DIEU est mort

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DIEU est mort

Message  Trotmany le Sam 24 Jan 2015, 09:16

1. La symbolique de la manducation

Le corps humain a besoin d'ingérer de la nourriture pour fonctionner. Il broie les aliments, les dissout et en extrait l'énergie et les éléments structurels. Sans cet apport extérieur, l'activité du corps se dégrade jusqu'à s'arrêter. Notre propre vie requiert donc la mise à mort d'autres organismes issus du vivant. La destruction de leur unité en éléments simples, leur explosion en particules élémentaires permet leur digestion et leur intégration future dans l'organisme.

Les primitifs marquaient leur respect envers l'animal qui leur "offrait" sa chair. Ils savaient qu'ils le privaient de sa vie terrestre - de joies éphémères, de sensations - pour s'alimenter, pour maintenir leur propre vie. Mais ils pensaient également qu'à travers eux, une part de l'ancienne vie subsistait. Manger de la viande animale s'assimilait à ingérer son principe vital, son âme. La victime offerte en sacrifice ne disparaissait donc pas entièrement. Son âme se retrouvait, conservé sous une autre forme, en chacun des consommateurs.

Le lion vert qui transmue toute substance en une autre.
Source image : Thierry Ehrmann

C'est sans doute ce symbole archaïque de la manducation qu'il faut rattacher à l'Eucharistie de Jésus-Christ. Le pain qu'il fractionne est sa propre existence, offerte en sacrifice. Elle fut distribuée à chacun de ses disciples, comme le sera son Esprit. L'Eucharistie est donc une préfiguration rituelle et symbolique de la Pentecôte.


2. La mort de l'Unité primordiale

De même, la source première de vie, DIEU, a dû "mourir" afin d'engendrer la diversité de la vie. Son unité primordiale s'est effacée pour laisser place à la pluralité.

Au premier abord, cette affirmation peut sembler incompatible avec le monothéisme. En effet, on croise d'abord cette idée dans les polythéismes : Osiris dont le corps est démembré et éparpillé, Tiamat sacrifié par Marduk pour donner naissance au monde.

Marduk sacrifie Tiamat, source de toutes choses.
Source image : Wikipedia

Mais il ne faut pas comprendre la « mort » de la divinité unique comme son annihilation irrémédiable. La "mort" de DIEU, ce n'est pas la dislocation de son être, à l'instar d'Osiris. C'est un changement d'état. L'unité incorruptible et parfaite qui emplissait tout de sa présence a fait place à la diversité de la matière. Dieu a engendré l'univers de sa propre substance. Il s'est diffusé dans la forme, la multitude instable et incertaine. C'est ainsi que la Création s'apparente aussi à la dissolution, à la corruption de l'unité divine.

La parabole de la graine illustre le rôle de cette transition pour l'émergence de la vie. "Il est véritable et très vrai que si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s'il meurt, il donne beaucoup de fruit." La graine doit disparaitre afin que naisse l'arbre. À son tour, celui-ci produira des fruits gorgés de semences. Aussi fallait-il que le Fils meure sur la croix afin que se répande la Parole de vie.


3. L'humain voué à se transformer

Anaxagore nous enseigne que : "Rien ne naît ni ne périt, mais des choses déjà existantes se combinent, puis se séparent de nouveau". Depuis la Création jusqu'à nos jours, l'univers se compose de la même matière. Il n'y a ni production ni destruction ; seulement des états transitoires. Ce qui nous entoure, nous-mêmes, sommes constitués d'éléments présents depuis l'origine du cosmos. Nous sommes de la poussière d'éternité mise en mouvement.

Bien souvent, nous avons l'impression d'être hors du monde, de ne pas lui appartenir ou d'être tout simplement isolés. Il est vrai que la matière nous sépare ; notre corps est comme une frontière qui distingue notre personne du monde extérieur et des autres. Pourtant, nous participons tous à l'équilibre du système, au maintient de son unité. Pourtant, nous sommes faits des mêmes éléments sans cesse recyclés. En tant que créature, l'Homme doit accepter sa filiation avec la Source unique. Il porte en lui ses exigences qui l'appellent au changement, à la conversion. S'il est né dans la forme, l'Homme est voué à la dépasser en Esprit.

Il nous revient d’œuvrer pour faire advenir le Royaume de DIEU ; c'est-à-dire à rendre manifeste la cohésion et l'union sacrée qui nous unit les uns aux autres. Il convient de reconquérir cette unité primordiale perdue. Cette recherche nécessite une démarche personnelle active afin de rendre efficiente notre nature divine.

"Mais à tous ceux qui l'ont reçue, à ceux qui croient en son nom, elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, lesquels sont nés, non du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l'homme, mais de Dieu." C'est cette démarche qu'illustre le rite du baptême dans lequel l'homme meurt symboliquement pour renaitre à la vie en Esprit. Cette vie est éternelle ; puisqu'elle ne craint pas la corruption.

