La vie minérale, paradigme de base de l'alchimie

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La vie minérale, paradigme de base de l'alchimie

Message  Montaléchel le Lun 15 Oct 2012, 22:43

De nos jours, la science moderne ne considère pas le monde minéral comme vivant (le "règne minéral" disait-on aux temps passés) : la minéralogie n'est pas un sous-domaine de la biologie. Les anciens, par contre, considéraient les minéraux en tant qu'êtres vivants. Pas animés comme le sont les animaux, bien sûr. Pas même lentement vivants comme les plantes, mais vivants selon des échelles de temps immensément longues, évoluant extrêmement lentement, imperceptiblement pour un humain.

Cette conception pourrait paraître désuète, passéiste, dépassée, périmée, démentie par les conceptions plus récentes. Certes, en un sens, c'est probable, mais pour qui veut comprendre l'alchimie des anciens, force est de se replonger dans les conceptions qui étaient les leurs sous peine d'errer de malentendus en malentendus, appliquant des significations modernes aux mots anciens dont l'usage faisait référence à un contexte oublié. Il est donc important de se souvenir que, pour les anciens, les minéraux étaient vivants.

Et précisément, l'Alchimie tend, d'une part, à extraire des minéraux cette puissance vitale qui les habite, et qu'on retrouve – plus manifeste – dans les règnes supérieurs (végétal, animal, humain) et, d'autre part, à utiliser cette "substance" pour en nourrir d'autres minéraux et les aider à évoluer vers leur état le plus abouti : l'or. Impossible de comprendre la démarche des alchimistes du passé sans prendre en considération ce concept de vie minérale. Ou, plus exactement, de prendre en considération que l'univers est imbibé d'une force vitale (un champ ? un "fluide" ? une énergie ?) pénétrant chaque particule de matière et résidant en elle, en particulier au sein du règne minéral.

On comprend alors mieux pourquoi nos ancêtres – et même nos très lointains ancêtres – ont attribué des vertus à certaines pierres : c'est la conséquence logique d'un paradigme posant la vie minérale comme une évidence.
Les érudits du Moyen Age pensaient que des exhalaisons sèches et humides se dégageaient au sein de la terre et qu'en se mélangeant elles formaient des minéraux qui grandissaient dans les entrailles de la Terre et finissaient par émerger.
Claude Lecouteux
Professeur émérite de littérature et de civilisation du Moyen Age (université Paris-Sorbonne)
in Sciences&Avenir, n° 785, juillet 2012, p.50
Pour eux, la Terre agissait donc comme une gigantesque matrice, similaire à l'utérus féminin chez les humains, donnant naissance aux minéraux. La Terre-Mère les amenait au jour, et elles continuaient à y évoluer. Dans la même logique, les pierres sont… sexuées, mâles ou femelles ! Ainsi, elles peuvent parfois s'attirer de manière visible : les magnétites, aimantées, peuvent s'attirer, se conjuguer. Et donc, toujours selon le même paradigme, les pierres pouvaient enfanter : les géodes (cavités ovoïdes au sein de la roche) ne donnent-elle pas naissance à de remarquables cristaux ?

Avec le temps, les savants tentèrent de classer les minéraux selon leur genre et leurs aspects particuliers, et c'est ainsi qu'apparurent des tableaux d'associations et des ouvrages descriptifs dénommés lapidaires.
Studieux
Ainsi, au XIIème siècle, Marbode (1035-1123), évêque de Rennes, rédigea-t-il un des plus célèbres lapidaires, le De Lapidus, où sont associées aux pierres des vertus chrétiennes et des vertus magiques opératives. L'idée est que les pierres agissent "par sympathie", par analogie. Parfois, c'est la couleur qui détermine la vertu d'une pierre : les rouges (sardoine, cornéole) sont réputées efficaces contre les affections liées au sang ; le béryl jaune traite les ictères ou la vésicule biliaire. Parfois, c'est la forme, l'aspect, ou la "polarité sexuelle" qui détermine le domaine thérapeutique attribué aux minéraux, dédiant alors certaines pierres aux femmes, d'autres aux hommes : CheminCroisé l'émeraude (pierre mâle) était réputée pour ses vertus érectiles (N.B.: sans avis médical, ingurgiter de l'émeraude pilée peut être aussi dangereux que le Viagra). Par contre, la grisâtre hématite (pierre de sang), femelle, était dite guérir les maladies sexuelles.
Quelquefois, c'est l'étymologie (la Langue des Oiseaux LangueDesOiseaux1 n'est pas loin) qui indique l'association entre un minéral et une pathologie : l'opale (ophtalmos en grec) est donc proposée au traitement des yeux, tandis que la chalcophane ("voix de cuivre" en grec) apaiserait les maux de gorge, et la pierre de lune (hécatolithe) était réputée aider les lunatiques.

Avec le recul, tout ceci ressemble à des "remèdes de bonnes femmes" et la seule vertu thérapeutique que notre société accorderait à ces associations minérales serait de l'ordre de l'effet placebo. Suspect

Et pourtant…

Et pourtant, dans la nature, tout vibre. Toute particule vibre. Tout atome vibre. Toute molécule vibre. Tout cristal vibre. Tout minéral vibre. Toute vibration se propage, un peu comme un son. Toute vibration propagée a un effet sur ce qu'elle atteint, pour le meilleur ou pour le pire… ou pour rien ! Tout est une question d'amplitudes, de fréquences, d'intensités, de syntonisations, d'amplifications, de réflexions ou absorptions engendrant des nœuds où les ondes s'additionnent ou s'annihilent.

Qui pourrait prétendre à coup sûr qu'un minéral qui vibre de manière discrète n'a pas un effet sur son environnement ?

Et qu'en serait-il si – hypothèse osée – la vie élémentaire qui imbibe les minéraux possédait une forme de CheminCroisé conscience ?

Montaléchel

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