La Galette des Rois

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La Galette des Rois

Message  Nelly Foulcat le Dim 10 Aoû 2014, 19:23

Liée à CheminCroisé l'Epiphanie, et donc aussi à CheminCroisé Noël, ce gâteau traditionnel chrétien est plus riche en symbolisme qu'il y paraît.
La recette en est simple. Pour le plaisir, bien que tous les détails ne soient pas importants pour comprendre la signification symbolique (mais certains le sont !), la voici (pour 6 personnes) :

Préparation : 15 minutes - Cuisson : 40 minutes
- 2 cercles de pâte feuilletée
- 100 g de poudre d'amandes
- 75 g de sucre
- 1 œuf
- 50 g de beurre mou
- quelques gouttes d'extrait d'amande amère
- 1 jaune d'œuf (pour dorer)
- 1 fève

Disposer une pâte dans un moule à tarte, la piquer avec une fourchette. Mélanger dans un saladier tous les ingrédients (poudre d'amande, sucre, œuf, beurre mou, extrait d'amande amère).
Etaler le contenu du saladier sur la pâte, y mettre la fève (sur un bord, pour minimiser les chances de tomber dessus en coupant la galette !). Refermer la galette avec la 2ème pâte, et bien coller les bords. Dessiner au couteau dessus et dorer au jaune d'œuf (dilué dans un peu d'eau). Percer le dessus de petits trous pour laisser l'air s'échapper, sinon elle risque de gonfler et de se dessécher. Enfourner à 210°C (thermostat 7) pendant 30 min environ (surveiller la cuisson dès 25 min, mais ne pas hésiter à laisser jusqu'à 40 min si nécessaire).

La fève, soulignée ci-dessus, est importante, puisque c'est elle qui représente l'objet de la quête. Traditionnellement, le gâteau est partagé en famille le 6 janvier de chaque année. La fève y est cachée, et celui qui choisira la part de gâteau qui la contient, par hasard ou par intuition, sera déclaré Roi, et portera durant le reste de la fête une couronne (en carton doré) signalant son succès.

Donc, par analogie avec le travail alchimique, la fève représente l'aboutissement, la Pierre philosophale enfin découverte, réalisée. Remarquons que, toujours par analogie avec le travail alchimique, cette galette demande tant une préparation de la matière de base (et aussi une pré-préparation si l'on ne dispose pas encore de la pâte feuilletée), qu'une coction (cuisson, à bonne température, donc sans brûler)!

