Sur le mouvement

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Sur le mouvement

Message  Trotmany le Dim 23 Mar 2014, 20:30

La vie est rendue possible par le mouvement perpétué.
Chaque être est maintenu en vie par ce mouvement,
qui assure le flux et reflux d'un liquide essentiel.
Ce liquide a pour noms : sève, hémolymphe, sang.
Si le mouvement s'arrête, la vie quitte le corps.
Le liquide rendu inerte devient facteur de putréfaction.
Ainsi va du mouvement des liquides essentiels aux vivants.


Nos Anciens voyaient la mer comme le sang de la Terre.
Elle aussi, animée par un mouvement incessant.
Elle afflue et reflue sur les côtes en suivant les marées.
Elle transporte les éléments essentiels à la vie.
Si son mouvement s'arrête et que l'eau stagne,
elle croupit et devient un vecteur de décomposition.
Ainsi va du mouvement des liquides sur la Terre.


Nos Anciens voyaient les Cieux comme une grande mer.
Animés par les vents, sans cesse changeants,
Ils y contemplaient le mouvement grandiose des astres
et y ont pressenti la cohérence de notre monde.
Ce qui est en Bas est comme ce qui est en Haut,
mis en mouvement par une volonté transcendantale,
afin que se réalisent les miracles de la source première.



Alors que le mouvement n'avait pas d'empire,
le temps et l'espace étaient à la fois nuls et infinis.
Tout était maintenu entre absence et présence,
en équilibre stable entre l'être et le non-être.
L'information était déjà contenue et connue,
mais son immobilité la rendait stérile et morte.
Et cet état neutre, éternel et parfait fut troublé.


La conscience première a embrassé le néant.
Elle a insufflé son esprit dans le confondu,
pour le féconder de ses trois principes immanents.
Ceux-là forment la loi une qui régit toute l'existence.
L'information distingue et ordonne, définit l'être.
L'énergie dynamise et organise, maintient l'être.
Le mouvement contraint et oriente, fructifie l'être.


Du chaos naît l'ordre, de l'informe a émergé la forme.
Le mouvement l'a introduite dans un équilibre dynamique,
afin de conserver et transformer son énergie, son information.
Le mouvement l'a introduite dans un système fermé,
qui ne souffre d'aucune perte et limite son éparpillement.
Le mouvement l'a introduite dans l'espace et le temps,
objectivés par la distance qui sépare la forme de son origine.

Trotmany

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Re: Sur le mouvement

Message  Trotmany le Dim 30 Mar 2014, 11:32

La forme doit son existence au mouvement perpétué,
qui régule l'énergie et l'information dont elle est dépendante.
Sans celles-ci, la forme retourne à son état d'incertitude.
Ainsi, la matière physique n'a plus d'existence concrète
si son information et son énergie ne sont pas en mouvement.
Le mouvement, qui n'est pas un déplacement hasardeux,
donne à la forme sa présence spatiale et sa consistance.


Par le mouvement, la matière engendrée s'éloigne de la source.
Mais elle ne peut se disperser indéfiniment et se perdre.
Le mouvement se déploie jusqu'à atteindre un point de rupture,
dont la résolution abrupte est le retour à son état d'équilibre.
Ainsi, il est comparable à une roue sans cesse en rotation.
Elle transporte une information qui se modifie par expérience
et qui se restructure, se renouvelle à chaque fin de cycle.


Le mouvement se manifeste donc comme un circuit éternel,
dont la représentation graphique est celle d'un cercle sans fin.
Ses départs et retours continuels permettent l'apparition de la vie,
dont le système dynamique interne est le principal déterminant.
Sa finalité est de garder l'information primordiale dans la forme.
Le mouvement est la mémoire vivante, ancestrale, de la matière
qui se souvient de l'harmonie préétablie par la conscience une.