Voici le Chemin, c'est celui de la Renaissance.

@ Miroir

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Re: DIEU est mort

Message  loup le Dim 25 Jan 2015, 13:05

Salut. Bon message. Très heureux ...mais il ne peut "mourir", mais continuer son évolution, et nous avec, car nous ne sommes qu'une de ses projections, dans la matière, et la totalité, avec ses "expériences", devient le FUTUR ; donc "Dieu" ne peut (et nous avec) dire JE SUIS, mais Je SERAIS... la seule question est QUAND ???? et surtout COMMENT... Avec des douleurs ou "soft" ??? Je rigole ...la "chute" n'est que l'incarnation de l'Esprit dans la matière, de plus en plus profondément, donc quand on a touché le fond, on ne peut que remonter, ou alors "l'expérience" échoue (ce qui est impossible, car Dieu est notre "porteur")... mais dans quel état ?? That is the question today ??? Scratch ...La "mort" est symbolique, renaître aussi. Il faut changer sa "vision", prise de conscience nouvelle, et le tour est joué... Et, pour moi, la seule vision nouvelle à vivre en soit est... que l'homme comprenne qu'il ne doit chercher Dieu QU'EN SOI et NON à L'EXTERIEUR !!! ...donc prendre conscience que c'est NOUS qui faisons et NON "LUI"... (que nous ne pourrons pas appréhender). Donc le Dieu de l'Homme n'a rien à voir avec le Dieu ou créateur (ou la vie), il n'a été fait QUE par des hommes, POUR des hommes...

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Sur l'interprétation du péché originel

Message  Trotmany le Sam 31 Jan 2015, 20:41

J'ai des doutes sur l'assimilation que l'on peut faire entre la "chute originelle" et l'introduction de l'Esprit dans la matière.

La Genèse est un ensemble de mythes développés à l'intérieur d'une société nomade. Le but de ces histoires était d'expliquer l'origine de la tribu et la pénibilité de la condition humaine. À l'époque de leur rédaction, il est peu probable qu'on les comprenait autrement que dans leur sens littéral.
Ainsi, lorsqu'on lit le chapitre 2 à la lettre, Adam prend forme de la terre et prend vie du souffle divin. Il est à la fois esprit et matière organique. Il n'y a pas existence de l'un sans l'autre. Aussi, le jardin d'Eden ne désigne pas le paradis céleste mais un jardin luxuriant qui se trouve dans la région d'Eden (probablement en Assyrie ou Babylone). Adam en est expulsé, exilé.

Bien sûr, comme pour les autres mythes, on peut forcer le texte et lui soutirer une interprétation spirituelle.
Adam, dans sa forme originelle, mène une vie douce et heureuse. Sa différenciation en deux tendances complémentaires, l'une masculine et l'autre féminine, a fragilisé son intégrité. Il est alors devenu sensible à la corruption et à la convoitise. Dès lors, il choisit le discernement au détriment de la vie éternelle. Ce choix introduit l'humanité dans la souffrance, loin de la Présence divine. Car le discernement est le fruit de la dualité et qu'il conduit irrémédiablement à la dissociation, à la destruction.

En prenant ceci comme base, il est possible d'assimiler Adam à l'Esprit. On obtient alors une interprétation métaphorique.
Dans sa forme pure, l'Esprit divin insufflé dans l'humanité ne craignait aucune corruption. Mais la solitude de sa perfection l'a conduit à se scinder en deux. L'esprit humain autrefois unifié fonctionne désormais sur deux modes de pensée complémentaires. Il voit le monde différemment. Il acquiert de nouvelles connaissances en opposant les choses, en comparant les objets, en catégorisant selon des termes antagonistes. Cette situation fragilise son intégrité et le rend vulnérable aux biais cognitifs. Il se sait différent et convoite ce qui lui fait défaut. Ainsi, l'esprit humain est corrompu et voué à l'extinction. Il ne pourra plus jamais connaitre ni comprendre la pensée divine et se trouve donc exclu de son influence.

Mais accepter cette interprétation, c'est déjà oblitérer et faire le deuil de nombreux éléments du texte d'origine. Afin d'y incorporer l'idée de chute, il faudrait le rapprocher d'un autre mythe : celui de Lucifer.
On peut facilement faire apparaitre des points de comparaison entre Lucifer et Adam. Mais il faudrait encore une fois s'alléger d'une part conséquente du texte. Il reste que Lucifer, comme Adam, a fait preuve de convoitise. Lui aussi désirait être semblable à Dieu. Au final, il sera banni de la présence divine et, selon les versions, précipité sur terre ou en enfer.

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