Ceci pourrait n'être qu'anecdotique et ne relever que d'une vague allusion à CheminCroisé l'Alchimie, vestige d'un savoir ancien dénaturé et presque oublié, une tradition désuète destinée à amuser les enfants. Mais Fulcanelli nous assure du contraire, attirant notre attention sur le fait que cette Galette des Rois nous procure des indices importants quant à l'identité de la première matière à utiliser pour débuter le Grand Œuvre. Voyez ce que nous trouvons dans "Le Mystère des Cathédrales", au chapitre intitulé "Bourges", dans les pages où il évoque certains attributs attachés à Offérus, un géant connu ultérieurement sous le nom de CheminCroisé saint Christophe. L'auteur s'attache en particulier à sa ceinture ornée d'un motif en XXXX (évoquant des écailles de poisson, comme sur notre gâteau), telle qu'on la voit représentée dans une loggia de l'Hôtel Lallemant (dessinée pour la postérité par Jean-Julien Champagne), car "elle donne à saint Christophe son véritable caractère ésotérique".
Fulcanelli a écrit:
La ceinture d'Offerus est piquée de lignes entre-croisées semblables à celles que présente la surface du dissolvant lorsqu’il a été canoniquement préparé. Tel est le Signe, que tous les Philosophes reconnaissent pour marquer, extérieurement, la vertu, la perfection, l’extrême pureté intrinsèque de leur substance mercurielle. Nous avons déjà dit plusieurs fois, et nous le répétons encore, que tout le travail de l’art consiste à évertuer ce mercure jusqu’à ce qu’il soit revêtu du signe indiqué. Et ce signe, les vieux auteurs l’ont appelé Sceau d’Hermès, Sel des Sages (Sel mis pour Scel), — ce qui jette la confusion dans l’esprit des chercheurs, — la marque et l’empreinte du Tout-Puissant, sa signature, puis encore Etoile des Mages, Etoile polaire, etc. Cette disposition géométrique subsiste et apparait avec plus de netteté lorsqu’on a mis l’or à dissoudre dans le mercure pour le ramener à son premier état, celui d’or jeune ou rajeuni, en un mot d’or enfant. C’est la raison pour laquelle le mercure, — loyal serviteur et Scel de la terre, — est nommé Fontaine de Jouvence. Les Philosophes parlent donc clairement lorsqu’ils enseignent que le mercure, dès la dissolution effectuée, porte l’enfant, le Fils du Soleil, le Petit Roi (Roitelet) , comme une mère véritable, puisqu’en effet l’or renaît dans son sein. « Le vent, — qui est le mercure ailé et volatil, — l’a porté dans son ventre », nous dit Hermès dans sa Table d’Emeraude. Or, nous retrouvons la version secrète de cette vérité positive dans le Gâteau des Rois, qu’il est d’usage de partager en famille le jour de l’Epiphanie, fête célèbre qui rappelle la manifestation de Jésus-Christ enfant aux Rois Mages et aux Gentils. La Tradition veut que les Mages aient été guidés jusqu’au berceau du Sauveur par une CheminCroisé étoile, laquelle fut, pour eux, le signe annonciateur, la Bonne Nouvelle de sa naissance. Notre galette est signée comme la matière elle-même et contient dans sa pâte le petit enfant populairement dénommé baigneur. C’est l’Enfant-Jésus porté par Offerus, le serviteur ou le voyageur ; c’est l’or dans son bain, le baigneur ; c’est la fève, le sabot, le berceau ou la croix d’honneur, et c’est aussi le poisson « qui nage dans notre mer philosophique », selon l’expression même du Cosmopolite. Notons que, dans les basiliques byzantines, le Christ était parfois représenté comme les sirènes, avec une queue de poisson. On le voit ainsi figuré sur un chapiteau de l’église Saint-Brice, à Saint-Brisson-sur-Loire (Loiret). Le poisson est l'hiéroglyphe de la pierre des Philosophes dans son premier état, parce que la pierre, comme le poisson, naît dans l’eau et vit dans l’eau. Parmi les peintures du poêle alchimique exécuté en 1702 par P. H. Pfau, on voit un pêcheur à la ligne sortant de l’eau et un beau poisson. D’autres allégories recommandent de le saisir à l’aide d’un filet ou d’un rets délié, ce qui est une image exacte des mailles, formées de fils entre-croisés, schématisées sur nos galettes de l’Epiphanie. Signalons cependant une autre forme emblématique plus rare, mais non moins lumineuse. Dans une famille amie ou nous fûmes invité à partager le gâteau, nous vîmes sur la croûte, non sans quelque surprise, un CheminCroisé chêne développer ses branches, au lieu des marques en losange qui y figurent d’ordinaire. Au baigneur, on avait substitué un poisson en porcelaine, et ce poisson était une sole (lat. Sol, solis, le soleil). Nous donnerons bientôt la signification hermétique du chêne en parlant de la Toison d’Or. Ajoutons encore que le fameux poisson du Cosmopolite, qu’il appelle Echinéis, est l’oursin (echinus), l’ourson, la petite ourse, constellation dans laquelle se trouve l’étoile polaire. C’est pourquoi Limojon de Saint-Didier recommande aux investigateurs de régler leur route « par la vue de l’étoile du nord ».

