Enfin je souligne (si je n'ai pu être assez clair) que le Mystère des Cathédrales s'élabore dès le XVIIè siècle. Les monuments hiéroglyphiques sont dans la cité, puis aux "portaux" de la cathédrale, puis c'est un tableau qui est accroché à l'intérieur, enfin ce sera toute la cathédrale qui sera "philosophale".

A vous lire

Cordialement,

C...a

Charly Alverda

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Re: Nicolas Flamel

Message  Bruce Hellaire le Dim 23 Nov 2008, 11:41

Je partage l’avis de Charly Alverda et de Christian Hersey quand ils disent que le Nicolas Flamel alchimiste serait une figure mythique inventée au 17ème siècle collée rétroactivement sur un personnage plus ancien ayant vraiment existé mais sans rapport direct avec l’alchimie. Une légende à décoder, le mot légende étant ici à prendre au sens que lui donnait Roger Caro dans son « Legenda » : "ce qu’il faut savoir lire".

Au 17ème, Nicolas Flamel est un peu la figure de référence du grand oeuvre alchimique. Mais à cette époque, l’Eglise (qui détient une grande part du pouvoir et de l’autorité temporelle) ne voit pas d’un bon oeil les alchimistes. Elle les perçoit comme des concurrents, à la fois parce que les adeptes du fourneau sont suspectés de fabriquer de l’or qui échapperait à son contrôle, et parce que les plus spiritualistes d’entre eux ont une approche du Divin qui ne cadre pas avec la doctrine officielle. L’Eglise diabolise donc les alchimistes et les voue aux gémonies, même si quelques prêtres courageux et discrets continueront « occultement » à perpétuer la tradition.

C’est pourquoi les partisans de l’alchimie utiliseront subtilement la figure du très chrétien CheminCroisé St-Nicolas pour coder l’allusion à l’autre Nicolas, le symbolique Flamel. D’où cette « légende » (à nouveau) associée à St-Nicolas, ressuscitant trois petits enfants découpés en morceaux et conservés au saloir, dont fut tirée une chanson populaire (« Il était trois petits enfants qui s’en allaient glaner aux champs... »).


C’est ce même St-Nicolas qu’on retrouve sur la CheminCroisé Grand'Place de Bruxelles, sculpté tout en haut de la Maison des Merciers depuis sa reconstruction en pierre en 1699 en style baroque. Il se fait que St-Nicolas était le saint patron protecteur des merciers (commerçants), mais ce serait tout de même une belle coïncidence si cette sculpture était là par hasard !

Car cette maison, dite "du Renard", est située juste à côté de l’hôtel de ville (= mairie) qui, comme je l’ai écrit ailleurs, représente la réussite finale du grand oeuvre alchimique. La petite rue qui sépare l’hôtel de ville de la Maison des Merciers marque la séparation entre la fin et le début du cycle ; c’est par la Maison des Merciers que doit débuter le décodage alchimique des ornements de la grand-place, mais, auparavant, à titre de préparation, ou de pré-préparation (selon les écoles), il y a lieu de méditer sur ce Nicolas ambigu, car ce St-Nicolas renvoie aussi, tout naturellement, vers l’église St-Nicolas, qui se trouve à quelques dizaines de mètres de là, dans une rue voisine. Une église qui incite évidemment d’abord à la prière (ora et labora), mais qui contient aussi des éléments décoratifs symbolisant (ou codant) des informations très utiles au laborant attiré par la démarche alchimique : des indices sont disséminés dans sa statuaire et dans les sculptures des stalles.

La "Maison du Renard" aujourd'hui (la statue de St-Nicolas est partie en restauration)
Un Nicolas à double face donc, symbolisant à la fois l’oratoire et le laboratoire, l’allégorie du prêtre-alchimiste.

Bruce Hellaire

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