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Re: Sur le mouvement

Message  Aube-Aurore le Dim 30 Mar 2014, 21:30

Salutations enjouées ! Ensoleillé

Le voyage vers Compostelle est un des aspects du mouvement puisque le cheminement importe plus que le but.
Patrick Burensteinas a fait sien ce slogan qu'il répète d'intervention en intervention : atteindre un état « immobile, silencieux, aligné ».
A l'opposé du mouvement, donc. Ou, du moins, à l'opposé de l'agitation désordonnée.

Le zen nous propose aussi un voyage immobile similaire vers ce lieu extraordinaire en nous, qui nous plonge dans l’intensité de l’instant présent. Le temps semble se figer et on se retrouve « immobile, silencieux, aligné », dans un état suspendu de plénitude, en osmose avec soi et tout le reste.
Zen

En effet, le mouvement est la vie Yin-Yang
Mais l'immobilité du corps et du mental n'est pas pour autant la mort...

Amitiés. Fleur

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Re: Sur le mouvement

Message  Trotmany le Lun 31 Mar 2014, 22:43

Bonjour Aube-Aurore !


Effectivement, les pèlerinages sont marqués par le mouvement. C'est un aller-retour qui nous transforme de l'intérieur. Ce n’est pas pour rien qu’ils figurent métaphoriquement les pérégrinations de l’âme ; qui tente de s’élever, de se détacher des préoccupations matérielles. Dans la même idée, les voies processionnelles et les sites sacrés sont souvent alignés sur des phénomènes célestes. Ils démontrent l'importance que les Anciens accordaient au mouvement juste, en communion avec l'univers.

La méditation, qui invite à entrer dans un état immobile, silencieux et serein, se place en dehors du mouvement. D'autres cultures préconisent le mouvement pour entrer dans une transe libératrice. Que l'on se place d'un côté ou d'un autre, le résultat escompté est toujours le même : atteindre l'harmonie spirituelle. Y séjourner, c'est sortir du mouvement ; sortir de la matière, de l'espace et du temps. D'une certaine manière, n'est-ce pas ce que nous désignons par le mot « mort » ?! Nous mourrons pour faire naître l'homme nouveau.


Un grand merci pour l'intérêt que tu portes à ces développements.
Au plaisir.

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Re: Sur le mouvement

Message  Trotmany le Mer 02 Avr 2014, 21:45

Le mouvement, qui agit en tout et partout, relie chaque être
afin qu'ils participent ensemble à l'accomplissement de la loi.
C'est ainsi que toute la création tend vers un idéal unique
qui l'enjoint à développer une vie diversifiée et consciente.
Cet engendrement a été prévu dès l'origine de notre monde
afin que la conscience universelle qui en est la cause première
prenne dans la matière, l'espace et le temps une forme individuelle.


L'humanité est la dépositaire de cet inestimable et fabuleux trésor,
caché et maintenu dans l'univers depuis des temps immémoriaux.
Le cosmos entier participe à l'épanouissement de cette conscience
qui a trouvé, dans notre espèce, une adéquation symbiotique.
Nos consciences propres peuvent à leur tour formuler des idées,
les assembler en concepts et les appliquer à des problèmes exogènes.
Le mouvement ultime s'extirpe de la matière et devient spirituel.


Car nos consciences sont toujours soumises au mouvement.
Elles connaissent sa loi et ressentent son appel impérieux.
Elles savent que leur grand œuvre se trouve dans le cheminement,
qui les mènera, aux travers différentes épreuves, vers l'unification .
Mais leur propre nature les rend libres de l'accepter ou non.
Il nous revient d'entrer en communion avec l'essence de la vie
ou d'étouffer l'identité extraordinaire qui sommeille en nous.

Trotmany

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Re: Sur le mouvement

Message  Trotmany le Mer 18 Fév 2015, 12:37

Pour poursuivre sur le flux et reflux, voici quelques citations.