Ce poisson mystérieux est le poisson royal par excellence ; celui qui le découvre dans sa part de galette est paré du titre de roi et fêté comme tel. Or, on donnait autrefois le nom de poisson royal au dauphin, à l’esturgeon, au saumon et à la truite, parce que ces espèces étaient réservées, disait-on, pour la table royale. En fait, cette dénomination avait seulement un caractère symbolique, puisque le fils aîné des rois, celui qui devait ceindre la couronne, portait toujours le titre de Dauphin, nom d’un poisson, et, qui mieux est, d’un poisson royal. C’est, d’ailleurs, un dauphin que les pêcheurs en barque du Mutus Liber cherchent à capturer au filet et à l’hameçon. Ce sont également des dauphins que l’on remarque sur divers motifs décoratifs de l’Hôtel Lallemant : à la fenêtre médiane de la tourelle d’angle, au chapiteau d’un pilier, ainsi qu’au couronnement de la petite crédence, dans la chapelle. L’Ichtus grec des Catacombes romaines n’a pas d’autre origine. Martigny reproduit, en effet, une curieuse peinture des Catacombes qui représente un poisson, nageant dans les flots et portant sur son dos une corbeille dans laquelle sont des pains et un objet rouge, de forme allongée, qui est peut-être un vase plein de vin. La corbeille que porte le poisson est le même hiéroglyphe que la galette ; sa texture procède également de brins entre-croisés. Pour ne pas étendre davantage ces rapprochements, contentons-nous d’attirer l’attention des curieux sur la corbeille de Bacchus, appelée Cista, que portaient les Cistophores aux processions des bacchanales et « dans laquelle, nous dit Fr. Noel, était renfermé ce qu’il y avait de plus mystérieux ».

Il n’est pas jusqu’à la pâte de la galette qui n’obéisse aux lois de la symbolique traditionnelle. Cette pâte est feuilletée, et notre petit baigneur y est inclus a la façon d’un signet de livre. Il y a là une intéressante confirmation de la matière représentée par le gâteau des Rois. Sendivogius nous apprend que le mercure préparé offre l’aspect et la forme d’une masse pierreuse, friable et feuilletée. « Si vous l’observez bien, dit-il, vous remarquerez qu’elle est toute feuilletée. » Les lames cristallines qui en composent la substance se trouvent, en effet, superposées comme les feuillets d’un livre ; pour cette raison, elle a reçu l’épithète de terre feuillée, terre des feuilles, livre aux feuillets, etc. Aussi, voyons-nous la première matière de l’Œuvre exprimée symboliquement par un livre tantôt ouvert, tantôt fermé, selon qu’elle a été travaillée ou seulement extraite de la mine. Parfois, ce livre est figuré fermé, — ce qui indique la substance minérale brute, — il n’est pas rare de le voir scellé par sept bandes ; ce sont les marques des sept opérations successives qui permettent de l’ouvrir, chacune d’elles brisant un des sceaux de fermeture. Tel est le Grand Livre de la Nature, qui renferme en ses pages la révélation des sciences profanes et celle des mystères sacrés. Il est de style simple, de lecture aisée, à condition, toutefois, qu’on sache où le trouver, — ce qui est fort difficile, — et qu'on puisse surtout l’ouvrir, — ce qui est plus laborieux encore.
Quelques pages plus loin, l'auteur insiste à nouveau sur l'importance du symbolisme de la galette des rois et de l'enseignement qu'on peut y percevoir :
Fulcanelli a écrit:
Quant au sujet grossier de l'Œuvre, les uns le nomment Magnesia lunarii ; d'autres, plus sincères, l'appellent Plomb des Sages, Saturnie végétable. Philalèthe, Basile Valentin, le Cosmopolite le disent Fils ou Enfant de Saturne. Dans ces dénominations diverses, ils envisagent tantôt sa propriété aimantine et attractive du soufre, tantôt sa qualité fusible, sa liquéfaction aisée. Pour tous, c'est la Terre sainte (Terra sancta) ; enfin, ce minéral a pour hiéroglyphe céleste le signe astronomique du Bélier (Aries). Gala, en grec, signifie lait, et le mercure est encore appelé Lait de Vierge (lac virginis) . Si donc, frères, vous faites attention à ce que nous avons dit de la galette des Rois, et si vous savez pourquoi les Egyptiens avaient divinisé le chat, vous n'aurez plus lieu de douter du sujet qu'il vous faut choisir ; son nom vulgaire vous sera nettement connu. Vous posséderez alors ce Chaos des Sages « dans lequel tous les secrets cachés se trouvent en puissance », ainsi que l'affirme Philalèthe, et que l'artiste habile ne tarde guère à rendre actif.
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