Le Kybalion (1908) dans son chapitre dédié au @ Principe de Rythme, affirme que "dans tout se manifeste un mouvement mesuré, un mouvement d'allée et venue, un flux et un reflux, un balancement en avant et en arrière, un mouvement semblable à celui d'un pendule, un phénomène comparable à celui de la marée entre les deux pôles qui existent sur les plans physique, mental et spirituel." Ce mouvement est définit comme cyclique et procède d'une succession d'expansions et de régressions conformément à la Loi qui unifie l'univers.

Mathurin Eyquem écrit dans @ Le pilote de l'onde vive (1678) que Dieu, comme Cause Première, a établi l'ordre du Mouvement céleste. "Le premier mouvement ne convient pas seulement à la Mer, mais à toute la nature ; comme étant ce mouvement par lequel les composés se forment, et prennent leur être. [...] (Ce mouvement) procède proprement du feu élémentaire, qui s’insinue et se produit au centre des matières, les digère, les corrompt, les unit, et les fait végéter. [...](Ce feu) est établi dans son centre, comme la chaleur au cœur de l’animal, se répand dans tout le composé, l’anime et le fait agir.

Pierre-Jean Fabre, alchimiste et médecin de Castelnaudary, estime dans son Palladium Spagyricum (1638) que les mouvements de flux et de reflux de la mer sont l'une des multiples manifestations de l'Esprit Universel ou Esprit du Monde. Cet Esprit est le vecteur qui met en oeuvre le mouvement. Il circule à travers l'Univers et donne vie et cohésion à toute chose. Pierre-Jean Fabre affirme que l'arcanum arcanorum totius mundi, la pierre des Philosophes, n'est rien d'autre que la fixation de l'Esprit Universel, joint à l'humidité radicale.

Solin (env. IVe) dans son @ Polyhistor, chapitre XXIV, rapporte que "les physiciens disent que le monde est comme un animal composé des éléments de tous le corps, et mis en mouvement par un esprit qui le gouverne. Cet esprit se diffusent à travers tous ses membres, produisant ainsi la force de la matière éternelle."

Virgile dans l'@ Enéide - Livre VI énonce que "le ciel, et la terre, et les plaines liquides, et le flambeau lumineux des nuits, et l’astre étincelant du jour, recèlent un feu divin qui leur sert d’aliment. Répandue dans les veines du monde, une âme universelle imprime le mouvement à l’univers, et se mêle à ce grand corps. C’est par elle que respirent l’homme et les animaux, le peuple ailé qui fend les nues, et les monstres qui nagent dans le gouffre des mers. La flamme qui les anime vit sans jamais s’éteindre ; rien n’en dément la céleste origine, tant qu’un limon grossier n’en corrompt pas l’essence, qu’elle ne languit point enfermée dans des organes terrestres et des membres mortels."

Ciceron dans @ De Natura Deorum - Livre II, 7 affirme que "l'accord de l'univers qui communie dans un même sentiment, dans un même souffle, dans une même continuité entre toutes ses parties" ne peut être sans qu'il y ait une âme divine qui se communique à toutes ses parties. Ainsi "le flux et reflux de la mer qui suivent toujours exactement le cours de la lune" sont-ils des manifestations de cette harmonie d'ensemble.

De manière générale, tous ces auteurs font référence aux doctrines développées par les Stoïciens.

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Métaphysique du stoïcisme ancien

Message  Trotmany le Sam 28 Fév 2015, 10:08

Métaphysique du stoïcisme ancien



Zenon de Cition, fondateur du stoïcisme


1. Le Monde est un être vivant

Chez les Stoïciens, le Monde est pénétré de toute part d'un même Feu. Ce Feu est comme une âme directrice, l'éther : son principe de cohésion, de mouvement et de vie.  Les différentes parties du Monde ne sont donc pas isolées les unes des autres. Elles communient dans un même sentiment, dans un même souffle, dans une même continuité.

Le Feu entretient entre chaque élément une relation de sympathie universelle. Par lui, toutes choses se trouvent "inter-connectées" et participent à une même individualité. Pour Zénon, l'ensemble du Ciel et du Monde, parcourut par cette âme ignée, est la substance de DIEU. Le stoïcisme est donc une doctrine panthéiste pour qui DIEU est un être vivant, composé de tout ce qui est.



Neurones du mésenchyme de rat sur tapis astrocytaire. © CNRS Photothèque


2. Le Feu spermatique

Les Stoïciens anciens pensaient que le Feu est une sorte d'essence qui engendre toutes choses "avec une science et un art parfaits et procédant méthodiquement." (@ Diogène Laërce, Vie et doctrines des philosophes de l'Antiquité, Livre VII, Chapitre I - Zénon) Le Feu est semence universelle, qui donne aux corps leurs propriétés particulières dans les trois règnes : minéral, végétal et animal.

Ce Feu est comme un souffle, une force, une pensée et une raison qui contient tout et fait que sous l'action de sa tension l'être existe. Ainsi, l'âme humaine procède également de ce Feu. Elle est un souffle mis en nous par la nature à notre naissance, grâce auquel le corps existe et qui dure après la mort. L'ensemble des âmes des êtres vivants - qui sont périssables - forment l'âme de l'Univers, qui est éternelle.


3. Cycle cosmique et éternel retour

Pour les Stoïciens, le Monde est un grand être animé qui vit et respire comme les autres animaux. Sa "respiration", c'est le mouvement de va-et-vient des astres qui, au terme de leurs trajectoires, reviennent à leur point de départ. Le Monde dans son ensemble poursuit donc un mouvement cyclique dans des alternances de phases de croissance et de décroissance, d'aller-retour.

Au commencement des temps était l'éther, le Feu spermatique, l'âme du Monde. Celui-ci s'est condensé pour engendrer l'Air, l'Eau et enfin la Terre. Le Monde se déploie dans l'espace. Au terme de cette dilatation, il entre dans une phase de contraction qui l'amène à se replier en lui-même : l’Apocatastase. Chaque élément du Monde retourne à sa place originelle pour y être absorbé, dissout et purifié par le feu. Par la suite, tout recommence à nouveau : c'est la Palingénésie cosmique. Le Monde renaît et entame une nouvelle phase d’expansion. Celle-ci régénère et restaure les mêmes phénomènes dans leur ensemble et jusqu'aux moindres détails.

Némésius dans @ De la nature de l'homme, chapitre XXXVIII, précise "Ainsi l'on verra reparaître Socrate, Platon, et les autres hommes avec leurs mêmes amis, et leurs mêmes concitoyens : tous auront de nouveau les mêmes pensées, tous feront encore les mêmes choses; les villes, les bourgades, et les champs redeviendront ce qu'ils ont été."

Ce mouvement d'allées et venues cyclique se perpétue éternellement et chacun de ces cycles, appelés Grande Année, occupe plusieurs milliers d'années.


4. Cause unique et destinée universelle

Chaque élément qui constitue le Monde, du plus petit au plus grand, subit l'influence du Feu spermatique. Toutes choses sont liées entre elles par un même mouvement, une même  inspiration, un même dessein supérieur. Tout est soumis à cette cause unique, qui impose sa volonté au Monde et lui donne sa cohérence.

Ce qui arrive est conforme aux exigences du Feu spermatique. La destinée de l'univers suit la trame d'un projet qui nous englobe et nous dépasse en même temps. Ce qui dépend de nous, c'est l'atteinte de l'ataraxie : l'absence de troubles et de passions, la paix intérieure, que les stoïciens assimilent au bonheur véritable.

Ainsi la théologie et l'éthique stoïciennes appellent l'Homme à une prise de distance, et à une certaine lucidité quant à sa véritable liberté de choix. Un chien qui tire un chariot est libre d'épouser la trajectoire du chariot ou bien de s'y opposer vainement. Ce qui nous revient, en dernière analyse, c'est d'accepter notre destinée et de la servir au mieux, en conformité avec l'harmonie universelle : le Kathekon. Ainsi, Marc-Aurèle conclut : "Tout me convient de ce qui te convient, Ô Monde !"

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